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paust † the secret history.


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August Häring
Gouvernement | Einsicht

Revelio

MessageSujet: paust † the secret history.   Jeu 15 Fév - 22:37

AUGUST & PAUL
Does such a thing as 'the fatal flaw,' that showy dark crack running down the middle of a life, exist outside literature? I used to think it didn't. Now I think it does. And I think that mine is this: a morbid longing for the picturesque at all costs.
L'hôtel n'a pas été difficile à trouver, à vrai dire August s'est contenté de laisser une note à l'Intendant des Häring en partant travailler le jour précédent et le lendemain, Kane lui a obligeamment donné l'adresse, obtenue par le biais d'un réseau d'informateurs laissant August froid d'indifférence. Paul Lindemann, un nom à connaître apparemment — Kane, plutôt zélé, lui a même offert une biographie rapide qu'August n'a écouté que d'une oreille. Il n'aurait jamais dû entendre parler de l'ancêtre, si ce n'était pour le grimoire trouvé dans l'imposante bibliothèque des Häring. Toujours étrange, cette bibliothèque dans laquelle il a passé des heures et des heures et qui semble parfois s'éveiller et recracher, de ses entrailles magiques, un ouvrage qu'il n'a jamais vu avant: en l'occurence, le livre était posé en équilibre sur le bord d'une table de lecture, près du fauteuil favori d'August, celui sous la fenêtre. Comme si on venait le feuilleter, alors que peu s'aventurent à poser leurs fesses sur l'assise préférée du petit prince de la maison. Il s'en est juste emparé pour le renvoyer à sa place dans les rayons quand le nom de l'auteur, plus que le sujet du bouquin, a attiré son attention: Anke Kasprzak.

Il a toujours, bien entendu, su que son père avait des frères et soeurs pour la plupart restés en Pologne et ne s'y est jamais intéressé. Sa famille proche lui importe guère alors des gens qu'il n'a vu en passant qu'à quelques célébrations extraordinaires, très peu trop lui. Mais après avoir lu le nom de l'auteur, ses yeux ont fini par décrypter le sujet de l'ouvrage et par s'arrêter en comprenant qu'il relevait de son sujet favori: les runes. Une autre maîtresse de cette connaissance obscure dans la famille, donc, et une que son père n'a jamais mentionné. August a bien vite décidé de ne pas poser de questions à ce dernier — si il n'en a jamais parlé, c'est bien pour une raison —, préférant à la place se tourner vers son oncle Otto qui s'est assombri en entendant le nom. “ Vous ne vous entendiez pas, ” a simplement lâché August, curieux. “ Non, ce n'est pas ça. Tsch. ” Une manie d'Otto, de siffler entre ses dents en claquant l'air de ses doigts. “ Elle est morte il y a longtemps, avant ta naissance. Mariée à cet homme — Lindemann. ” S'ensuit une tripotée de mots dans un polonais trop rapide pour qu'August ne le comprenne, même si il entend bien que c'est des insultes et plutôt salées avec ça. Il a du mal à lui arracher plus d'informations, l'humeur de son oncle semble bien assombrie et ses pensées des années en arrière, mais il finit par comprendre l'essence de son dédain de l'autre homme, un autrichien: il a tué Anke.

August veut juste savoir. Alors il a trouvé l'hôtel particulier et il a eu la mauvaise surprise de trouver un cadavre devant la porte; il n'a même pas eu le temps de s'attarder dessus qu'on est venu l'ouvrir, une domestique sur le point de débarrasser l'encadrement de la porte de la chair zigouillée de ce qui semble un jour avoir été un chat. “ Oh, Entschuldigung, Entschuldigung. ” Et August se contente de l'observer en silence alors qu'elle fait disparaître l'odieux petit cadavre d'un mouvement de baguette, sa bouche plissée en une fine ligne blanche. Il a failli écrabouiller ce qui restait de l'animal avec ses chaussures neuves. On le fait entrer, il garde jalousement manteau et parapluie en laissant ses yeux mornes explorer la décoration de l'hôtel particulier. “ Vous avez rendez-vous? Rendez-vous? ” Ses yeux retombent sur la bonne femme, les joues un peu rouges, embarrassée qu'il ait vu ça apparemment. “ Non. Je suis... ” Il fronce les sourcils. “ Le neveu de Herr Lindemann. Allez le chercher. Est-ce que je peux prendre votre manteau? Non. ” Alors on le laisse et il attend, immobile au milieu de l'entrée, observant tout ce qui se trouve autour de lui avec le regard d'aigle et la posture rigide d'un huissier de justice faisant l'inventaire d'une habitation à plumer.

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VICIOUS
Something about him was decidedly wrong. He was like one of those pictures full of small errors, the kind you could only pick out by searching the image from every angle, and even then, a few always slipped by. On the surface, he seemed perfectly normal, but now and then you would catch a crack, a sideways glance, a moment when his face and his words, his look and his meaning, would not line up. It was like watching two people, one hiding in the other’s skin. And their skin was always too dry, on the verge of cracking and showing the color of the thing beneath.
Revelio

MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Ven 16 Fév - 19:16

« Un chat ?
- Oui, Monsieur.
- Un chat entier ?
- Hé bien, je n'ai pas vérifié l'intégrité physique de la bête, Monsieur, mais il m'a semblé qu'elle était intacte, oui.
- Et que diable suis-je censé faire avec ça ? Un chat entier, » grommelle Paul Lindemann en refermant le journal et en se resservant un généreuse portion de jus d'orange. La denrée est toujours vue comme un luxe même après la fin de l'inflation ; il peut se le permettre.
C'est fréquent, les cadavres qui apparaissent sur le pas de sa porte. Des chats, des chiens, des souris, des oiseaux, parfois d'autres choses plus difficiles à identifier dont les serviteurs parlent en messes basses pendant des jours une fois qu'ils s'en sont débarrassés. Paul ne commente jamais outre mesure. Le Majordome s'occupe des choses, le Majordome s'occupe de tout, toujours. Un chat entier. Même pas noir, de ce qu'on lui a dit, ce qui aurait fait une belle image et une certaine poésie qui n'aurait pas déplu au vieux sorcier. Mais non, même pas ça.
Sur la Une du journal, on parle de l'état du monde, de la peur de Grindelwald, des difficultés économiques, de tensions ici et là, d'une coupe de Quidditch on ne sait où. Paul n'aime pas les journaux mais il s'obstine à les lire tous les matins, invariablement, en prenant son petit-déjeuner dans la salle à manger bleue. Une vieille habitude qu'il n'a jamais vraiment essayé de changer. Au moins la chose est vite réglée, puisqu'il ne s'intéresse guère aux nouvelles et n'a aucune confiance envers la presse actuelle, qu'il pense prise en tenaille par le gouvernement et l'Einsicht. En tous cas, c'est plus une machine à propagande qu'un outil d'information, à l'exception de quelques sources plus indépendantes qui sont hélas bien plus difficiles à trouver.
Paul attrape le pain grillé généreusement tartiné de beurre et de confiture, le plonge dans son café au lait et en croque une énorme bouchée.
« Monsieur, il y a autre chose – votre neveu est à la porte.
- Mon nefeu ? Ch'ai pas de nefeu, » répond un Paul tout à fait interloqué avant d'avaler sa tartine en s'étranglant à demi. Il se compose, tapote sa bouche du coin de sa serviette, joue un peu avec ses couverts. On en oublierait presque qu'il vient de parler la bouche pleine et d'à moitié se baver dessus dans le processus.
Un neveu. Il ne peut songer à personne qui utiliserait ce subterfuge pour lui rendre visite, à part peut-être Ariel – mais les domestiques le connaissent et se fichent bien de ce qu'il est pour Paul et inversement. Paul ne voit pas. Mais bah, c'est toujours plus intéressant que ce journal rempli de mondanités et de banalités, alors il congédie la domestique d'un revers de la main, finit son jus d'orange et resserre la ceinture de sa robe de chambre.

