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not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea


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Ahren Hafner
Heimdall

Revelio

MessageSujet: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Mar 13 Fév - 19:29


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


« Je pense que la bleue paon vous irait à merveille, monsieur. » Mitty, domestique de son état, ouvrit une boîte qui contenait une multitude de cravates aux motifs animés. Ahren, qui était en train de boutonner ses manches, n’interrompit pas son geste pour jeter un œil. Il les connaissait par cœur. Celle mentionnée par la vieille dame était faite d’un satin d’un bleu canard, une couleur plutôt sobre pour un sorcier. Néanmoins, des reflets mordorés et vert défilaient sur le tissu de gauche à droite avant de disparaître, comme si on agitait les plumes d'un paon. Même si de manière générale, le bleu avait toutes ses faveurs, cet accessoire demeurait son préféré de toute la collection. Et ça, la domestique le savait très bien. « Je vous vois venir, Mitty, j’ai dit que je n’en ferai pas trop ce soir. » Il opta pour une cravate bleue acier dont les pois changeaient de place quand il se mouvait. Un petit gémissement déçu accompagna la fermeture de la boîte en bois vernis et le pas claudiquant de Mitty qui allait la remettre à sa place. Dans un miroir, Ahren ajusta le col de sa chemise blanche, ne laissant aucune chance au moindre faux pli. Quand il s’habillait, le silence était de mise. À la manière d’une importante cérémonie, chaque geste était un rituel minutieusement accompli. Bien souvent, personne ne se permettait de déranger l’aîné avant une soirée, de risque de subir son courroux prétentieux. Il avait le sens du détail, le besoin que tout soit à la place où il l’avait choisie. Rien n’était laissé au hasard, tout était étudié et volontaire. Un claquement de doigt vint perturber momentanément la tranquillité, mais Ahren n’en tint pas rigueur à Mitty qui avait fait apparaître un escabeau pour mieux l’aider à enfiler sa veste du même bleu que la cravate. Les doigts noueux de la femme filèrent le long de chaque épaule puis de la naissance de sa nuque jusqu’à l’ourlet du bas, éliminant toute éventuelle trace. C’était la seule autorisée à toucher à ses vêtements ou même le toucher lui de la sorte. Elle l’avait habillé depuis sa plus tendre enfance et tenait à le seconder, encore aujourd’hui. Elle savait qu’elle avait tout juste le temps de descendre et d’aller prévenir le reste de sa famille qu’il était prêt à partir avant qu’il ne quitte effectivement sa chambre. Pendant ce temps, Ahren disciplina ses cheveux en arrière à l’aide d’une cire magique mentholée dont l’odeur évoluait au fil des heures. Il s’attaquait à une boucle rebelle sur le devant de sa tête quand Heinrich fit irruption dans la chambre, poursuivie par une Mitty confuse. « Alors sohn, tu ne tiens quand même pas être en retard à ta soirée d’anniversaire ? Les portes du théâtre ont déjà ouvert. Tout le monde t'attend. » Une main un peu trop enthousiaste vint serrer l’épaule du fils qui lui jeta un regard noir. « Si tu continues comme ça, je ne viens même pas. » Devant le ridicule de cette mauvaise foi, le patriarche laissa échapper un éclat de rire bruyant avant de quitter la pièce, suivi de son fils aîné qui fêtait en effet ses trente-trois ans.

« Alles Gute zum Geburtstag, Ahren. » La flute de champagne se leva en son honneur et fut aussitôt imitée par celle d’Ahren. « Merci à vous, Herr Eiche. » Il lui adressa un sourire poli avant de retourner dans la foule. Sa longue tournée des membres éminents de la noblesse allemande venait de s’achever. Saluer tout le monde était une corvée, mais lorsqu’on était le centre d’attention de la soirée, c’était un devoir qu’il exécutait volontiers. En l’honneur de son anniversaire, le théâtre national avait donné représentation toute la journée à moitié prix pour les moldus et les sorciers les moins fortunés. Les plus riches savaient qu’ils seraient de toute façon conviés gratuitement à la représentation du soir, précédée d’un petit cocktail de bienvenue des plus exquis. Pour les plus téméraires, une réception décontractée dans le manoir familial satisferait ensuite les esprits plus fêtards. Les Hafner savaient recevoir et ne faisaient pas les choses à moitié. Il restait une demi-heure avant que les invités soient conviés à rejoindre leur siège et Ahren profita de ces quelques minutes de répit avant de se faire alpaguer de nouveau. C’est alors qu’une dernière paire attira son attention. Le couple Reinhardt. Un nœud se forma dans son estomac. En d’autres circonstances, il aurait pu se fondre dans la masse, mais ce soir c’était impossible. Il prit alors les devants et se présenta à Anthéa et Konrad. « Bonsoir. » Quand il rencontra le regard de l’époux, ce fut la douche froide. L’agacement qui naissait dans les entrailles du trentenaire ne le départit cependant pas de son masque avenant d’hôte. Il n’avait pas plus envie que lui d’échanger des futilités. Ils s’adressèrent un bref sourire hypocrite avant que le Burggraf ne finisse par être alpagué par un Landgraf qui le sollicita pour des sujets plus politiques. Ce qui signifiait qu’il se retrouvait momentanément seul en compagnie d’Anthéa et il était exclu qu’il l’abandonne avant que quelqu’un ne prenne le relais. « Tu passes une bonne soirée ? Tu as déjà vu la pièce ? » tenta-t-il, sur un ton qui se voulait neutre mais qui fut seulement beaucoup moins chaleureux. Question stupide quand on savait que le théâtre de Weimar avait les exclusivités des premières. Piégé.

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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Mer 14 Fév - 14:22


