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Blood debt (Maja)

Revelio

MessageSujet: Blood debt (Maja)   Dim 11 Fév - 2:36




Blood debt

Silke & Maja

And then I can tell myself, What the hell I'm supposed to do ? And then I can tell myself, Not to ride along with you (Lord Huron)


Janvier 1923, Pré-Alpes.

Elle suit sa piste depuis presque deux semaines, à présent. Le plus agaçant fut sûrement de devoir tracer les trajets de Maja d'un quartier à l'autre de Frankfort. Silke aurait déjà retrouvé n'importe qui d'autre, mais elle devine que son inhabituelle proie la connaît trop pour se faire avoir si facilement. Pourtant depuis quelques jours, elle a pris une toute autre direction, laissant derrière elle une piste particulièrement fraîche à travers le paysage allemand.

Pour une dhampir, traquer est presque aussi aisé que respirer. Obtenir des informations n'est qu'une question de volonté ; volonté qui écrase celle de ses interlocuteurs à grands coups d'ordre vampirique. En revanche, quand elle a réalisé qu'elle approchait du territoire des géants, la brune a légèrement hésité. S'attirer la colère de ces derniers ne la tente guère - mais finalement, prendre le risque ne fut pas une mauvaise idée, puisqu'elle parvint à échapper à leurs éclaireurs. Sans doute la neige aide-t-elle, encore à présent, à masquer son odeur et à effacer ses traces. Aussi à effacer les potentielles traces de Maja, ce qui n'a guère d'importance. Silke se souvient, désormais. Les années ont filé mais la mémoire de la dhampir a toujours été presque infaillible, et surtout, éveillée par les images ; elle fait marcher les souvenirs qu'il lui reste de ce col, puis de cette vallée, et ce malgré le manteau blanc qui masque le paysage.

Elle ne s'est pas aventurée à transplaner directement dans cette cabane qui appartient au passé. Les conditions climatiques, le souvenir approximatif, ses maigres compétences en magie... Autant de raisons de faire le trajet à pieds, à travers les montagnes et sous la neige. Son manteau en est à présent couvert et elle sent depuis plusieurs heures le froid s'insinuer lentement, ses doigts et ses pieds se faisant de plus en plus insensibles. Seul l'effort l'empêche de geler sur place. Elle aperçoit finalement la cabane, nichée plus haut entre des arbres et une congère ; une lueur réconfortante, attirante, s'en échappe. Quelques pas de plus, qui s'enfoncent lourdement dans la poudreuse, et la voilà près de la porte. Sous son manteau noir, elle tente de secouer ses doigts, de les frotter pour leur redonner un peu de vie, et tire son couteau de son habituelle cachette. C'est ce moment que choisit le doute pour l'étreindre, sans crier gare. Elle se fige, les yeux noirs rivés sur la lame grise. Que fait-elle ? Natasja ne saurait pas résister longuement, elle le sait bien. Elle n'aurait qu'à la clouer au mur ou au sol. Quelques enjambées, un coup à la tempe et la voilà déjà assommée. Un mouvement de plus, et ce serait terminé. Le sang de sa douce remplirait les interstices entre les planches de sa dernière demeure. Ce serait facile, oui. Et tellement difficile, réalise-t-elle brutalement. Aveuglée par la haine jusqu'à présent, c'est à peine si l'esprit s'était laissé détourner par les circonstances, l'identité de la coupable.