Le tissu écarlate brodé de fins motifs d'un rouge plus sombre danse autour des jambes de Paul qui traverse sa demeure à grands pas jusqu'au hall. Voilà donc le neveu venu lui rendre visite. Un gringalet qui doit avoir quoi, douze ans ? Paul n'est pas très bon pour juger de l'âge des gens, ils ont tous l'air d'enfants à ses yeux en-dessous d'un certain âge. Lui autant que les autres. Il y a un petit air familier, un air qui lui rappelle vaguement quelque chose, mais ça peut aussi bien être son imagination. Il imagine beaucoup de choses, maintenant. Il faut bien combler les trous que l'âge laisse dans sa mémoire.
« Bonjour, mon neveu, » sourit-il d'un air narquois. D'une poche cousue sur sa poitrine, il tire son étui à cigarettes. « Mes frères et sœurs étant morts sans laisser de descendance, j'imagine que vous êtes une sorte de miraculé, mais ma foi vous ne serez pas la chose la plus surprenante que j'aurais vue cette semaine, le cas échéant. Mais venez, je vous prie, inutile de rester plantés ici comme deux râteaux. »
Il ne laisse pas le temps au jeune homme de répondre. Paul est entreprenant, direct, et surtout il a cette fâcheuse tendance à la théâtralité qui lui fait oublier les convenances et la politesse la plus élémentaire. Permettre à son interlocuteur d'en placer une est tout à fait secondaire à son esprit pour le moment, seule compte son envie d'aller s'installer dans le boudoir vert avec un petit verre de whisky (il est dix heures passées, c'est acceptable), des cigarettes et une compagnie qui promet d'être tout à fait distrayante.
« Alors, mon neveu, avez-vous fait bon voyage depuis le monde des impossibilités ? J'espère que la route n'était pas trop chaotique. Je vous offrirais bien un doigt de whisky mais il me semble que vous êtes trop jeune pour la chose. » Il secoue la tête d'un air réprobateur – à l'encontre de qui ? C'est un mystère, même pour lui. « Alors, que puis-je pour vous, hm ? Si c'est après mon héritage que vous en avez, je regrette, je n'ai pas encore l'intention de mourir et il y a déjà une fort longue file d'attente. C'est fou comme les gens vous aiment quand ils vous pensent sur le point de claquer. »

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August Häring
Gouvernement | Einsicht

Revelio

MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Sam 17 Fév - 13:31

On le fait attendre un peu mais ce n'est pas trop grave, August ne travaille pas aujourd'hui et il sait se montrer patient, parfois, quand il est laissé seul surtout. Sa main est crispée sur son parapluie depuis que la domestique a fait un mouvement pour s'en emparer, ses phalanges blanches lui feraient presque un peu mal et il doit se forcer à se détendre quand enfin le silence revient dans le petit hall, à défaire la tension entre ses épaules. Personne ne va lui voler quoique ce soit, doit-il se rappeler, se forcer à se répéter jusqu'à ce que ses doigts finissent par relâcher un peu de leur emprise. Il est en train de s'ennuyer ferme, quoiqu'il n'ait pas bougé d'un poil depuis qu'on l'a laissé seul, quand enfin une porte s'ouvre et qu'un véritable fossile le rejoigne. Il savait que Paul Lindemann avait un âge avancé, mais pas à ce point-là. August a du mal à s'imaginer vieillir, flétrir, faiblir. Il pense qu'il préférerait mourir jeune. « Bonjour, mon neveu. » Il sent un peu de moquerie dans sa voix qui lui fait doucement froisser du nez. « Mes frères et sœurs étant morts sans laisser de descendance, j'imagine que vous êtes une sorte de miraculé, mais ma foi vous ne serez pas la chose la plus surprenante que j'aurais vue cette semaine, le cas échéant. Mais venez, je vous prie, inutile de rester plantés ici comme deux râteaux. » August se demande si il voit souvent des cadavres sur le pas de sa porte, si c'est ça les moments les plus surprenants de sa semaine. Il se demande bien ce que les vieux font de leurs journées entières, si ils passent la journée à fumer et à traîner en robe de chambre dans leurs maisons. Peut-être que ce n'est pas plus mal de vieillir.

August s'apprête à répondre, lui expliquer plutôt poliment — fait rare — la raison de sa visite inopinée, mais il ne le lui laisse tout simplement pas le temps, se détournant et marchant d'un pas résolu vers une autre pièce. August ne peut que raccrocher sa mâchoire pour lui emboîter le pas, légèrement vexé mais tout de même intrigué. « Alors, mon neveu, avez-vous fait bon voyage depuis le monde des impossibilités ? J'espère que la route n'était pas trop chaotique. Je vous offrirais bien un doigt de whisky mais il me semble que vous êtes trop jeune pour la chose. » Encore un peu de moquerie, enfin August pense que c'en est, enfin ça en a l'air, enfin ça le vexe que ça en soit ou non et il n'est pas assez intelligent pour se forcer à ne pas se sentir heurté. Il ouvre la bouche pour répondre mais une nouvelle fois, l'ancêtre lui coupe l'herbe sous les pieds. August se demande bien où est-ce qu'un vieil homme comme lui trouve toute cette vigueur matinale. « Alors, que puis-je pour vous, hm ? Si c'est après mon héritage que vous en avez, je regrette, je n'ai pas encore l'intention de mourir et il y a déjà une fort longue file d'attente. C'est fou comme les gens vous aiment quand ils vous pensent sur le point de claquer. Un accident est si vite arrivé. ” Sans doute pas la meilleure entrée en matière qui soit, lui-même s'en rend bien compte aussi vite que les mots ont quitté sa bouche. On dirait une menace, ce n'en est pas une, du moins pas encore, et August fronce les sourcils comme pour désapprouver ce qu'il vient lui-même de dire. “ Votre héritage ne m'intéresse pas. ” August ne sait qu'une chose de l'argent, qui est autrement un concept plutôt lointain et abstrait pour lui: il aime ne pas en manquer et les fonds des Häring lui conviennent parfaitement tels qu'ils sont. “ Et je n'aime pas le whisky, ” précise-t-il au cas où, non pas que ça importe guère.