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


Tranchantes, les prunelles du reflet vinrent inspecter son alter-égo, jugeant le moindre détail du faciès avec un intérêt marqué, conservant pourtant un procès silencieux. Elle ne cherchait pas la perfection, toutefois soumise à la critique d’autrui, la jeune épouse ne pouvait se permettre le moindre faux pas en cette soirée marquée par une invitation non-négligeable. Ce n’était jamais qu’un événement de plus sur le calendrier de la noblesse, mais la moindre fausse-note pouvait briser une réputation jusque là impeccable. Un maquillage délicat, frais, loin de la monotonie de la tendance actuelle, pour une parure unique, nouvelle création signée Anthéa Drache. Mêlant la matière à l’invisible, le tissu jouait sur la texture de la peau, semblant presque se désincarner à certains endroits pour provoquer ce qui pourrait être le scandale du siècle, mais les motifs savamment travaillés et la magie se reflétant à chaque fil se moquaient de chacun, venant adroitement faire oublier la première pensée au profit de l’émerveillement. Jouant de sensualité et d’érotisme, la styliste parvenait malgré tout à sauvegarder les images et la pudeur de la personne qui souhaiterait porter un tel apparat. Pourtant, il manquait encore quelque chose à tout cela, obligeant la jeune femme à ouvrir les tiroirs de sa coiffeuse, les phalanges repoussant plusieurs boites de bijouteries coûteuses, plus ou moins anciennes. La plupart s’avérant être des présents de son époux, qu’elle ne portait pourtant pratiquement jamais si ce n’était aux évènements où ils étaient invités. Bien qu’élevée dans la grande noblesse, Anthéa demeurait une jeune femme simple, bien loin de ses comparses vénales aimant afficher la richesse de leurs époux. Lorsqu’enfin elle trouva la boite qu’elle recherchait, ce ne fut que pour en extirper un petit peigne fin, de noble facture et qui se marierait parfaitement avec la tenue qu’elle portait. Papillon égaré dans sa chevelure blonde, dont l’émeraude se raviva à la lumière dont elle avait été privée. Celui-là n’était pas un cadeau de son compagnon, mais une réminiscence d’un passé qu’elle aurait aimé oublier peut-être, afin de ne pas s’inquiéter d’un estomac contracté à chaque œillade échangée avec le coupable de son trouble. Ce soir une fois encore, elle n’échapperait pas à ce sentiment, la soirée à honorer n’étant rien de moins que l’invitation à commémorer son anniversaire. Pupilles satisfaites, la délicieuse déserta son tabouret, enveloppant ses épaules d’une cape à la hauteur de la beauté de la tenue rehaussée d’une fourrure d’hermine blanche, ses pas la menant avant tout dans la chambre de sa progéniture pour un baiser posé sur le front avant de rejoindre l’époux impatient, trop a cheval sur les heures et la discipline. Ce qu’étrangement, elle appréciait malgré tout chez lui, alors qu’elle n’était rien de moins que l’inverse presque absolue.

Saluant les convives d’un signe de tête, d’un sourire ou de quelques phrases bien placées et polies, Anthéa ne faisait que suivre Konrad, son bras placé sous le sien avec une délicatesse infinie. Leur mariage en avait fait jaser plus d’un – sans doute aujourd’hui encore – les uns venant souligner la jeunesse de la Drache en comparaison au Reinhardt, d’autres s’interrogeant sur les réelles raisons d’une telle union… Après tout, les Drache n’étaient-ils pas connus pour préserver les alliances entre sang-purs ? Mais tous semblaient s’accorder sur un point : le couple n’en était pas moins exemplaire. Excellente actrice, l’épouse ne montrait jamais le moindre signe d’un éventuel malaise, et ne s’attardait pas non plus à répondre à ceux qui venaient critiquer ouvertement son mariage. Elle se contentait de sourire poliment aux uns, et d’accorder ce qui pouvait s’apparenter à un sourire aimant à son époux lorsqu’il la délaissait pour rejoindre d’autres convives. Cependant, la soirée ne faisant que commencer, ils n’en étaient pas encore au stade de la séparation temporaire où chacun affronterait ses propres démons, faisant front uni, jusqu’à trouver leur hôte. Ou tout du moins, jusqu’à ce que lui ne les trouve, réveillant les souvenirs de la belle, et le trouble s’y accompagnant, s’obligeant pourtant à demeurer naturelle. Elle connaissait suffisamment Ahren pour savoir que cela devait lui coûter de venir les saluer, ou la recevoir. Un sixième sens peut-être. « Joyeux Anniversaire Herr Hafner. Comme toujours, c’est une réception délicieuse. » laissa t’elle entendre, soulignant une fois encore la tendance de cette famille à créer les plus beaux évènements. Pour sûr, elle appréciait de se rendre aux soirées organisées par les Hafner, bien qu’elle ait plus d’une fois décliné leur proposition de se charger d’organiser une soirée qui lui serait entièrement dévouée – tel le jour de son anniversaire –. Une pression sur sa hanche lui indiqua que son compagnon prenait congé d’elle, momentanément, l’obligeant à lui adresser un hochement de tête entendu ainsi qu’un sourire bienveillant, avant de s’en retourner à son hôte, ses prunelles céruléennes s’attardant sur son visage, cherchant peut-être un détail qui aurait changé, autre que celui du temps venant marquer ses traits. Il y eut ce frisson délicieux traversant son échine au son de sa voix, bien qu’elle nota le ton bien moins chaleureux qu’auparavant. Était-ce si étonnant ? Ils ne s’étaient pas quittés en bons termes. Comment aurait-ce seulement pu être possible ? Elle le quittait pour un autre, pour un mariage dont elle ne voulait pourtant pas le moins du monde. Une gorgée de champagne, avant de répondre à son ancien… amour de jeunesse. « Très. J’ai hâte de voir la suite des évènements. » Un sourire amusé face à sa réplique, avant de secouer la tête. « Non, bien sûr que non. Le théâtre Weimar n’autorise pas que l’on vienne espionner les répétitions ou alors j’ai manqué cette information. Mais j’ai lu le synopsis, et je pense que ce peut être un succès. Tout du moins, si les acteurs sont assez bons. » Engagement d’une conversation banale. C’est toujours mieux que rien, d’ordinaire, ils se contentent de se saluer avant de disparaître vers quelqu’un d’autres. Peut-être pour éviter un retour de flamme…

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Ahren Hafner
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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Jeu 15 Fév - 22:48