Il est mort. Elle savait que ce jour viendrait, et pourtant. Il est mort et il y a quelqu'un à blâmer, quelqu'un à faire souffrir, à dévorer comme les autres. Ce devrait être aussi simple que cela. Joachim lui avait un jour dit, qu'il n'y a rien de plus précieux que la souffrance humaine, pour eux vampires ; rien d'autre qui soit capable de les retenir parmi les vivants. Elle l'avait toujours cru, et les rares fois où la tentation s'était faite sentir de basculer, ces mots-là l'avaient retenu. Pourtant, elle éteint l'hésitation comme on pose le doigt sur une bougie, se plongeant d'elle-même dans le noir. Ne pas laisser de place à l'hésitation. Ne pas ressentir autre chose que la haine et l'amertume. Elle pousse enfin la porte, son arme à la main, et avance en repoussant sa capuche. La neige souille le sol, et son corps transi accueille avec joie la chaleur des lieux. L'endroit tente d'éveiller des souvenirs à l'indéniable douceur, qu'elle chasse aussitôt sans pitié. Il est un peu plus grand qu'il n'y paraît de l'extérieur, et bien plus confortable qu'une banale cabane de berger. En revanche, l'habitante ne doit pas s'y trouver depuis longtemps puisqu'elle n'a pas encore eut le temps d'y redonner un peu de fraîcheur.

Silke laisse claquer le battant dans son dos en cherchant des yeux sa proie. Inutile de cacher ses intentions ; elle ne cherche pas à dissimuler le couteau ni à amadouer la traîtresse. Dans l'idéal, elle n'échangerait pas même un mot avec elle, avant de la faire taire définitivement. Elle ne veut pas entendre d'excuses, persuadée que Natasja est un serpent s'étant lové contre elle toutes ces années jusqu'à cette occasion de répandre son venin. Dans quel but ? Trouver la gloire, plaire à Heimdall ? Qu'importe. Le silence a toujours plu à Silke ; qu'il reste donc seulement troublé par les craquements du bois dans la cheminée.
(c) DΛNDELION

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MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Dim 11 Fév - 23:00

Féchié.
Revelio

MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Lun 12 Fév - 2:42




Blood debt

Silke & Maja

And then I can tell myself, What the hell I'm supposed to do ? And then I can tell myself, Not to ride along with you (Lord Huron)

Natasja n'a jamais respecté le silence. Il fallait toujours qu'elle fasse entendre sa voix, qu'elle se mêle du monde qui l'entourait avec un entêtement parfois insupportable. Désolée, se dit-elle, et Silke esquisse aussitôt un sourire. Carnassier. Le regard en dit long, l'oeil est avare de sang, pourtant les lèvres n'arrivent pas à garder longtemps ce numéro en place. La haine n'atteint pas les yeux. La peine reprend ses droits, face à cette expression que lui offre sa vieille amie. Son vieil amour ? Grotesque. Elle s'était posée la question tant de fois, pour au final ne plus chercher la réponse. Natasja avait toujours été là, à chaque couloir semé d’embûches. Qu'importaient les étiquettes. Pitoyable, elle le voit à présent, qu'elle se soit donnée avec tant de ferveur à une félonne.

Pourquoi n'a-t-elle toujours pas bougé ? Il y a une pierre dans sa gorge, non, des dizaines ; elles roulent dans une lente agonie jusqu'au creux de son ventre, broyant tout sur leur passage. Le menton est toujours carré, la mâchoire serrée, mais la volonté vacille déjà. Les excuses sont insupportables. Les mots impossibles à entendre. La dhampir se retient de plaquer ses mains sur ses oreilles. C'est ce que font les enfants. Joachim est mort, et la voilà de nouveau une enfant.

Le serpent s'est approché mais Silke est figée, ses doigts serrant le manche du couteau jusqu'à ce que ses phalanges en blanchissent. Pourquoi ne cherche-t-elle pas à la dissuader ? Pourquoi ne demande-t-elle pas sa pitié, sa compréhension ? Elle affirme que ce n'était pas son intention qu'il meurt, mais pourquoi n'explique-t-elle pas ? Dans cet entre-deux absurde, Silke est perdue. Elle la dévisage, tâche d'empêcher ses yeux de s'adoucir, sans grand succès. La manipulatrice et la menteuse, qu'elle a pu être par nécessité, a disparu en l'espace de quelques mois. Elle ne sait plus faire semblant, Silke, depuis la mort de Joachim.