Il reste debout, toujours enveloppé dans son imposante cape noire et avec son parapluie dans la main, qui s'est recrispée en attendant. “ Mais j'aime les mystères et je crois que vous en êtes un. ” Il enfonce son autre main dans l'un des plis innombrables de sa cape magique, en sort d'une manière plutôt obscure le grimoire qu'il lui tend très simplement, le nom de sa tante inscrit sur la couverture. Il étudie attentivement le visage ridé de l'ancêtre quand il le voit lire le nom, et retire le grimoire de sa portée quand Lindemann tend la main. “ C'était ma tante. Et la rumeur est que vous l'avez tuée. ” Froncement de sourcils de nouveau, comme si il essayait de mettre le doigt sur ce que cette déclaration devrait le faire ressentir. “ Est-ce vrai?

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VICIOUS
Something about him was decidedly wrong. He was like one of those pictures full of small errors, the kind you could only pick out by searching the image from every angle, and even then, a few always slipped by. On the surface, he seemed perfectly normal, but now and then you would catch a crack, a sideways glance, a moment when his face and his words, his look and his meaning, would not line up. It was like watching two people, one hiding in the other’s skin. And their skin was always too dry, on the verge of cracking and showing the color of the thing beneath.
Revelio

MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Sam 17 Fév - 17:23

Paul aime bien qu'on le suive sans protester, aime encore plus voir qu'on essaye de parler sans réussir à en placer une parce qu'on ne coupe pas la parole. C'est bien, la jeunesse a encore un peu de politesse, sait se tenir. D'habitude il se fout un peu de savoir si les convenances sont respectées puisque lui-même ne les tient pas en haute estime mais aujourd'hui, Paul est de mauvaise humeur. Un chat entier, devant sa porte, de bon matin. N'importe qui serait un peu irrité d'une telle trouvaille à une heure aussi indue, même sans être la personne à qui revient la peu alléchante tâche de nettoyer le cadavre. Il se demande bien ce que la domestique en a fait. Une fois, il a dû en renvoyer une qui avait trouvé l'idée géniale de servir la bestiole en civet, ce que personne n'aurait remarqué si elle n'avait pas commis la regrettable erreur de servir la tête intacte aux convives en guise de décoration.
L'ambiance en avait pris un coup.
L'autre arrive enfin à placer à la fin du monologue de Paul, qui a toujours cette fâcheuse tendance à s'écouter, et le vieux ne peut s'empêcher de rire de bon cœur. Un accident est si vite arrivé. Il l'aime déjà bien, ce petit. C'est toujours intéressant de fréquenter des jeunes qui ne savent pas tenir leur langue et tentent très fort d'avoir l'air digne et imposant. La cape noire est une note qui ne manque pas de goût, Paul sait apprécier ce genre de choses. Il se renfonce dans son fauteuil, croise les jambes, attrape un verre de whisky et une cigarette et regarde le gosse avec un sourire en coin.
« Un mystère, hein ? » Pourquoi pas. Ça fait un moment que personne n'a vu autre chose en lui qu'un gentil grand-père un peu grivois ou un monstre assoiffé de sang d'origine démoniaque, un changement ne fait pas de mal.

Si le gosse espérait une réaction immédiate au grimoire qu'il tend à son hôte, il va se trouver fort marri. Paul grommelle quelque chose, pose son verre, sa cigarette dans un cendrier, farfouille dans ses poches, grommelle de plus belle, puis sort sa baguette. « Ah, foutue baraque trop grande... Accio lunettes, » clame-t-il une fraction de seconde avant d'être frappé en plein visage par une paire de lunettes rondes. Elles ont toujours été un peu caractérielles et n'aiment pas être invoquées. Marmonnant quelques mots de choix à l'adresse des agressives binocles, il les chausse et se penche enfin sur le livre tenu hors de sa portée.
Ah.
Anke Kasprzak. Maîtresse des runes. Paul cligne des yeux, une fois, deux fois. Essaye de remettre ses souvenirs dans le bon ordre. Si elle était la tante du gosse, ça veut dire... un Drache ? Non, non, ça c'est Anthéa, la femme de... Till ? Non. Till, c'est Anke, non, c'est sa sœur, pas la même Anke. Flûte. Kasprzak, le frère d'Anke, c'est...
« Un Häring, » finit-il par souffler avec un sourire satisfait. « Un gosse Häring. Je me trompe ? » C'est très possible, avec sa mémoire défaillante, mais Paul a appris qu'il suffisait de dire les choses avec énormément d'assurance pour ne jamais passer pour un con. Ça marche sur le commun des mortels et ceux sur qui ça ne fonctionne pas, il les prend sans doute pour bien pire, alors peu importe à ses yeux.
Mais du coup, ça veut dire que le môme est bel et bien son neveu. Lié à lui par les alliances, par sa défunte femme. Anke, la dernière des trois, celle qu'il a le plus regretté et le moins pleuré. Au bout de trois deuils, on sèche vite ses larmes, on sait trop bien qu'elles n'effacent rien ; et puis on se résigne. Il l'a aimée, son Anke. Son caractère, sa fougue, son esprit mordant, son caractère passionné. Il l'a aimée, et puis il l'a tuée.
Radouci vis-à-vis de son interlocuteur, Paul lui offre un fauteuil, malgré l'attitude du gamin qui montre bien qu'il n'a aucun désir de s'asseoir ou de s'éterniser. Peut-être qu'il a peur. Si les rôles étaient inversés, peut-être que Paul aurait peur aussi. Après tout, on dit beaucoup de choses de lui et les Kasprzak n'ont clairement aucune aménité à son égard, ce dont il ne peut les blâmer. La famille de sa défunte femme est peut-être son plus virulent détracteur, la source de beaucoup de rumeurs et de racontars dont certains sont un peu trop proches de la vérité. Paul a du mal à imaginer ce que ce serait de se retrouver encore enfant, tout seul face à un vieil homme qui parle trop et a la réputation d'assassiner des gens pour rigoler un coup.
« Si je l'avais tuée, tu penses bien que je le garderais pour moi, petit, » finit par dire Paul en reprenant sa cigarette. « J'ai plus franchement l'âge de me retrouver en prison. Puis il faut savoir garder un peu de mystère. » Il accompagne ces mots d'un geste un peu extravagant de sa main libre avant de rire doucement et de reprendre son whisky. Ses grands yeux bleus voilés par l'âge se perdent dans le vide pendant un court instant, comme s'ils y voyaient le fantôme de femmes aimées, de femmes perdues. Anke. Il ne pensait pas entendre parler d'elle à nouveau – et certainement pas ainsi.
« Tu m'as l'air trop jeune pour avoir été proche de sa tante. Pourquoi ça t'intéresse ?  Vendetta familiale ou simple curiosité ? Les deux me vont, je suis juste moi-même un indécrottable curieux. »

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August Häring
Gouvernement | Einsicht

Revelio

MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Lun 26 Fév - 23:04

La grand-mère d’August vit encore chez eux, et il connaissait son grand-père aussi avant sa mort il y a sept ans. Il en connait quelques uns, des vieux, mais il ne croit pas avoir jamais vu quelqu’un d’aussi ancien que Paul Lindemann. Il n’est pas vieux mais antique, fossile bien préservé mais fossile tout de même. Bien entendu, il a encore quelques décennies devant lui sans aucun doute, il est riche et il est magique donc il ne doit pas se faire tant de soucis. Mais tout de même, il ne croit pas avoir un jour croisé quelqu’un d’aussi ancien que l’homme — le vieillard — qu’il a devant lui. Il se demanderait presque si il a toute sa tête, si il comprend ce qu’il est en train de lui dire, si ça l’intéresse même. Parfois, Liane — sa grand-mère — a tendance à partir dans des tangentes quand il s’invente poli et lui pose une question: et alors, impossible de l’arrêter, elle caquette comme un oiseau à qui on vient de donner la parole sans s’arrêter pendant des heures et des heures. Il espérait presque que Lindemann ait effectivement tué sa tante, ça ferait une bonne histoire, et ça le ferait se sentir un peu moins coupable d’avoir posé une moitié de son mardi pour venir le voir.