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


Dans la salle de réception qui jouxtait l’amphithéâtre, une effervescence docile traduisait l’impatience des convives. Il suffisait de parcourir l’assemblée des yeux pour remarquer des sourires, quelques rires discrets et surtout, ressentir de la bonne humeur. Dans le beau monde de la noblesse sorcière, tout le monde semblait s’entendre. Quand un tel événement était organisé, il était rare de voir des sujets de discorde être remis sur la table, ou des rivalités s’exhiber aux yeux de tous. Non, dès qu’il y avait moyen de maintenir sa réputation, chacun s’appréciait et tout allait dans le meilleur des mondes. Le jeu des apparences était à son apogée et même quand Anthéa décrivait la soirée comme délicieuse, personne n’était dupe. Ça voulait simplement dire que les Hafner avaient bien fait leur travail : détourner les attentions des sujets trop importants, apaiser les mœurs et séduire. À tous les plans. Néanmoins, Ahren s’enorgueillissait toujours de l’entendre dire. Surtout quand ça venait de la fille Drache, souverains du Land. Il lui sourit presque en guise de gratitude, avant de déchanter légèrement lorsque l’époux prit congé. Il ne s’était pas préparé à se retrouver seul avec elle. Non pas qu’il ne sache pas quoi évoquer avec elle, mais il avait tellement eu l’habitude de délaisser les discussions superficielles en sa compagnie, que c’était difficile de la considérer comme n’importe quelle autre sorcière. Mais il joua le jeu, contre mauvaise fortune bon cœur, parce qu’il savait que les regards étaient posés sur lui. Et il ne devait pas faillir. Pas ce soir. Suite à sa question, Anthéa lui confia son enthousiasme. Férue d’art et de divertissement, elle n’avait jamais manqué une des représentations auxquelles les Drache avaient été invités. Elle s’était toujours montrée intéressée et attentive. Une des qualités qu’il appréciait sans doute le plus chez la jeune femme, même alors qu’elle n’était pas la plus mise en avant. Elle ne manqua pas non plus l’occasion de lui rappeler qu’ils étaient les maîtres de l’exclusivité. Ce fut son égo qui répliqua aussitôt : « Tu ne t’es juste pas adressée aux bonnes personnes. » Dans une autre vie, il lui aurait ouvert volontiers les portes des coulisses ou des répétitions si elle le lui avait demandé. Mais ça, c’était dans une autre vie. Il porta la coupe à ses lèvres pour boire une gorgée et s’offrir un instant de répit.

Quand il reposa ses yeux bleus sur le visage de la jeune femme, son cœur manqua un battement puis la mascarade reprit de plus belle. « C’est une réécriture à partir des ébauches de Goethe. Une réinterprétation, on pourrait dire, mais je t’avoue que c’est ma préférée jusqu’ici. » Les portes allaient ouvrir dans moins d’un quart d’heure et tous bouillonnaient de découvrir la pièce qui allait être jouée pour la première fois en Allemagne. Lui avait évidemment déjà vu la pièce. Nausicaa. Une tragédie inachevée qui reprenait les récits mythologiques pour les accorder à des thèmes précis. L’attirance interdite d’une princesse pour un humain déchu, l’attirance châtiée quand elle lui succombe. La base était là et ouverte à toutes sortes de dilemmes et rebondissements. Le metteur en scène qui s’était occupé de la troupe était connu pour mettre l’accent sur les contrastes, la psychologie de l’incompatibilité et l’incarnation scénique des oxymores. La pièce allait impacter chacun des spectateurs, il en était certain. Lui, elle l’avait déjà impacté. Anthéa aurait fait une parfaite Nausicaa. « Ça sera un véritable succès, crois-en mon expérience. » À sa gauche, il aperçut une silhouette féminine qui les fixait déjà depuis plusieurs minutes. Qui était-elle déjà ? « Les acteurs sont très jeunes. Si on peut leur reprocher un manque d’expérience, ils sont absolument fascinants. Ils transmettent quelque chose de particulier, c’en est étonnant. Je te garantis que tu n’en ressortiras pas indemne. » Il aurait tellement aimé pouvoir en discuter davantage avec elle. Recueillir son opinion était autrefois quelque chose qui comptait beaucoup pour lui. Désormais, c’était tout juste s’il prenait de ses nouvelles. Après tout, elle était entre de bonnes mains dans son château à Nuremberg, non ? « J’espère que Konrad et toi en sortirez ravis. » La question franchit le seuil de ses lèvres sans qu’il n’ait eu le temps de juger de sa pertinence – ou plutôt de sa stupidité. « Je suppose que vous ne passez pas ensuite au manoir ? Il me semble que Herr Reinhardt n’est pas des plus épris de ces soirées. » Elle l'avait été. Autrefois. Jadis. Il y avait beaucoup trop longtemps. N’y avait-il donc personne pour venir complimenter la tenue d’Anthéa ? Personne pour le sortir de ce cauchemar. Ahren était en train de s’enfoncer six pieds sur Terre et son masque de galanterie commençait à craqueler.

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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Ven 16 Fév - 22:33


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


Malgré la bonne entente manifeste, il y avait toujours un regard pour juger l’autre, apprécier sa nouvelle coiffure, ou critiquer le choix d’un bijou trop voyant. De messes basses en exclamations bruyantes, de regards en coins aux sourire sincères. La haute société s’accordait sur un point : l’hypocrisie possédait un goût exquis dont il fallait user et abuser. Et quel meilleur endroit pour s’en donner à cœur joie qu’un événement où tout le gratin se devait d’aller ? Pour sûr, on était toujours ravie de se retrouver, d’échanger les derniers potins, prendre des nouvelles d’untel… c’était bien là tout l’intérêt de se mettre sur son trente-et-un et de chercher du regard la prochaine cible de la conversation. Et pour réunir tout ce beau monde, les Hafner étaient sans conteste les plus doués, ceux sur qui il fallait compter pour mettre tout le monde dans la même pièce sans qu’aucun meurtre ne soit commis. Oui, les Hafner possédait le monopole du divertissement, en cela, ils gagnaient un respect que nulle autre famille n’aurait pu égaler. Cependant, ils étaient aussi doués pour effacer du tableau les nouvelles les plus tristes, ou les sujets les plus fâcheux. Ce soir encore, nul ne penserait à Grindelwald ou à l’Einsicht, et pour cela, on ne pouvait que les remercier, applaudir pour leur dévouement au divertissement. Avant même d’avoir vue la pièce, Anthéa sut que la soirée serait bonne, et qu’une fois encore, le crédit mérité serait accordé sans la moindre hésitation, mais il était naturellement souhaitable de ne rien en dire, afin d’éviter que malheur s’abatte sur le théâtre, aussi valait-il mieux s’attarder sur la réception. En réalité, elle ne s’était pas attendue à ce que le maître des lieux demeure en sa compagnie, surtout pas maintenant que l’époux s’était éloigné. Il n’était jamais très loin de toute manière, toujours l’œil sur elle, au cas où l’un des membres de la famille Drache – à tout hasard le patriarche – viendrait la voir. Il était toujours amusant et agaçant de voir Konrad réapparaitre comme par magie à ses côtés, la main posée sur la taille dans un élan de possessivité, mais bien plus encore de défi. Elle avait fini par s’y habituer avec le temps, néanmoins lasse de ce jeu de pouvoir dans lequel elle n’avait pas son mot à dire. Mais Ahren n’était pas Cäsar, aux yeux de beaucoup, il n’était qu’un vassal de la famille Drache, rien de plus. Seuls Anthéa et le concerné connaissaient la réelle nature de leur relation, qui était loin d’être un rapport professionnel. Ainsi, sous la réplique de son vis-à-vis, mais plus encore du sous-entendu qu’elle seule pouvait percevoir, s’attarda t’elle sur un sourire bien mystérieux, qu’elle fit disparaître sous la coupe de champagne. « Je saurai m’en souvenir, répliqua t’elle, mais je n’aimerai pas me gâcher le plaisir d’une avant-première. » Nouvelle gorgée qui lui picote la langue, avant qu’elle ne repose sa coupe sur le plateau d’un domestique qui passait par là, mettant fin à sa dose de courage liquide, traitresse si consommée trop rapidement.