Les yeux écarquillés, elle résiste au geste de la vélane, tente faiblement d'échapper à sa poigne. Non, pas comme ça ! Elle lui vole sa vengeance, avec ses yeux plein d'eau et son regard qui en dit trop. Pourquoi ne crie-t-elle pas, ne lutte-t-elle pas ? Pourquoi lui demande-t-elle d'en finir ? Les serpents n'ont pas de remords, après tout. Elle regarde d'un œil accusateur cette main qui s'approche de son visage sans la toucher.

C'est la vue du sang qui lui tire finalement un hoquet et la fait brutalement réagir, repoussant Maja assez fort pour qu'elle tombe. Le couteau s'échappe également de ses doigts, mais elle ne tente pas de le retenir. Non, ce sont ses mains nues qui s'abattent tout à coup sur le visage de son amante. Deux fois, avant qu'elle ne se laisse tomber sur elle de tout son poids. Les doigts trouvent rapidement le cou et se mettent à presser. Elle n'y voit plus rien, Silke, aveuglée par ses propres larmes et par le rouge qui a envahi sa vision sous le coup de la rage. C'est le chaos dans son esprit, et la voix de Joachim lutte contre ce qu'elle tente d'accomplir. Elle fait tout ça pour lui, parce qu'il méritait tellement mieux. Pourtant au fond, elle sait parfaitement qu'il ne voudrait pas d'une telle vengeance. Baisse-t-il un regard compatissant et déçu sur ses actions ? Regardes la, semble-t-il lui intimer. Elle obéit, comme toujours. Sa poigne faiblit lentement, et elle réalise soudain qu'elle entend le cœur de Maja battre avec violence, en écho au sien. Ce myocarde que la vélane avait toujours affirmé ne pas avoir.

Les mains s'éloignent du cou en tremblant, mais les poings serrés ne quittent pas vraiment sa chaire, s'attardant là comme une menace. Leurs visages sont proches, trop proches. Les yeux s'agitent pour chasser l'eau qui s'y accroche, puis suivent nerveusement les gouttes de sang sur le visage et le cou de la vélane. Ce sont ses coups qui ont ouvert la peau tendre de sa joue. C'est ce qu'elle désirait plus que tout, non ? Elle a du mal à s'en souvenir, à présent, de ce besoin que Maja se vide de son sang sous ses yeux. Il y a quelques secondes, c'était une évidence. Elle s'écarte, comme brûlée par cette proximité et cette prise de conscience.

« Résistes-moi ! FAIS QUELQUE CHOSE ! Sale chienne ! » Puis les insultes s'enchaînent, la plupart manquant de sens. Elle qui n'est que rarement vulgaire, perd toute mesure pour se donner bonne figure ; en même temps qu'elle assène ces mots qui n'ont ni queue ni tête, ses mains se referment sur le col de la vélane et la secouent sans douceur, comme pour la réveiller. Elle ne peut pas rester ainsi à la regarder pleurer, cette sotte ! « Si la culpabilité t'étouffe autant, tu n'as qu'à en finir toi-même. » Elle sort une seconde arme de sa poche et la glisse entre les doigts de Maja avant de pousser son poignet vers sa gorge. « Vas-y. » La mise au défi s'accompagne d'un sourire froid, provocateur. Dure vérité pourtant ; Silke espère qu'elle n'en fera rien. Peut-être même retiendrait-elle sa main, si elle vient à sentir que Maja est prête à aller jusqu'au bout de ce manège.