Lindemann semble tourner à vide quelques instants et August ne bouge pas, essayant de discerner si il est en train de faire une crise de… vieillesse ou si la gymnastique de sa mémoire est trop rouillée. Finalement son regard s’éclaire et ses lèvres se tordent d’un léger sourire satisfait: « Un Häring. » Et August, plutôt satisfait de voir que Lindemann ne va pas mourir d’avoir trop réfléchi sous ses yeux, se détend un peu en hochant sèchement la tête. « Un gosse Häring. Je me trompe ? August, ” indique-t-il très simplement, même si il se doute que ça ne va pas beaucoup parler à l’homme en face de lui. Au moins semble-t-il se souvenir qu’Häring et Kasprzak sont associés par le mariage et par le sang, à travers August et ses frère et soeur, c’est déjà ça, la cause n’est pas perdue et il ne gâche pas entièrement son temps. Pour être tout à fait honnête, August n’a pas une bonne raison d’être ici. Curiosité, fascination, ennui, il ne sait pas. Ce qu’il sait, en revanche, c’est que si un autre membres des Kasprzak avait foulé le sol sur lequel il se tient immobile en cet instant précis, ça aurait été avec la baguette au poing et la rage au ventre.

L’ancêtre semble moins méfiant et moqueur qu’avant, ce qui n’est pas plus mal, et fait un vague mouvement en direction d’un fauteuil qu’August investit après un instant d’hésitation. Il retire sa cape noire et la plie soigneusement pour la garder sur ses genoux — il préfère porter des couleurs plus riches et intéressantes, mais il a dû passer par le monde moldu pour trouver la résidence de Lindemann et se fondre dans la masse. Ses doigts s’agitent, il plisse des yeux, hésite de nouveau et puis finalement tire de la poche de sa cape une petite boîte métallique de laquelle il sort une cigarette roulée la veille. August décide qu’il se méfie de Paul, non pas qu’il ait entièrement peur, mais que si il est un assassin — il se fait la réflexion qu’ils auraient quelque chose en commun — alors peut-être qu’il ne faudrait pas trop se détendre malgré ses airs de vieil homme débonnaire et charmant. « Si je l'avais tuée, tu penses bien que je le garderais pour moi, petit. J'ai plus franchement l'âge de me retrouver en prison. Puis il faut savoir garder un peu de mystère. » La situation semble l’amuser, tant mieux pour lui. August glisse sa cigarette entre ses lèvres et l’allume, acceptant lentement de se laisser aller contre le dossier du fauteuil. L’autre homme semble contenté à l’idée de parler de lui-même, c’est le cas d’August aussi parfois mais cette fois, il veut bien se faire spectateur et auditeur attentif. Quand il redevient silencieux, August ne prononçant pas un mot non plus, satisfait de la nicotine qui se répand dans ses poumons, poison habituel et quotidien pour lui. Il observe attentivement Lindemann, n’osant pas le tirer de son apparente profonde réflexion maintenant qu’il ne peut se permettre de le détailler.

Il n’arrive pas à établir si il semble fragile ou robuste pour son âge, énergique ou mou, charmant ou ridicule. Il sait juste qu’il est vieux. « Tu m'as l'air trop jeune pour avoir été proche de sa tante. Pourquoi ça t'intéresse ? Vendetta familiale ou simple curiosité ? Les deux me vont, je suis juste moi-même un indécrottable curieux. » August se permet de réfléchir, comme souvent, pour trouver les mots corrects. “ J’ignorais jusqu’à l’existence de ma tante, ” admet-il avec un haussement d’épaules indifférent. “ Mais elle a écrit ce livre et ce qu’elle y dit m’intéresse. ” Il caresse d’une main la couverture de l’ouvrage, pensif un instant. “ Je me demandais peut-être si vous aviez encore de ses affaires ou de ses recherches. Donc j’imagine que c’est de la simple curiosité. ” Il n’y a que les runes qui l’intéressent, après tout, de manière entière et sincère. August est plutôt creux d’autres intérêts ou d’affections, si ce n’est pour ces petits graphèmes anciens — plus que Paul, cette fois — qui ne font de sens qu’à leurs initiés. “ Il s’avère aussi que quand j’ai mentionné son existence à mon oncle, j’ai pour la première fois perçu de la… ” Il cherche le mot, étranger et maladroit quand il roule sur sa langue: “ ... colère de sa part. Il pense que vous l’avez assassinée et avez fait passer son meurtre pour un suicide. ” August se frotte pensivement la mâchoire avant de retourner fiévreusement à sa cigarette, inspirant profondément avant de relâcher, en même temps que son nuage de fumée: “ je veux juste savoir. Il y a prescription de toutes façons et je suis un Häring avant d’être un Kasprzak.

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Something about him was decidedly wrong. He was like one of those pictures full of small errors, the kind you could only pick out by searching the image from every angle, and even then, a few always slipped by. On the surface, he seemed perfectly normal, but now and then you would catch a crack, a sideways glance, a moment when his face and his words, his look and his meaning, would not line up. It was like watching two people, one hiding in the other’s skin. And their skin was always too dry, on the verge of cracking and showing the color of the thing beneath.
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MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Mar 27 Fév - 12:19