Alors il continua de parler, et durant un court instant, fugace, il lui sembla retrouver l’homme dont elle était tombée amoureuse dans le passé, si fier de ce qu’il entreprenait, ne laissant personne se mettre sur sa route. Et ce fut de nouveau-là, ce poids dans l’estomac, cette culpabilité de ne pas avoir été capable de tout lui donner, et voilà qu’elle regrette son verre finalement, tente de retrouver cette sérénité qu’elle ne possède plus lorsqu’il se trouve à portée de regard. Elle inspire, subtilement, ou tout du moins essaie t’elle, conserve son sourire naturel, avant d’hocher la tête. « Alors je suis impatiente de voir ces portes s’ouvrir et de gagner mon siège. Si tu es certain du succès, qui suis-je pour mettre tes paroles en doute ? Mais s’il s’avère que tu m’as menti, je viendrai demander compensation. » Est-ce le début d’un flirt innocent ? Elle ne s’en rend pas même compte, épouse fidèle et presque dévouée. Puis le mari fut de nouveau mis sur le tapis, rancœur qui les avait poussé à s’éloigner l’un de l’autre, alors qu’ils partageaient tant autrefois. Elle était innocente dans l’histoire, encore aujourd’hui, mais ne ferait rien pour faire changer d’avis celui qui était et demeurait certainement l’élu de son cœur de jouvencelle. « Tu auras le plaisir de connaître notre réaction tout comme les nombreux convives présents ce soir. » C’est un juste retour, même si la remarque s’est voulue plus acerbe qu’elle ne l’aurait voulue, à qui la faute ? Qui a commencé ? Pourtant, voilà qu’elle hausse légèrement un sourcil à la question posée, instantanée et pour laquelle elle n’a pas même prit le temps de la réflexion avant de venir, quand bien même ce type d’after se voulait… inoubliable. Un regard vers le dit Herr Reinhardt, en grande conversation, avant qu’elle ne reporte son visage de poupée vers son hôte. « Il n’a jamais vraiment aimé ce genre de soirées, il n’a plus vraiment l’âge pour je le crains. Peut-être y ferais-je un saut, accompagnée naturellement. » Jamais seule, c’est le contrat en petit caractère sur son contrat de mariage, sur sa prise d’otage. Elle se fond dans son regard, un vague instant, avant de tourner la tête vers un visage qui lui est inconnu, mais les fixe avec un intérêt marqué pour la star du quidditch. « Je crois que tu as une admiratrice, peut-être devrais-je te laisser à elle. Tu es l’homme de la soirée après tout, celui que tout le monde voudrait féliciter. » Celui sur lequel elles désirent toutes mettre le grappin. La simple pensée d’une autre dans ses bras est suffisante pour lui donner la nausée, et pourtant, le visage serein demeure, tout autant que ce sourire qui semble sonner faux.

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Ahren Hafner
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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Sam 17 Fév - 22:00


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


Cacher aux yeux des autres une proximité qui ne devrait pas exister était comme marcher sur un fil les yeux bandés. Tout était fait pour échouer. On ignorait les facteurs qui pouvaient faire perdre l’équilibre et révéler au grand jour ce qui ferait mieux de resté caché. On n’avait pas toujours conscience des regards posés sur soi et des oreilles qui écoutaient effectivement la discussion privée. Chacun semblait vaquer à ses occupations, mais on savait que tout le monde était à l’affût. De très grandes réceptions n’avaient d’autres véritables utilités que de trouver les armes en cas d’éventuels conflits. Qui avait quelque chose à cacher ? Qui était en position de faiblesse ? Qui pourrait servir de tremplin ? La noblesse n’était jamais satisfaite de ce qu’elle avait, cherchant toujours plus loin jusqu’à s’en brûler les ailes. Nombreuses étaient les histoires des héritiers déchus, que le scandale avait déshonoré ou que le devoir avait fait fuir. C’était une mer de requins dans lesquels les plus faibles n’avaient pas leur place. On appréciait la douceur d’une rose que si elle était affublée d’épines. Personne ne pouvait réellement faire confiance à personne. Il n’était pas étonnant de voir un Hafner s’entretenir avec une Drache, rien que parce que la vassalité de la famille entrainait des rapports plus proches. De plus, l’amitié profonde d’Anselm et d’Ahren n’était inconnue de personne et tous s’étaient déjà fréquentés avant même de faire leurs premiers pas à Dürmstrang. Mais Ahren devait faire attention à chaque mot qui franchissait ses lèvres. Il n’était pas censé s’enquérir de sa vie privée, alors qu’elle était capable de ruiner sa famille d’un claquement de doigts. Il n’était pas même censé la tutoyer, si on respectait strictement le protocole, et pour le coup, le sorcier profitait de l’alliance qui ornait le doigt de la jeune femme pour se dédouaner de toute tentative inappropriée. Ils discutaient de la pièce à laquelle ils allaient bientôt insister comme si c’était le sujet phare de la soirée. Ce qu’il lui avait dit, il aurait pu le dire à n’importe qui et c’était sans doute la réalité la plus désagréable de ce moment. Il exécrait être réduit à cet exercice que tous deux ne maîtrisaient que trop et ne réservaient à personne. Il n’y avait rien de particulier entre eux, aucune étincelle comme jadis. Malgré lui, Ahren se retrouvait à décortiquer chacune de ses réponses, dans l’espoir d’y trouver autre chose de la politesse. Il lui sourit brièvement quand elle joua les difficiles, le menaçant d’aller porter réclamation si toutefois la pièce ne tenait pas ses promesses. Oh, elle les tiendrait. Son visage traduisait toujours le contrôle dont il faisait preuve, tandis qu’il abandonnait une flûte vide au profit d’une autre pleine. Pas même Anthéa ne put déceler l’agacement intérieur quand elle parla de leur réaction, évidemment commune, à Konrad et elle. Pourquoi parmi tous les sorciers allemands fallait-il qu’elle ait choisi celui-là ?