(c) DΛNDELION

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MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Mar 13 Fév - 19:23

Blood Debt

Maja encaisse la chute jusqu'au sol glacial. Le fracas brime les poumons, happe le souffle si fort qu'elle ne ressent ni les coups, ni la masse qui l'écrase. Et la douleur tentaculaire gangrène le dos, frotte dans toute la carcasse qui ne cherche qu'à expier le mal. D'un cri, d'une supplique qui ne passe jamais les lèvres. Elle n'a pas le droit. Combien même elle le voudrait, on ne la laisse pas faire. L'étau se ressert autour de son cou, et sa figure se déforme sous la cruelle asphyxie. Les larmes meurent aux coins des yeux, tandis que ses doigts, par pur réflexe, agrippent la poigne pour tenter de la défaire. C'est peine perdue : la force de Silke outrepasse largement la sienne. Tant mieux. Parce qu'elle ne mérite pas de vivre. Parce qu'il faudrait qu'on arrive au bout de l'entreprise et qu'on la libère enfin de cette existence de fardeaux. Quand a-t-elle réellement vécu pour elle ? Elle ne sait pas. Elle ne sait plus. Une vélane n'a pas besoin de vivre pour elle. Une vélane vit pour le groupe. Maja vit pour le groupe. Le shterki. L'Einsicht. Les monstres. Les monstrueux. Au détriment de quoi ? De sa propre existence. De sa famille. De ses enfants. De Silke. De Joachim.

La mort. Maja ne mérite que la mort. Et même ça, elle n'y a pas droit. La prise se dénoue, et l'air engouffre brutalement les poumons, à en déchirer les voix respiratoires. La voila qui tousse. Du sang, des glaires. Et les larmes qui coulent et creusent des sillons toujours plus profonds sur les joues. Ça lui lacère le cœur, non qu'on lui en veuille, mais qu'on la laisse respirer, qu'on la laisse assister au chagrin. Qu'as-tu fait, Maja ? Regarde dans quel état tu l'as mise. Silke, d'habitude si tendre, si quiète.

« S'il-te-plaît... »

Elle ne supplie pas pour sa vie. Elle ne supplierait jamais pour sa vie, pas en de telles circonstances, et pas auprès de sa vieille amie. Elle lui supplie d'arrêter. D'en finir plutôt que de continuer à se blesser mutuellement. On dit de Silke qu'elle n'utilise guère la parole au service de la violence : force est de constater que les mots heurtent davantage que les coups. Les insultes n'atteignent pas Maja, mais celles de Silke sont un millier d'aiguillons qui lui transpercent le cœur. Plus que tout, elle déteste la voir dans cet état. Elle déteste en être responsable.

« Arrête, s'il-te-plaît... Conjure-t-elle dans un murmure étouffé. »

Et une nouvelle lame rejoint sa gorge. Sous l'initiative de la dhampir, sa main empoigne mieux le manche. Les phalanges tremblent et blanchissent, alors que la résolution sangle le corps. La mort aux portes de l'âme et la jugulaire prête à l'accueillir, Maja sert les dents et plante les pupilles aux pupilles. Elle voit, derrière le sourire, le vernis qui s'effrite et l'audace qui n'en est pas. Ça ne devait pas se finir comme ça. Pourquoi les choses ont-elles si mal tourné ? Sa mort soulagera peut-être la peine de Silke. Si c'est ce qu'il faut, elle est prête à en payer de sa vie. Un sourire fleurit sur ses lèvres. Très différent de celui de son amante. Triste. Mélancolique. Infiniment coupable et désolé de l'être.

« Ne pleure plus. D'accord ? »

La lame commence superficiellement à rentrer dans la chair, mais déjà, le sang s'écoule de la nouvelle plaie. La douleur n'est qu'une fourmi, un picotement qui gigote sous le poids des remords. Sur le moment, elle ne pense ni à Trine, ni à Natasja, ni à Joachim. Ni même à Silke. L'acte est égoïste, car il n'y a bien que Maja, qu'il soulagerait. Le suicide est l'arme des lâches. De ceux qui fuient et préfèrent se dérober à la vie. Et pour la première fois de la sienne, il lui semble qu'il n'y a pas d'autres options. On observe la fatalité, là, dans le fond des yeux, en même temps qu'ils adressent un dernier je t'aime silencieux. Maja en aura aimé peu. Et mal. Silke en aura été le témoin et la pire victime.