De la simple curiosité. Paul n'y croit pas une seconde, ou peut-être qu'il y croit complètement, difficile de savoir. Même pour lui. Au final, il s'en fiche un peu. La distraction l'intéresse et est fort bienvenue après le chat déposé devant sa porte et c'est tout ce qui compte. Qu'est-ce qu'il va bien pouvoir faire de ce gamin ? Son cou craque comme il se tourne un peu pour étudier la mise du gosse, étudier sa façon de se tenir, de parler. Pas le classique jeune chien fou. Il n'a pourtant pas l'air d'avoir réfléchi plus avant à sa venue chez le vieux Lindemann, d'avoir pesé le pour et le contre, comme le ferait une personne rationnelle. Ceci dit, les jeunes sont rarement rationnels et c'est là ce qui fait tout leur charme.
Ah, être jeune à nouveau. Pouvoir suivre ses pulsions et impulsions et n'obéir qu'à l'appel d'un futur encore incertain, tout neuf, plein de promesses. C'était il y a bien longtemps, tout ça, et Paul sait que la seule chose qui l'attend c'est l'Enfer – et dans un sens, c'est rassurant. Rassurant de savoir exactement où l'on va et à quel rythme. Ce serait sans doute plus facile s'il croyait à l'Enfer, mais la chose ne fait pas partie de ses croyances Juives. Alors il se dit qu'au moins, il pourra bientôt se reposer et faire le point.
« Des affaires à elle, hein ? » Oui, Paul, c'est ce qu'on vient de dire. « Je dois bien avoir quelques trucs qui traînent au grenier. Jamais trop touché. » Parce que c'est plus facile de laisser les choses prendre la poussière dans un coin que d'y faire face. Paul a toujours été dans l'évitement, la mort de ses épouses n'étant pas en reste dans le domaine. Le grenier, il n'y met jamais les pieds, il envoie toujours quelqu'un y faire des fouilles archéologiques pour lui si ça s'avère nécessaire, et c'est très rare. Il y a entassé des souvenirs d'expéditions dans les jungles amazoniennes et sur les routes d'Afrique de l'Ouest, les derniers restes de l'existence de ses épouses, quelques bibelots sans valeur hérités d'un ancêtre quelconque. C'est un bric-à-brac sans nom et personne n'aime y mettre les pieds. Il suppose qu'il faudra bien faire une exception.
Il se lève donc, tout de craquements et de clinquements et de grincements, il se lève et attrape une canne posée à côté de son fauteuil. D'ordinaire, il fait sans, mais pour monter au grenier, ça ne sera pas inutile. Oh, il pourrait faire le choix de la simplicité et transplaner sans prendre les escaliers mais Paul a toujours eu une peur panique de transplaner et c'est une des nombreuses choses qu'il s'acharne à éviter. « Allez, Gus, suis-moi. J'espère que tu n'es pas allergique à la poussière. » Paul croit se souvenir de l'avoir été, fut un temps. Ça fait un moment que ça n'a pas posé de problème. Au final, il s'en fiche un peu.

« Et oui, la vieille légende des Kasprzak. La légende du vilain Lindemann qui assassine des gens et maquille leur mort en suicide. » Il rit en s'engageant dans les couloirs de sa demeure, le pas plus vaillant que ce que l'on imaginerait chez une antiquité comme lui. Sa hanche le fait un peu souffrir, l'oblige à se servir de la canne et pas seulement comme d'un apparat. Tac, tac, tac. La jambe gauche s'avance, la canne à droite avec, les deux se posent en harmonie parfaite, l'autre jambe prend le tour. Le vieillard est vif dans sa déliquescence. « Comme tu dis, y a prescription. Mais je doute que ça apaise ta famille. Toi, tu en penses quoi, gamin, hm ? Meurtrier ou pauvre vieux innocent ? »
Il se tourne un instant vers August avant de s'engager dans les escaliers, un petit sourire narquois aux lèvres. Le gamin l'intéresse. Le voilà qui s'invite dans la demeure d'un homme soupçonné d'être un assassin et demande sans complexe à voir des vieux livres, tout à fait naturellement, sans cacher son héritage. C'est au minimum amusant et distrayant, tout à fait ce dont Paul avait besoin pour embellir cette matinée proprement gâchée par un cadavre félin.

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August Häring
Gouvernement | Einsicht

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MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Dim 11 Mar - 15:23

« Des affaires à elle, hein ? » August n'aime pas trop se répéter, et encore moins quand quelqu'un répète ce qu'il vient de dire alors qu'il a parfaitement été clair et articulé. Il pince des lèvres, réprobateur, alors qu'une partie de son esprit lui rappelle que l'audition se perd avec l'âge et qu'il ne peut pas trop le blâmer d'être dur de la feuille. « Je dois bien avoir quelques trucs qui traînent au grenier. Jamais trop touché. » Ça en revanche, August peut comprendre. C'est un collectionneur, il aime bien garder ce qui est à lui — ou le devient — sans forcément l'utiliser, et tout mettre dans sa chambre. Il aime bien voler aussi, parfois — nombre babioles ont disparu des maisons de ses proches ou même d'inconnus alors qu'il s'y trouvait —, pas parce qu'il ne peut pas obtenir par d'autres moyens ce qu'il veut, mais parce qu'il aime bien le vif coup d'adrénaline ainsi que la symbolique de dérober à quelqu'un quelque chose qui lui est cher. Dans sa chambre, August s'invente conservateur de musée, collectionneur d'exception, perfectionniste soigné et il conserve tout du dessous de verre d'une bière qu'il a aimé boire au mégot d'un cigare au goût particulièrement fort, en passant par un carnet de son enfance rempli de dessins immondes. C'en est presque maladif.

Il est curieux de ce qu'un ancêtre comme Lindemann peut garder dans son grenier; la curiosité passe à l'inquiétude quand il voit l'homme se mettre en marche et se lever en grinçant comme un automate. Inquiétude non pas qu'il meurt — il s'en fiche —, inquiétude qu'il meurt en sa présence et que lui ait à rester pour s'expliquer, dire aux autorités pourquoi il n'a rien fait pour l'aider (n'a-t-il pas vécu assez longtemps après tout?), annoncer aux domestiques qu'ils n'ont désormais plus d'emploi. Ce serait tragique, surtout qu'ils ne sont pas encore allés au grenier. Mais non, le vieillard est résistant, se lève, attrape une canne qui fait froncer le nez d'August de mépris (faiblesse) mais il lui emboîte le pas sans rien dire. Ils pourraient transplaner mais il n'en fait pas la remarque, il n'a pas vraiment un amour des conventions sociales mais ils restent tout de même dans la demeure de Lindemann. Et il n'aimerait pas que le vioque se désartibule en chemin. « Allez, Gus, suis-moi. J'espère que tu n'es pas allergique à la poussière. » Il pince un peu plus des lèvres alors qu'ils sortent du boudoir, serrant toujours contre lui son parapluie et sa cape, toujours aussi crispé qu'avant. “ Mon nom est August, ” précise-t-il mais il croit que l'autre ne l'a pas entendu.