Au moment où celui-ci fut fatalement évoqué, les regards des deux convives se dirigèrent vers la silhouette digne de Herr Reinhardt. Il respirait toujours l’assurance, ayant l’air suffisamment austère pour inspirer le respect sans paraître totalement snob. Le Burggraf maniait les codes à sa propre manière, loin de l’aura festif et social des Hafner. Deux opposés qui avaient su séduire la blonde, et qui le faisaient douter de la sincérité d’une des deux affections. La satisfaction narcissique luit dans ses yeux céruléens quand elle justifia sa probable absence par son âge vieillissant. La satisfaction, encore, quand elle parla d’y faire un tour, quelque peu entamée néanmoins à l’idée d’un chaperon qui suivait tous ses faits et gestes. C’était déjà ça de pris. Mais de toute manière, qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire qu’elle soit présente ou non ? « J’espère t’y voir, alors. Je ne te garantis pas que ça sera aussi civilisé que ceci. » dit-il en désignant d’un geste de la main, l’assemblée des plus dociles. Si l’indécence n’avait jamais ostensiblement caractérisé les fameuses nuits blanches au manoir Hafner, on n’avait jamais nié qu’elles étaient plus incongrues et libérées que les réceptions officielles. La famille savait faire la part des choses et c’était cette façon de modeler le divertissement qui fascinait principalement leurs plus loyaux sujets. Rien que quelques minutes, à pouvoir la regarder sans craindre les indiscrétions. C’est le meilleur qu’il puisse espérer jusqu’ici. « Les Hafner prendront bien soin de la fille Drache. » Renier son affiliation au Reinhardt, encore et toujours. Anthéa finit par évoquer la jeune femme qui attendait certainement dans son coin d’avoir ses quelques minutes privilégiées avec l’homme de la soirée. Quand elle remarqua qu’on parlait d’elle, elle commença à s’avancer vers eux, d’une démarche chaloupée. Ses cheveux bruns étaient coiffés sur un seul côté, cascadant sur son épaule gauche. Sa beauté très justement mise en valeur et son air quelque peu hautain ne laissaient aucun doute quant à sa profession. « Anthéa, je vous présente Mina, notre Nausicaa de ce soir. » Mina vint caler immédiatement sa main au bras de l’homme, adressant son plus grand sourire de célébrité à l’intention de son interlocutrice. « Bonsoir Anthéa, je suis absolument enchantée de faire votre connaissance. » Elle posa son autre main sur l’épaule d’Ahren, tournant son visage vers celui-ci. « Je suis désolée de vous le voler, mais nous allons bientôt nous préparer et le metteur en scène voulait un dernier mot avec Herr Ahren. » Elle détailla la tenue d’Anthéa de la tête aux pieds, dissimulant à peine tout ce qu’elle pensait de ce tissu transparent. « Vous resplendissez, Frau Drache. Je vous souhaite un agréable spectacle. » Elle tourna les talons, incitant Ahren à faire de même. Frustré, ce dernier accorda une dernière œillade par-dessus son épaule, avertissant celle qui autrefois occupait toutes ses pensées d’honorer sa promesse de le retrouver plus tard.

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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Lun 19 Fév - 18:16


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


« Il y longtemps que je n’ai pas eu l’occasion d’apprécier les joies des festivités nocturnes. L’anniversaire d’un burggraf en devenir me semble tout indiqué pour retrouver ces vieilles habitudes. » Signifie t’elle du bout des lèvres, calme placide et attitude neutre. Autrefois, avant de se marier, elle était bonne vivante, bien moins calme que ce qu’elle pouvait laisser paraître aujourd’hui. D’aucun diraient que le flegme d’Herr Reinhardt avait eut raison de sa jolie, mais bien trop jeune épouse… Ignorants. En réalité, elle n’avait jamais osé montrer un autre visage au Reinhardt que celui de la poupée bien élevée, avec quelques doses de rébellion de temps à autres. La seule personne qui connaissait Anthéa au delà de toute frontière demeurait encore à ce jour Ahren, de ses fous rires à ses élans de tristesse, de son côté jovial à ses instants de lâcher prise. Tout cela avait disparu sitôt que Konrad lui avait passé la bague au doigt, l’obligeant à mûrir peut-être un peu trop vite. Le sourire s’étend un peu plus tandis que son serment de loyauté se glisse dans la conversation, appelle à la sécurité de l’enfant chérie sous le toit des Hafner. Rien ne saurait lui arriver sous le banneret de la famille vassale. Mais s’il savait, oh, s’il savait… Elle ne lui avait jamais exposé les réelles raisons de son mariage, si ce n’était qu’il était arrangé de longue date, lui brisant le cœur, et le sien par la même occasion… Sans doute même ne le ferait-elle jamais, afin de préserver un semblant de paix entre les familles, et parce qu’elle ne connaissait que trop son premier amour pour savoir qu’il ne resterait pas en place une fois le secret dévoilé. Oui, c’était bien une confidence qu’elle emporterait avec elle dans la tombe, écrasant sous ses pieds les souvenirs de son amour pour l’Hafner, le préservant de toutes ces conspirations. Un amour un peu trop tenace, poussant du bout des doigts la jalousie à l’instant même où la jeune femme perçue plus tôt se rapprocha d’eux, glissant son bras sous celui de l’hôte de la soirée. Bien entendu, le battement de cœur se fit plus accentué que les autres, peut-être même l’étincelle de jalousie vint-elle s’installer le temps d’une seconde complète dans les prunelles céruléennes d’Anthéa… Mais ne demeura pas. Elle aurait été bien mauvaise actrice si elle n’avait su contrôler chacune de ses réactions lorsqu’ils vivaient leur histoire cachée, ou dès lors qu’elle se retrouva mariée au plus beau manipulateur que le monde ait porté. Ses lèvres dociles s’étirèrent d’un sourire qui se voulait sincère, toutes dents blanches dévoilées. « C’est un plaisir de rencontrer la vedette de la pièce. Nous en parlions justement avec votre mécène. J’espère que vous êtes à la hauteur de la réputation qu’il a fait de vous… » Sa phrase à peine achevée qu’elle salue l’homme d’un signe de tête avant de s’en retourner à son époux, son bras venant entourer sa silhouette avec cette intensité de femme éprise. Les portes du théâtre ne vont plus tarder à s’ouvrir, et avec elles, une loge suffisamment isolée pour ne pas avoir à chercher du regard l’Hafner. Quant à la minaudeuse de bas-étage ? Il n’y a pas de quoi en faire une tragédie. (FIN DE L’ACTE I.)