« Au revoir. »

Adieu.

(c) AMIANTE
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MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Dim 25 Fév - 23:27




Blood debt

Silke & Maja

And then I can tell myself, What the hell I'm supposed to do ? And then I can tell myself, Not to ride along with you (Lord Huron)

Elle serre la mâchoire. Il faut qu'elle soit de fer, qu'elle rassemble sa volonté pour en finir. Il faut qu'elle ignore sa voix, ce s'il te plaît qu'elle prend pour la supplique d'une femme qui veut vivre. Le lien doit être ignoré, pire, sectionné ; que le cœur se libère de cette chape qui l'empêche d'en avoir déjà fini, depuis de trop longues minutes de cette lutte acharnée et qui n'a plus aucun sens.

Silke a chaud désormais, la sueur coulant dans son cou de s'être tant agitée dans la tiédeur de la pièce, son manteau trempé collant à sa peau. Le corps tout entier tremble à présent, colère et peine transformant l'être tout entier en un chaos douloureux, une tempête qui roule dans ses veines. Le visage est déformé par la haine malgré le doute qui persiste. Au début, elle ne résiste pas à la main de Maja qui continue de tirer l'arme contre sa gorge. Elle observe, horrifiée et fascinée. Son sourire encore, ce maudit sourire malheureux. Pourquoi lui fait-elle de la peine, toujours plus de peine, encore maintenant ? Pourquoi son cœur est-il saisi d'un pincement, de la savoir prête à mettre fin à ses propres jours ?

Le sang coule et voilà qu'elle résiste contre sa poigne, elle qui tient toujours ses doigts enroulés autour de ceux de la vélane. Elle tire en sens inverse, d'abord sans grande force. C'est qu'elle hésite, qu'elle ne comprend pas son propre comportement. Tout en elle s'affronte, se défie, pour décider de l'issue. Le regard de Maja la secoue plus qu'elle ne laisse apparaître, ses sourcils froncés dans une expression butée. Qu'elle soit maudite si elle la laisse en finir ainsi. N'aurait-elle pas gagné, en quelque sorte ? À lui faire ressentir tant de regrets et d'amertume. Surtout, à lui dire autant juste avec les yeux, sans plus que ces deux mots d'adieu que Silke abhorre. Elle le refuse avec violence, cet adieu, quand dans un bref cri de colère elle lui arrache le couteau des mains. D'un geste du poignet, elle l'envoie se planter jusqu'à la garde dans le manteau de la cheminée.

« T'as... t'as pas le droit ! » Le souffle saccadé, la dhampir la darde de ses yeux accusateurs. Les deux poignets sont attrapés, épinglés au sol de chaque coté de sa tête. « Tu crois vraiment que c'est si simple ? Que tu peux juste soulager ta conscience comme ça ? » Le sarcasme se glisse dans sa voix bien malgré elle, poison qui s'installe sous sa langue pour singer les quelques mots de Maja. « Ne pleures plus, Silke. C'est ma faute, laisses-moi mourir. Tu as toujours été douée pour ces choses là. On pourrait presque croire que c'est toi, la victime. »

Elle cligne des yeux pour chasser les larmes qui s'attardent. « C'est beaucoup trop rapide. » Elle semble s'être ressaisie, les tremblements dans sa voix calmés. L'excuse est facile, de vouloir la faire souffrir plus. N'est-ce pas au moins ce qu'elle mérite ? Elle n'est pourtant pas certaine d'en penser un mot, Silke, de désirer tant que ça la torturer. « Pourquoi ne pas plutôt prendre mon temps ? » souffle-t-elle pourtant en se penchant plus près. Peut-être devrait-elle embrasser ces lèvres une dernière fois ? Ou une dizaine de dernières fois. Un sanglot monte dans sa gorge et elle le fait taire en collant ses lippes à celles de la vélane sans la moindre douceur. Le goût est salé, bien sûr. Elle s'en détache vite et saisit son menton d'une main, l'écartant juste assez pour plonger jusqu'à sa gorge. Les crocs fendent sans prévenir la peau tendre. Aussitôt, le corps de la dhampir se détend contre celui de Maja, le parfum de l'hémoglobine l'apaisant de plaisir.