« Et oui, la vieille légende des Kasprzak. La légende du vilain Lindemann qui assassine des gens et maquille leur mort en suicide. » Le vieillard se met à rire même si August ne trouve pas ça très drôle parce que les preuves vont un peu dans ce sens malgré tout. August regarde un peu les décorations de la maison alors qu'ils parcourent à un rythme un peu plus soutenu qu'attendu les couloirs de l'endroit, intéressé mais pas particulièrement curieux, s'imaginant déjà l'ancêtre tomber dans les escaliers et s'y casser le cou. Le bruit répétitif de sa canne s'écrasant sur le plancher est agaçant. « Comme tu dis, y a prescription. Mais je doute que ça apaise ta famille. Toi, tu en penses quoi, gamin, hm ? Meurtrier ou pauvre vieux innocent ? » L'autre lui adresse un regard par-dessus son épaule avant de se mettre à monter les escaliers, un sourire sur les lèvres. Son sens de l'humour échappe franchement à August qui ne montre rien de sa confusion en s'engageant à sa suite. “ Moi je ne pense rien. ” Il pense beaucoup August, pourtant, mais certainement pas à ça. “ Cela appartient au passé et je m'en fiche. Je pense que les circonstances vous culpabilisent mais vous en parlez avec trop d'aise pour être véritablement coupable. ” Ils atteignent un étage au-dessus, August s'arrête en pensant que Lindemann voudra reprendre son souffle mais non, ils continuent à monter, alors il lui emboîte de nouveau le pas. “ Je doute que sa fortune vous intéressait parce qu'elle était moindre que la votre de toutes manières, donc j'imagine que vous l'aimiez d'une manière ou d'une autre. ” Concept étrange pour August, il se demande si Paul a beaucoup aimé lors de sa longue vie; il sait qu'il a été marié à plusieurs reprises. “ Mais là encore, je m'en fiche. Peut-être que cela apaiserait les esprits de mon père et ses frères et soeurs de savoir ce qui lui est arrivé. Quant à moi, je ne m'intéresse qu'aux runes. ” Et puis avec une assurance désarmante et nonchalante: “ je ne pense pas que vous avez quoique ce soit à cacher. ” Et il a toujours aimé penser qu'il était un si bon juge de caractère.

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VICIOUS
Something about him was decidedly wrong. He was like one of those pictures full of small errors, the kind you could only pick out by searching the image from every angle, and even then, a few always slipped by. On the surface, he seemed perfectly normal, but now and then you would catch a crack, a sideways glance, a moment when his face and his words, his look and his meaning, would not line up. It was like watching two people, one hiding in the other’s skin. And their skin was always too dry, on the verge of cracking and showing the color of the thing beneath.
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MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Mer 14 Mar - 19:38

Le gamin n'est donc ni un grand naïf, ni un imbécile. C'est un pragmatique et c'est une qualité que Paul sait apprécier chez autrui, lui qui se targue de l'être tant ; un pragmatique venu chercher des réponses à quelques questions bien précises sans chercher plus loin. Un sourire au coin des lèvres, le vieux sorcier ne répond d'abord pas, tournant les paroles du môme dans son esprit. C'est bien ce qui lui a permis d'éviter les représailles à chaque fois, à chaque épouse : il ne pouvait en vouloir à leur fortune moindre que la sienne, les aimait très sincèrement, n'avait aucune raison d'attenter à leur vie. Beaucoup ont dit que son aspect de veuf éploré n'était qu'une comédie. D'autres que si c'était le cas, il la jouait foutrement bien.
Mais le gosse le déçoit à la dernière phrase. Je ne pense pas que vous ayez quelque chose à cacher. Paul laisse échapper un petit ricanement dédaigneux et pivote dans un froufrou de robe de chambre à mi-chemin dans l'escalier, un pied posé en hauteur, dominant August de toute sa grande taille composée principalement de jambes. Un jeu de lumière sur son visage lui donne presque une mine diabolique pendant quelques secondes – il a toujours su être théâtral.
« Je sais bien que tu n'es pas venu pour des leçons de vie, gamin, mais celle-ci est trop importante pour la laisser passer. Tout le monde a quelque chose à cacher. Toi, moi, le boulanger au bas de la rue. Une personne qui n'a aucun secret, aucune peur, aucune honte est soit un menteur, soit un profond imbécile. » Il ponctue la fin de phrase d'un geste de canne sans signification particulière, juste pour asséner un peu plus ses paroles, avant de reprendre l'escalier d'un pas plus vif qu'on n'imaginerait chez un homme de son âge. Oh, ça lui en coûte de faire de telles acrobaties à une heure si matinale ; il lui en coûterait plus d'apparaître comme un vieux déglingué aux yeux d'un étranger. On a sa fierté.

Une dernière volée de marches mène enfin au grenier et Paul la gravit sans montrer ni sa douleur, ni sa fatigue. Toujours cacher. Souffrir derrière un sourire. C'est typiquement Juif de toi, aurait dit sa sœur Sarah en riant. L'humour est la politesse du désespoir et toutes ces conneries, pas vrai ? Heh. Elle n'avait pas tort.
Bizarre qu'il pense à Sarah – et en même temps nous. Le grenier est un capharnaüm de souvenirs entassés en montagnes instables couvertes de poussière, un reflet bien adéquat de la mémoire tourmentée de son propriétaire. Une unique lucarne laisse filtrer une lumière blanche dans laquelle dansent des grains de poussière, l'odeur qui règne est celle du bois humide, du temps passé et de la naphtaline. De lourds tissus recouvrent certains monticules d'objets, leur couleur depuis longtemps fânée, plusieurs armoires gigantesques s'appuient avec peine contre les murs et tâchent de conserver un semblant d'équilibre. Tout ici semble aussi vieux que Paul, plus encore, et nettement plus branlant.
Un esprit pervers remarquerait qu'il n'y a pas une seule araignée.

« Bon. Comme tu le vois, c'est pas bien rangé. À vue de nez, les trucs d'Anke devraient être... » Il s'interrompt, regarde autour de lui. L'oeil se pose sur une mappemonde ramenée de Chine, une antiquité étonnamment correcte pour son âge, puis sur un bric-à-brac de souvenirs du Brésil contenant une machette, une peau de serpent, une améthyste gigantesque et d'autres objets que l'esprit se refuse à identifier ; sur un vieux clavecin défoncé qui grince par intermittence et laisse échapper une unique note stridente lorsque Paul le regarde et enfin, sur trois malles en cuir émeraude rassemblées en cercle comme si elles tenaient un conciliabule. « Oui, je crois que c'est ça. Allez, Gus, viens m'aider à bouger ces trucs jusque dans la lu... » Une fois de plus, le vieux sorcier coupe sa phrase en plein élan et pousse un profond soupir, lève les yeux au ciel et sort sa baguette. Faut-il être distrait pour oublier être un sorcier, ce léger détail.
Les malles glissent sur le sol jusque dans la lumière de la lucarne et s'ouvrent dans une bouffée de poussière âcre. Paul tousse, une vieille toux grasse d'homme qui a passé sa vie à fumer et vient de s'en souvenir de manière tout à fait désagréable. « Ugh. Bien. Toutes les affaires d'Anke sont là-dedans. Attention, me semble qu'il y a des choses qui mordent. Si tu vois un truc doré qui tourne très vite sur lui-même, n'y touche surtout pas. Bon courage. »
Et sur ces mots peu engageants, Paul fait venir à lui un fauteuil, une bouteille de whisky (il n'est jamais trop tôt pour commencer), ses cigarettes, un guéridon, un bouquin, un verre et s'installe confortablement. Pas question d'aider le môme. Pas question de le laisser fouiner sans surveillance non plus.