ACTE II

Comme il fallait s’y attendre, la pièce est un succès, et les applaudissements sont là pour le prouver. Le jeu des acteurs est sincère, travaillé, de quoi féliciter chacun d’eux personnellement. Bien entendu, c’est plus l’homme de la soirée que l’on vient glorifier, appuyant son bon goût et réitérant les meilleurs vœux pour sa trente-troisième année. Lorsqu’enfin le couple Reinhardt parvient à se planter devant lui, ce n’est que pour énoncer la même chose que précédemment, rien de plus, évidemment. La soirée pourrait s’achever là, elle pourrait rentrer avec son époux et se coucher auprès de lui, comme tous les soirs depuis six ans. Cependant, ce n’est que dehors, sous le froid de décembre qu’elle se sépare de lui, dépose un baiser sur sa joue avant de partir avec le frère de ce dernier, rejoignant les quelques autres calèches qui se rendent toutes au même endroit : la demeure de la famille. Comme il faut s’y attendre, nombreux sont ceux qui participent à ce genre d’événement libéré. Ne l’avait-il pas prévenue ? La soirée serait bien moins civilisée que la première partie à laquelle elle a assisté, ses phalanges trouvant une coupe de champagne rosée qu’elle ne vide pas d’un trait, mais avec laquelle elle peut trinquer avec d’autres personnes, dont certaines qui lui font remarquer combien elle a pu briller par son absence ces dernières années. D’autres, essentiellement féminines, commencent déjà à s’extasier sur sa robe audacieuse, jouent les ingénues et parlent déjà de passer commande à la styliste encore discrète. N’est-ce pas suffisant pour que son garde du corps – ou plutôt chaperon – ne la délaisse là, préférant aller boire que d’entendre les demoiselles parler de robes, froufrous et rubans ? Liberté provisoire, certes, mais liberté tout de même qui la pousse à déambuler dans les couloirs de la maison, converse de temps à autre, et s’autorise parfois un regard lointain pour la star du soir, dont la silhouette est au piano, tandis que les demoiselles sont déjà autour de lui, vautours sur les restes qu’elle a laissé. « Frau Drache ! Vous voilà ! Je me souviens que vous chantiez autrefois ! Accordez-nous le plaisir d’un duo avec le pianiste ! » Un convive parmi tant d’autres, mais qu’elle connaît suffisamment pour ne pas avoir le cœur de lui refuser la requête, pour peu que le maitre des lieux l’autorise. L’interrogation sur le bout des lèvres.


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Ahren Hafner
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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Mar 13 Mar - 15:42


06 décembre 1926, 00h30 | manoir des hafner


L’ovation qui avait suivi le salut final témoignait de l’enthousiasme qui avait gagné l’audience. Un silence attentif avait régné toute la première partie de la pièce avant que l’entracte ne répande un frémissement admiratif dans tout l’amphithéâtre. Comme si tout le monde s’était mis d’accord tacitement : la pièce était une véritable réussite. Aucun éclat de voix, aucun applaudissement malvenu, ni même aucun mouvement d’un spectateur n’était venu perturber le jeu sur scène. Tous les regards étaient subjugués par une histoire qui avait touché chacune des âmes ici présentes, à sa propre manière. Il y avait tant de lectures à Nausicaa que même la communauté sorcière n’était pas sortie indemne de ce chef d’œuvre du théâtre moldu. En route vers la sortie, des poignées de main avaient remercié l’hôte de ce moment hors du temps, tandis que d’autres avaient tenu à le féliciter de vive voix pour cette pièce qui ne manquerait pas de bientôt faire fureur dans les autres théâtres allemands. On pouvait lire sur chaque visage la fierté de pouvoir être les premiers à se targuer d’avoir vu une telle œuvre, la gratitude d’avoir de quoi briller en société pour les semaines à venir. Les Hafner avaient fait leur première partie du travail – séduire et aiguiser la culture d’autrui – et alors qu’une foule de sorciers se dirigeaient désormais vers le manoir familial, Ahren sentit qu’il était temps de passer à la seconde : la fête.
Voilà une heure déjà que chez les Hafner, la soirée battait son plein. Le manoir et ses innombrables pièces, hormis les chambres, étaient à disposition des invités, bien que l'animation se déroulait dans l'immense salle de réception, au rez-de-chaussée. Le champagne coulait à flot, bientôt rejoint par un whisky pur-feu, produit dans une des meilleures distilleries sorcières d’Allemagne. Les petits fours du début de soirée avaient laissé place aux pâtisseries les plus délicieuses qui puissent exister. Des petits choux surprises dont on ignorait le goût jusqu’à ce qu’ils viennent caresser le palais des gourmands. Des croquants meringués qui surprenaient par leur acidité citronnée avant de laisser place à des saveurs florales. Des bouchées chocolatées dont le fondant enrobait les langues d’une rondeur voluptueuse et presque indécente. Sitôt que les plateaux ou les coupes se vidaient, ils se remplissaient automatiquement. Tout était réuni pour que les convives abandonnent leurs problèmes derrière eux et se laissent bercer par le confort et la légèreté des Hafner. Chacun était chez soi et malgré l’alcool abondant, aucun accident n’était jusqu’ici à déclarer. Ahren était dans son élément, assis au piano déjà depuis plusieurs minutes, sous les encouragements de ses amis. Un sourire mi-heureux mi-enivré placardé sur ses lèvres, il faisait profiter de tout son répertoire de morceaux jazz. Hors de question de ruiner l’ambiance. Ses yeux bleus ne regardaient pas même ses mains taquiner les touches, tant il était concentré sur les silhouettes qui dansaient au rythme de sa propre mélodie. Une boucle ébène s’était échappée et pendait sur son front, traduisant toute la félicité qui habitait l’hôte. Il ne manquait pas d’offrir quelques œillades aux admiratrices appuyées sur le piano à queue qui n’attendaient que de cueillir son attention. Mais il ne serait à personne ce soir, il appartenait à toute l’assemblée. L’aîné Hafner était en représentation et il n’y aurait personne pour l’en dégager. Du moins, c’était ce qu’il croyait.