Elle s'écarte pourtant sans tarder, luttant contre l'instinct qui la pousse à continuer jusqu'à la dernière goutte de sang. Joachim lui a appris il y a bien des années à se contrôler. Le regard légèrement vague, elle ne prête pas attention aux sillons qui roulent sur son menton. Ses yeux fouillent dans ceux de celle qui fut aimée ; la réponse à la question qu'elle n'a pas encore posé est sûrement là, derrière la culpabilité et tout le reste. Elle pensait ne pas vouloir savoir. C'est presque si elle s'étrangle sur ce seul mot.

« Pourquoi ? »  
(c) DΛNDELION

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MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Mar 6 Mar - 20:21

Blood Debt

Son regard suit le couteau virer jusqu'à la cheminée, dessine le manche pour éviter d'avoir à retourner au visage. Maja ne peut pas dévier les mots, pourtant. Et, aussi efficacement que la vision des pleurs, chacun d'eux s'enfonce dans la chair pour atteindre le cœur. C'est vrai. Elle manœuvre, parle, déforme pour que la vérité lui siée. Ce n'est pas une tueuse, mais une sauveuse. Elle n'est pas manipulatrice, mais éloquente. Maja, Maja, Maja. Maja par ci, Maja par là. On calomnie la Monstrueuse, mais jamais Maja. Les statuts changent, et les facettes se meuvent de telle sorte à ce qu'elle ait le bon rôle. Et cette situation n'y fait pas exception. Joachim est mort. Elle est vivante. Et son implication dans l'affaire a été effacée des dossiers, effacée de l'histoire même par les récentes exactions meurtrières de Silke.

« Arrête. »

Tue-moi, ça crie. Les yeux retournent brutalement à son amante. Ils supplient d'en finir. De couper court à tout ce versant de haine et d'amour trahi. Ils supplient de l'épargner. Non de la mort, mais de ce qui lui précède. De cette projection de supplices que Silke mire du bout de ses invectives.

« Tu n'as pas besoin de faire ça. Tu ne devrais pas faire ça. »

Le fantôme de la douleur cercle la gorge. La peur étrangle les tripes et accable les poumons. Or ce n'est pas pour elle, qu'elle a le plus peur. C'est pour Silke. Silke n'est pas comme ça. Silke ne retire aucune satisfaction à torturer. Et Maja est à peu près certaine qu'on ne supporterait pas le poids de la culpabilité. Que cette dernière lui ferait davantage de tort que de bien. Pire. Qu'on regretterait l'acte toute la vie, même une fois la mort largement donnée et le corps retourné au sol.

« Tu n'as même pas env- »

Les lèvres s'écrasent sur les siennes et inhalent les derniers mots. Plus que le goût des larmes, c'est l'amertume et la frustration qui se mélangent contre le palais. Et elle lui rend. Comme elle peut. Comme on lui permet. Comme si c'était le dernier. C'est le dernier. Trop court. Trop acide. Trop regretté. Maja regrette. De n'avoir su que la décevoir. Hier. Aujourd'hui. Plus que tout, Maja regrette Silke. Son amour. Et c'est pour ça qu'elle la laisse. Qu'elle n'essaye même pas de se débattre sous les crocs qui crèvent la chair. Ses mains se raccrochent à la nuque, aux cheveux. Violemment. Pour exorciser l'affliction qui refuse de s'échapper par les lèvres entrouvertes. Aucun cri ne veut s'extirper de là. Car il y a dans l'acte quelque chose de beau, de sale, et de profondément désespéré. Un romantisme passé qui ne cherche qu'à survivre quand on cherche par tous les moyens à l'étouffer.