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August Häring
Gouvernement | Einsicht

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MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Dim 15 Avr - 15:40

L'ancien rit en l'entendant, signe de démence s'il en est d'après August qui s'arrête pour lever le nez vers lui. L'homme lui rend quelques centimètres et c'est accentué par la marche qui les sépare. August essaie vraiment de ne pas avoir l'air trop agacé quand Lindemann ouvre la bouche d'un air docte. « Je sais bien que tu n'es pas venu pour des leçons de vie, gamin, mais celle-ci est trop importante pour la laisser passer. » Les yeux d'August lui font mal tant il a envie de les rouler exagérément dans leurs orbites, mais se retient. « Tout le monde a quelque chose à cacher. Toi, moi, le boulanger au bas de la rue. Une personne qui n'a aucun secret, aucune peur, aucune honte est soit un menteur, soit un profond imbécile. » August se demande bien ce qu'un boulanger pourrait avoir à cacher autre que la recette de son petit pain — donc quelque chose de complètement dénué d'intérêt — et arque délicatement un sourcil sans répondre. Lindemann ne lui en laisse pas l'occasion de toute manières, en faisant volte-face et en se remettant à grimper les marches à toute vitesse, August suivant de près sur ses talons en s'émerveillant de l'agilité du vieil homme.
Il n'a pas lâché sa canne, ceci dit, donc peu importe son endurance, August est discrètement réprobateur de ce qu'il considère comme de la faiblesse.

Ils arrivent donc au grenier, et August sent un peu de sa curiosité revenir. L'endroit est ancien, poussiéreux, bordélique. Il se demande si le grenier est un reflet de l'esprit de son propriétaire. Il ne peut pas cacher son intérêt, ceci dit, à la fois pour l'homme et la pièce: il a tant accumulé pendant sa vie, et August doit avouer qu'il est impressionné par la résilience de l'ancêtre. Il se demandera si il vivra si vieux un jour, si il en a envie, ce que Lindemann ressent quand il voit des jeunes hommes comme lui frapper à sa porte avec toute l'assurance du monde. « Bon. Comme tu le vois, c'est pas bien rangé. » August peut lui pardonner: on dirait que personne n'a mis les pieds dans cette pièce depuis le siècle dernier. « À vue de nez, les trucs d'Anke devraient être... » August suit son regard avec intérêt, rendu curieux par le piano — ses doigts s'agitent au bout de ses mains, il a envie de jouer, du violon pour sa part, mais l'impulsion lui vient brutalement. Il n'aime pas le désordre, d'ordinaire, mais il y a quelque chose de pittoresque à ce grenier, quelque chose d'attirant à ce capharnaüm d'objets divers aux histoires mystérieuses. « Oui, je crois que c'est ça. Allez, Gus, viens m'aider à bouger ces trucs jusque dans la lu... » La grimace de dégoût d'August — lui, aider à bouger quelque chose qui pèse plus de cinq cent grammes — quitte à peine son visage quand Lindemann sort sa baguette. Il n'aime pas que l'homme l'appelle Gus, aussi, mais il pense qu'il est délirant et de toutes façons ne retiendrait pas sa correction si il tenait de nouveau de la lui rappeler.

Les malles s'ouvrent finalement dans le rectangle de lumière et August fait un pas en avant, jetant un regard brûlant à Lindemann quand celui-ci a l'audace de tousser (quand bien même lui-même a un petit frottement désagréable qui se réveille dans le fond de la gorge). « Ugh. Bien. Toutes les affaires d'Anke sont là-dedans. Attention, me semble qu'il y a des choses qui mordent. Si tu vois un truc doré qui tourne très vite sur lui-même, n'y touche surtout pas. Bon courage. » Et il s'assied, avec tout le confort du monde, sous le regard grave d'August. “ Merci, ” finit-il par dire, le mot semblant lui arracher les lèvres qui bougent à peine. Il plie soigneusement sa cape et la pose au sol après avoir déblayé un peu de poussière d'un coup de baguette, puis retire sa veste qu'il plie tout aussi soigneusement et pose dessus. Il retrousse les manches de sa chemise (presque géométriquement, recommençant deux fois la manche de gauche parce que le pli est trop grand puis trop petit à son goût) et arrange ses bretelles sur ses épaules avant de s'agenouiller près de la malle. “ Est-ce que vous pourriez me raconter... ” commence-t-il, les doigts posés sur le bord du coffre, presque hésitants, avant de relever le nez vers Paul. Il est en train de fumer avec un livre ouvert dans la main et August fronce du nez, attrapant sa veste puis sa propre boîte de cigarettes pour s'en allumer une lui aussi — il a écrasé la première en quittant le petit salon sans pouvoir la finir. “ Comment vous l'avez rencontrée? Et épousée. ” Et aimée mais il n'ose pas dire ces mots, peut-être parce qu'il a appris depuis longtemps à ne pas se leurrer: les mariages naissent rarement de l'amour, du moins dans son monde.

La cigarette est allumée et un épais nuage de fumée inhalé, une main est passée dans ses cheveux légèrement bien coiffés. Les longs doigts d'August sont remplis de fourmis, il a envie de tout toucher... et de tout voler. C'est stupide mais c'est plus fort que lui, alors même que Lindemann se trouve seulement à quelques mètres de lui. Ça lui arrive souvent, ces pulsions, mais rarement en présence d'autres. Il aime bien prendre un cendrier, un morceau de papier, une carte de visite à l'insu de l'autre: ce n'est pas tant la valeur de l'objet qui compte, plus le simple fait de prendre. Là, il ne peut pas — en plus d'être si proche de lui, il est pile en face de Lindemann qui peut voir le moindre de ses gestes et il n'a même pas les manches de sa veste pour cacher un objet comme lors d'un tour de magie.
Il y a des badges, une paire de lunette dont un verre est fêlé, un cintre en métal tordu, des sous-vêtements en soie qui le font sourire, et un livre qui essaie de lui mordre le bout des doigts quand August fait mine de s'en emparer. La malle est plus profonde qu'elle en a l'air — magie aidant — et quand il voit le truc doré qu'a mentionné Lindemann, August doit avouer qu'il a très envie de le toucher. C'est presque plus fort que lui. On dirait une toupie, il tend les doigts, son esprit est focalisé sur cet objet, rien que cet objet, si seulement il pouvait le tenir dans le creux de sa main... par un coup de chance, un peu de la cendre de la cigarette coincée entre ses lèvres tombe sur le dos de sa main et attire son attention, mettant fin à sa fascination pour l'objet. Il décide de le recouvrir d'un mouchoir bleu trouvé lui aussi dans la malle pour ne plus être tenté. “ Vous avez eu d'autres femmes, ” dit August, apparemment perdu dans ses pensées, en continuant de fouiller en ignorant le morceau de tissu bleu qui se tord là où la toupie dorée continue son cirque. “ Pourquoi? ” Lui préférerait mourir que ce marier. Lindemann n'a pas le temps de répondre qu'August trouve un grimoire à la couverture en cuir de dragon. Le titre est le même que celui du livre qu'il a trouvé dans la bibliothèque des Häring; seulement celui-ci est suivi d'un "IV". “ Oh. ” Il est si surpris qu'il retombe sur ses fesses en arrière, à même le sol poussiéreux du grenier, ce qu'il ne ferait jamais en temps normal. Il inspire un peu de sa cigarette, lâche la cendre sur le sol, les yeux rivés sur le grimoire. Il y a au moins quatre livres. Quatre livres. Il n'en avait jamais entendu parler il y a quelques jours. Et maintenant... Il s'empresse d'ouvrir le livre, heureusement qu'il n'est pas maudit. “ Avait-elle quelque chose à cacher elle aussi?