À peine eut-il terminé son morceau, aussitôt acclamé, qu’un homme vint réclamer un duo avec celle qu’on aurait pu prendre pour un fantôme. Anthéa leur avait fait grâce de sa présence, au plus grand bonheur de certains. Comme un fantôme revenu de l’au-delà, on s’attroupait autour d’elle et on lui rappelait combien son absence fut regrettée. Elle avait beau être dans la demeure de son vassal, elle ne s’était jamais aussi bien fondue dans le paysage. Là, elle pouvait être elle-même, elle l’avait toujours su au fond d’elle et pour Ahren, c’était pour cette raison qu’elle avait fui ces soirées depuis son mariage avec Konrad. La seule ombre au tableau, une silhouette connue sous les traits du frère de Herr Reinhardt, chaperonnant officiellement les intérêts de monsieur, semblait elle-même y trouver son compte. Il leur tournait le dos, hermétique à toute musique. C’est ce qui permit sans doute à Ahren de considérer Anthéa qui se rapprochait enfin d’eux. On attendait son accord, mais lui n’attendait que l’approbation de la belle, tandis qu’il dévisageait ses prunelles, se retenant à grande peine de dévier. « Je suis certain que Frau Drache a continué à s’entraîner en secret. » taquina-t-il, sans attendre la réaction de la concernée. Son index se glissa sous le nœud de sa cravate, pour desserrer légèrement la pression. Puis il finit par donner la première note de Why don’t you do right, avant d’enchaîner. Inutile de l’interroger quant au morceau qui lui ferait plaisir, il le savait. Il savait que la jeune femme ne résisterait pas à l’appel de la nostalgie. Elle n’était peut-être pas chanteuse, mais elle savait combien sa voix avait pu lui faire ressentir des choses. Quand elle se mit à chanter, ce fut un frisson qui parcourut son échine alors qu’il était incapable de la quitter des yeux. Il remarqua à peine que les autres s’étaient tus pour la plupart, écoutant la prestation envoûtante. La dragonnelle était de retour. C’était peut-être là le meilleur cadeau d’anniversaire qu’il ait reçu jusque-là. Mieux valait qu’il continue de jouer toute la nuit, parce qu’avec un tel souvenir auprès de lui, il n’était pas certain de savoir comment réagir.

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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Mar 13 Mar - 19:27


05 décembre 1926, 20h | théâtre national allemand


La Drache se laisse entrainer ci-et-là, savoure les merveilles de mignardises surprises, se laisse envoûter par les bulles de champagne, les conversations animées, les éclats de rire. Ce monde lui a manqué, bien plus qu’elle ne pourrait le croire, bien plus qu’elle ne l’a jamais envisagé elle-même, trop focalisée sur sa colère, sa tristesse, son désir de quitter la maison de Konrad. Et ce soir, elle retrouve la saveur d’antan, répond avec douceur aux sollicitations des nobles qui l’ont connu, tait les réelles raisons qui l’ont poussé à demeurer absente des nocturnes durant six années. Peut-être cette nuit est-elle la première de nombreuses autres, à moins que ce ne soit tout bonnement la dernière, quoi qu’on décide Konrad. Lorsqu’elle est happée par le Noble, paume sur son avant-bras, l’autre à sa taille, la poussant inexorablement vers le pianiste vers lequel elle a porté plus d’un regard. Des œillades à la dérobées, juste pour voir ses phalanges balayer le clavier, souvenir associé à leur premier duo, leur premier baiser sur ce banc sur lequel il est actuellement assis. Ses sourires lancées aux autres, souvenir du premier sourire sincère qu’i lui a accordé. Ses regards, leur premier baiser, les cent autres qui ont suivis, leur phalanges mêlées, les corps enlacés sans jamais n’en former qu’un. Bribes du passé qui s’agitent sous ses prunelles céruléennes mais n’entament pas son visage souriant, tandis qu’elle se dirige vers l’ancien élu de son cœur, son amour du passé. Les regards se croisent, naturellement, et c’est toujours le secret sous leurs prunelles, leurs sourires, leurs mots. Ils ont toujours vécu dans l’ombre, sans jamais se dévoiler à la lumière. Elle s’installe à ses côtés, sans s’asseoir, la pulpe de ses doigts caressant la surface du piano. Bien sûr elle laisse échapper un petit rire sous les mots qu’il laisse entendre pour les autres. Elle n’a pas le temps de rétorquer, de se défendre de ces mots destinés à la mettre en gêne. Ses prunelles se chargent de suivre ses gestes, avant que les phalanges ne frappent les notes, laissant entendre les notes d’une chanson qu’elle ne connaît que trop bien.

Elle se redresse, laisse la mélodie l’emporter avant qu’elle ne ferme les yeux, cherche le courage de chanter cette vieille chanson. Bien sûr, les lèvres s’ouvrent, et les premiers mots quittent sa gorge, se mêlent amoureusement à la musique. Bien sûr, le premier couplet est un entrainement, avant qu’elle n’esquisse plusieurs pas, retrouve la sensation du chant, loin de ceux qu’elle fredonne pour son fils, pour son époux pour les rassurer, les ramener à elle. Fausse sirène. Un pas, deux pas, ses phalanges qui caressent les épaules du pianiste, jouent avec le tissu. Sensualité au bout des ongles, à chaque geste qu’elle esquisse sur lui. Ses prunelles, ses doigts caressent sa peau, descendent jusqu’à cette cravate encore trop serrée, qu’elle défait, joue vaguement avec avant de la faire glisser du côté gauche, totalement, jusqu’à entourer son propre poignet avec. Se remémore t’elle combien le fils Hafner tient à ses cravates ? Les dernières paroles de sa chanson se font entendre, et les lèvres se frôlent presque, avant qu’elle ne termine la chanson, repoussant avec toute la sensualité qu’elle connaît son vis-à-vis, légère pression de la paume tandis qu’elle-même se redresse, laisse le musicien achever leur litanie, accueille les premiers applaudissements et exécute une légère courbette pour remercier les hôtes. « Et dire que je me croyais rouillée ! » Laisse t’elle échapper avec un rire malicieux, attrapant l’une des coupes de champagne pour se rincer le gosier, se rafraichir, puis tourner la tête vers leur hôte. « C’est un plaisir d’avoir pu vous accompagner Ahren. » Le félicite t’elle avant de s’éloigner, flûte en main et cravate au poignet, accessoire oublié. Il lui faut trouver un endroit où souffler, apaiser ce cœur prêt à imploser sous les souvenirs qui ne cessent de l’envahir, de lui demander de retrouver cette sensation connue, altérée par un autre. Elle grimpe à un étage, puis un autre, se retrouve dans les quartiers qu’elle a côtoyé autrefois. Première porte, la chambre d’Ahren, qu’elle referme aussitôt. Ce n’est pas… Pièce interdite. Seconde porte, la salle d’eau. C’est là qu’elle pénètre, ferme la porte et se dirige vers le lavabo, souffle et passe les mains sous l’eau. « Allez, respire. »

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Ahren Hafner
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MessageSujet: Re: not tryna be indie, not tryna be cool ∞ anthea   Ven 13 Avr - 23:36