Et c'est le froid, qui l'étouffe. Le froid qui s'engouffre entre elles et le regard qui assiège le sien. Pourquoi ? Le silence s'étire comme des fils. Maja n'a aucune explication à donner, et rien à y répondre. C'était un accident. Une vulgaire bavure. Mais comment expliquer à la fille que le père est mort en vain ? Par sa faute.

« Je ne voulais pas. Il n'aurait pas dû mourir. J- J'aurais dû mourir à sa place. C'est ça, que tu veux entendre ? Tu as lu les rapports. Tu as châtié les responsables. Tu sais, ce qui s'est passé. »

Ce n'est pas la question.

Maja est persuadée que Silke a lu les moindres lignes, et poursuivi jusqu'au dernier des acteurs de cette pièce macabre. Elle est la dernière. Et on s'apprête à y mettre un terme. C'est ce qu'on est venu chercher, ici, dans cette montagne, non ? La conclusion. L'épilogue de cette tragédie.

« Ça ne devait pas se passer comme ça. Je ne voulais pas... Répète-t-elle dans un sanglot. »

Ce n'est pas la question.

Sa main se lève, navigue prudemment jusqu'à la mâchoire de son amante. Le pouce essuie un sillon vermeil, caresse du menton à la lèvre inférieure. Le geste tremble, pue le chagrin et le regret. Maja ne mérite pas de vivre, et elle était prête à y renoncer dès que Silke est entrée dans la pièce. Alors pourquoi le veut-elle si désespérément, maintenant ? Pourquoi son regard supplie-t-il si fort de l'épargner ?

« Mais je l'ai fait... Pour l'Einsicht. Pour toi. Pour nous. »

Appréhender l'ennemi invisible. Protéger les siens. Protéger Trine. Protéger Natasja. Protéger Silke.

(c) AMIANTE
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MessageSujet: Re: Blood debt (Maja)   Ven 9 Mar - 3:27




Blood debt

Silke & Maja

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Tu n'as pas besoin de faire ça. Tout son être hurle l'inverse. Chaque fibre de son corps réclame vengeance, et pas juste par la mort, mais par la souffrance. Aussi grande que la sienne, mais surtout, aussi injuste. Tu ne devrais pas faire ça. Le sourire s'accentue. Le monstre se complaît dans son imposture de cruauté. Qui est-elle pour parler de morale ? Pour lui dire ce qu'elle devrait ou ne devrait pas faire ? Il suffirait de quelques mots bien choisis pour lui rappeler tout le mal qu'elle a pu causer au cours de son existence, toutes les autres vies qu'elle a piétinées.

Mais c'est le corps qui domine. La faim qui s'empresse d'être assouvie. Au diable les palabres que laissent échapper les lèvres de Maja, au diable ses maudits yeux qui la connaissent trop.

On dit du sang qu'il est presque tout, qu'il nous définit. Sang d'humain, sang de monstre ; sang de moldu ou de sorcier ; sang noble ou non ; sang pur ou impur, même, ailleurs. Mais le sang n'est plus grand chose, quand la peau est ravagée et qu'il s'échappe de l'enveloppe. Quand il n'est plus qu'une trace à moitié effacée, un goût sur la langue qui déjà s'éloigne. Le parfum de celui de Maja devrait sûrement être unique à ses yeux, si l'on en croit les racontars sur les vampires. Elle devrait y boire comme on boit à la source, en perdre la tête sous le coup de la passion.

Non. Ce sang là ne contient rien d'autre que des souvenirs. Un mélange désordonné et plus ou moins lointain de souvenirs. L'oubli a quelque chose de salvateur, quand on sait qu'on vivra encore longtemps ; mais Silke n'a pas la chance d'oublier. Sa mémoire a gardé en réserve de quoi la harceler d'images, tantôt doucereuses. Deux enfants naïves, deux rires qui se répondent. Tantôt délicieuses. Deux corps étreints, deux souffles sur un seul tempo. Tantôt infâmes. Sa main qui finit d'arracher Qōl Ekhád du corps encore chaud de Joachim.

D'un geste rageur, elle décroche les mains de Maja de sa nuque. Non. Ce n'est pas ainsi. Plus jamais, assène-t-elle à son propre cœur.

Elle flotte dans le vide de ce silence qui lui répond, les lèvres entrouvertes et le souffle court. Ses doigts maintiennent toujours les poignets contre le parquet, avec une force excessive, inutile. Ses pupilles se sont agrandies depuis que ses dents ont transpercé l'épiderme, et depuis n'ont plus repris leur forme originelle, comme dans l'attente de la prochaine gorgée. Devra-t-elle la torturer pour avoir une justification ? Et si elle n'en a pas à lui offrir, autre que ce qu'elle a pu apprendre par elle-même ?

Mais Maja consent enfin à retrouver la parole. De déception en déception, Silke plisse les yeux, pince les lèvres. Encore des complaintes. Cette fois, son cœur saigne trop pour que les larmes l'atteignent. La douleur de l'aimée irradie pourtant, et sa culpabilité est trop évidente pour prétendre ne pas la reconnaître.

Elle se déteste d'y croire. De voir la vérité dans ses mots. Il serait tellement plus facile que ce soit faux. Qu'elle ait fait tout ceci par ambition, par désir de faire tomber le Premier.

Hagarde, sa peau tressaille au contact de cette main. Les yeux s'étaient perdus quelques instants dans le néant. L'absurdité. L'absence de sens. Sa vie, sa mort. Et tout le reste. Il n'y a plus là qu'une succession d’événements plus ou moins heureux ou malheureux. De luttes plus ou moins vaines. Quelque chose se brise, dans un silence étouffant. Elle ne sent pas le pouce contre sa lèvre, n'entend plus les suppliques muettes de Maja, ni ses mots qui clament un but noble.

Il n'y a plus de larmes dans ses yeux. Juste la froide colère, transformée en une arme plus acérée que jamais.

« Oui, tu aurais dû mourir à sa place. »

Le murmure est lâché comme une promesse.

Mais en pense-t-elle seulement un mot ? Le regard fusille mais la lèvre tremble. Entre Maja et Joachim, elle est naïvement persuadée de choisir ce dernier sans hésiter.

« Tu n'arriveras jamais à la cheville de l'homme qu'il était. »

Au fond, elle sait qu'il aurait fait exactement la même chose, si le choix s'était présenté à lui. Qu'il aurait pris ce risque cent fois, pour l'Einsicht. En avoir conscience ne rend pas la chose plus facile, bien au contraire ; sa lèvre se tord d'amertume et elle finit par saisir la main de Maja. Sa poigne pourrait si facilement broyer ce poignet, réduire les os de ses doigts en charpie. Elle pourrait le faire. Sa rage est assez forte.

« Et il n'y a pas de nous, crache-t-elle. Tu es seule, à présent. »

Et moi aussi, se garde-t-elle d'ajouter, le masque de haine manquant à nouveau de se fendre.

« C'est une punition adéquate, je trouve. »

La voix s'éteint sur les derniers mots. Elle se hisse sur des jambes tremblantes, lâchant la main de Maja sans plus de cérémonie. Laconiquement, elle essuie le reste de sang sur sa manche.

« Je reviendrai pour en finir, lâche-t-elle par dessus son épaule en extirpant le couteau du manteau de la cheminée. »

Quand tout sera terminé. Quand elle sera lassée de ses guerres, épuisée de traîner sa carcasse dans des batailles qui n'auront plus aucun sens.

Déjà, elle sent sa foi défaillir, aussi fuit-elle l'amante. La tuer serait se mutiler, se condamner. Mais aujourd'hui, d'autres dépendent de sa force, d'autres en souffriront si elle se perd. Elle ne peut pas.

Aussi désagréable que ce soit, Maja a raison : elle ne doit pas.

(c) DΛNDELION

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