06 décembre 1926, 00h30 | manoir des hafner


Les doigts défilaient sur les touches qu’il connaissait par cœur. Ahren ne pouvait pas clamer qu’il eut souvent joué un tel morceau, parce qu’il n’était dédié qu’à son insaisissable interprète, mais c’était entièrement instinctif. Cette mélodie épousait la voix de la jeune femme, les paroles seyaient tant à son attitude décomplexée. L’audience retrouvait Anthéa Drache, celle qui était née ainsi, celle qui n’avait pas besoin de réfléchir avant de parler. Le silence religieux traduisait la fascination de la performance, tandis que les quelques raclements de gorge trahissaient les jalouses qui finissaient par tourner le dos. On ne pouvait pas dire qu’Anthéa eut la plus belle voix d’Allemagne – une certaine rouquine avait détenu ce titre autrefois – mais c’était l’aisance et le naturel qui l’habitaient. Elle respirait la sensualité, dans chacune des notes, chacun des mots. Le temps passait à une vitesse folle sans qu’il puisse le contrôler, ou peut-être que le temps s’était arrêté tout court. Les yeux clairs du pianiste suivaient la silhouette de la chanteuse qui contournait l’instrument pour se poser à ses côtés. Il s’efforçait d’ignorer les phalanges qui glissaient le long de ses épaules avant de saisir la cravate dénouée. Concentré sur son devoir d’hôte, Ahren ne devait rien laisser paraître. Le trouble était pourtant bien naissant, bouillonnant dans des entrailles torturées. Les réminiscences du passé ressurgissaient sans crier gare, sous le nez des badauds qui prenaient l’ancienne complicité pour un jeu de circonstance. Elle aurait fait ça avec tout le monde, essayait-on de se convaincre. D’autres devaient se dire certainement que, libérée du joug de l’époux, elle cherchait à retrouver sa place dans la communauté nocturne. Mais non, il était unique, se disait le chanceux, pour mieux conforter l’égo trop longtemps maltraité. Il tiqua à peine quand elle s’empara de sa cravate fétiche, laissant juste un bref rictus près de sa pommette gauche exprimer son mécontentement. Elle allait la froisser. Et surtout, il savait que la récupérer ne serait pas chose aisée. Il sourit à peine, le musicien, quand les lèvres se côtoient sans se toucher. Il voulait hurler le secret qui les réunissait autrefois tandis que l’émoi se faisait ressentit dans la pièce. Le cœur manqua un battement quand Ahren appuya sur la dernière touche blanche, achevant le moment beaucoup trop court. Quelques secondes avant que la pression ne retombe et que tout le monde ose enfin applaudir. L’hôte laissa la Drache recueillir tous les compliments et accueillit ces quelques secondes de répit avec soulagement.

Le bourdonnement ne redevint réalité que lorsqu’Anthéa la remercia de ce duo. Ahren se contenta d’un mouvement de tête poli, statue de marbre au milieu des regards curieux. Et là voilà qu’elle se détourne de lui, la tentatrice. Elle se déhanchait au vu et su de tous, pour les abandonner là. Lui ferait-elle l’affront de partie ? Rien n’était moins sûr, surtout quand il remarqua le tissu de soie toujours noué autour de son poignet. Reinhardt ne la laisserait jamais rentrer dans sa demeure avec un tel trophée, sauf si elle tenait à l’opprobre. Mais Drache n’avait jamais été femme à scandales, la raison pour laquelle Konrad avait certainement jeté son dévolu mal placé sur elle. La rancœur qui grignotait peu à peu la bonne humeur fut balayée d’un revers lorsque les mains de Mina trouvèrent ses épaules. « C’était indescriptible, Ahren. Vous avez un vrai talent d’artiste. Je crois que vous avez raté votre vocation. Vous auriez pu finir sur scène. » Les ongles caressaient discrètement la nuque, formulant ce que la bienséance n’était pas en mesure d’accepter. L’homme se laissa docilement bercer par les flatteries intéressées et se demandait presque si ça valait le coup de se venger de celle qui lui causait tant de tourment. La proposition tacite de Mina n’aurait pas de réponse. Tout de suite. Il fallait d’abord qu’il règle une dernière chose. Un doute qui persistait depuis qu’il avait été abandonné à son piano. L’homme se redressa et saisit au passage la main de l’actrice. « C’est vous, l’experte. Veuillez m’excuser une seconde. » Il déposa un baiser sur le dos de la main puis entreprit de partir à la recherche de la fuyarde. Le chaperon était toujours là, ce qui voulait dire qu’elle rôdait dans la demeure. La savoir errant dans ces couloirs, sur son territoire, le rendait fou. Mais il devait garder la face. « Ahren, tu nous reviens vite hein ? » protesta un ami alcoolisé. « Bien entendu. En attendant... » Le mouvement de la baguette fit apparaître de nouvelles flûtes remplies et une musique sortie de nulle part. Le public clama leur satisfaction et on oublia brièvement l’hôte qui s’éclipsa.

Plus le temps passait sans qu’il ne la retrouve, plus il perdait pied. Il détestait l’influence qu’elle avait sur lui et ses humeurs. Anthéa n’avait pas le droit de revendiquer un tel pouvoir alors qu’elle n’en avait plus la légitimité. L’intérêt se transformait peu à peu en colère et le second étage accueillit bientôt un Ahren qui furetait frénétiquement les moindres recoins. Il se sentit même obligé de pousser la porte de sa chambre, même si évidemment il ne trouva personne. Au moment où il avançait un peu plus dans le couloir, il tomba nez à nez avec l’effrontée qui sortait de la salle de bains. « Toi. » marmonna-t-il, le cœur battant. L’instinct qui s’exprimait tandis qu’il la repoussait de sa carrure, la forçant à reculer jusqu’à la pièce qu’elle venait de quitter. Il n’avait que quelques secondes pour lui faire comprendre son erreur. Pour lui expliquer pourquoi elle ne pouvait pas se permettre d’agir ainsi. Il l’accula contre le lavabo, ses deux mains de part et d’autre. « Tu n’as pas le droit de faire ça, Anthéa. » Il maîtrisait ses gestes, mais au fond de lui, il s’effondrait. Il observa un moment sa cravate enroulée autour de sa peau, cherchant le courage de l’affronter du regard. Quand il le fit enfin, Ahren se rappelait pourquoi il lui avait tant de fois tourné le dos ces dernières années. Son buste s’approcha du sien, sa main chercha à récupérer sa cravate. « Tu n’es pas en terrain conquis, ici. Qu'est-ce que tu crois prouver ? » Le ton était dur et moralisateur. Il se sentait revigoré de la dominer de sa hauteur, de récupérer la place qui lui était due. Ce n’était pas elle qui contrôlait tout. Pourtant, c’était elle qui, en sélectionnant cette robe, savait que l’attention du fils Hafner dévierait maintenant vers ses hanches. L’index s’enroula autour de la soie et tira dessus, prêt à provoquer la brûlure pour reprendre son vêtement. Pitié qu'elle n'oppose aucune résistance.

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