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VICIOUS
Something about him was decidedly wrong. He was like one of those pictures full of small errors, the kind you could only pick out by searching the image from every angle, and even then, a few always slipped by. On the surface, he seemed perfectly normal, but now and then you would catch a crack, a sideways glance, a moment when his face and his words, his look and his meaning, would not line up. It was like watching two people, one hiding in the other’s skin. And their skin was always too dry, on the verge of cracking and showing the color of the thing beneath.
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MessageSujet: Re: paust † the secret history.   Mar 17 Avr - 19:38

Le gamin grogne et râle intérieurement, se pense peut-être discret et invisible aux yeux du vieux. Paul se contente d’en sourire. Ça lui rappelle sa propre jeunesse, ses grands discours bravaches, sa façon de regarder le monde d’en-haut avec l’assurance idiote d’un môme qui n’a pas encore pris conscience de sa propre mortalité. Il éprouve une certaine tendresse envers ce neveu dont il ignorait encore l’existence en s’éveillant ce matin, parce qu’il retrouve chez le gosse certaines de ses propres attitudes d’autrefois. La même curiosité dévorante, la même certitude de savoir tout mieux que tout le monde, le même rejet violent de tout ce qui peut sembler être de la faiblesse. Il se souvient, Paul, d’avoir tourmenté des enfants de son âge et plus jeunes lorsqu’il a fait ses classes à Durmstrang parce que les petits avaient commis l’erreur de montrer un peu trop leurs émotions ; il se souvient d’avoir ri à pleins poumons lorsqu’une connaissance à la patte folle s’est écroulée d’un coup lors d’une réception à laquelle ils étaient tous deux conviés. Au moins, August n’a pas l’air d’avoir cette fibre de pure méchanceté qui animait Paul autrefois. De la mesquinerie, tout au plus, mais c’est bien différent.
C’est intéressant que de voir la mine du môme changer, de le voir s’intéresser à tous les objets qu’il tire du coffre, même les plus futiles. Bien sûr qu’il se laisse attirer par l’objet doré, n’importe qui l’aurait fait. Le conte est vieux comme le monde. Barbe-Bleue disant à sa jeune épousée de ne jamais se rendre dans une certaine pièce du château et lui en offrant la clé savait pertinemment qu’elle ne pourrait pas résister bien longtemps à la curiosité. C’est une épreuve de volonté que Paul a présentée à August et il ne peut s’empêcher de sourire avec une certaine fierté lorsque le jeune homme la passe sans broncher. Il suffit de mettre un mouchoir dessus. La technique a ses mérites ; elle fonctionne pour beaucoup de choses dans la vie.
Paul tire une longue bouffée de sa cigarette, l’écrase dans un cendrier et prend quelques feuilles de coca dans la poche sur le torse de sa robe de chambre. Pas qu’il en ait vraiment besoin, il aime à se dire que ce n’est qu’une petite folie, le désir de flirter d’un peu plus près avec le danger et non une addiction dangereuse qui lui craque sous la dent. Il faut bien ça pour répondre aux questions du môme. Il n’aime pas parler du passé, Paul, pas de celui-là, pas de celui qui fait appel à des émotions honnêtes et profondes. C’est plus facile de raconter les grandes épopées à travers les terres encore intactes de l’Afrique et de l’Amérique, facile de se remémorer les années passées à jouer à l’aventurier, à se frayer un chemin à travers les dangers de l’Amazonie à coups de machette. On captive son auditoire, on lui embrouille l’esprit, on n’enjolive même pas ; ça marche à tous les coups. Personne ne s’intéresse en général à des choses aussi futiles que des histoires d’amour. De toute évidence, August n’est pas tout à fait comme tout le monde.

« Comment je l’ai rencontrée, hein ? » Ah, voilà qu’il va encore se crisper, le gamin. Il n’aime pas quand le vieux se répète. Paul le fait d’autant plus, par simple esprit de contradiction. « C’était en 89, ou 87, je sais plus. Des amis à moi ont lancé une entreprise de baguettes que j’ai financée et pour laquelle j’ai organisé un gala de lancement. Une sacrée fête comme on en fait plus, parce que ça fait un bout de temps que l’Allemagne ne sait plus s’amuser, mais je m’égare – un gala de lancement, donc, et on a invité tout le gratin du pays. J’ai pas mal de contacts dans la noblesse, je me suis pas privé de m’en servir. Les Sternberg, les Reinhardt, les Drache, je les ai tous invités. Fallait bien que ça vaille le coup, cette affaire.
« Elle est venue avec son cousin, je crois, ou son frère. C’est un peu vague, tu me pardonneras, ça fait bien quarante ans. Elle portait une robe à la toute dernière mode, couleur carmin, avec les manches les plus effroyablement grandes que j’aie jamais vues de ma vie – et elle s’en servait pour empêcher les importuns de l’approcher. Quand on voulait l’inviter à danser et qu’elle n’avait pas envie, paf, un coup de manche. J’ai tout de suite été séduit.
« Et puis, voilà, le reste… On a parlé, beaucoup, de ses travaux, de mes voyages, et j’imagine qu’elle m’a trouvé plus intéressant que le péquin lambda qui jugeait adéquat de la saluer en complimentant son aspect physique plutôt que son esprit. Quelque chose comme ça. On s’est mariés trois mois plus tard. Un peu vite, je crois. Sa famille faisait un peu pression, j’imagine qu’il y avait des craintes quant à une trop grande intimité hors du cadre du mariage, quelque chose du même acabit. On s’aimait, alors on a accepté. Voilà tout.
 »
Ce n’est bien sûr pas toute la vérité et Paul ravale les émotions que ce récit a suscitées en lui. Tâche péniblement d’oublier pourquoi la famille d’Anke a tenu à ce que les deux tourtereaux se marient si vite, cette raison qui a poussé tant de couples à se passer la bague au doigt plus vite qu’il ne le faudrait. Il y a une certaine ironie dans tout ça. Avant Anke, aucune de ses partenaires n’est jamais tombée enceinte ; il a toujours fait très attention, toujours pris garde à ne pas propager le sang familial et certainement pas avec une femme qui ne pourrait transmettre son Judaïsme, mais avec Anke… avec Anke, il avait tendance à tout oublier, à se laisser porter par la frénésie du moment comme s’il était redevenu un jeune homme plein de fougue plutôt qu’un quinquagénaire encore plus ou moins frais. Il n’a pas fait attention. Pas d’importance, au final, puisque la belle s’est tuée trois semaines après les épousailles, emportant avec elle la seule descendance que Paul aurait jamais pu avoir.
Mais rien de tout ça ne regarde August. Il n’est pas utile de lui donner tous les détails sordides et encore moins de se laisser aller aux émotions face à lui, ce n’est qu’un gosse venu fourrer son nez pointu dans les affaires de Paul et si celui-ci trouve la distraction bienvenue, il ne faudrait pas non plus aller trop loin. Ce serait dommage qu’il faille entraîner le gamin à la cave.

Il ne sait pas trop sur quoi exactement porte la question suivante, ce pourquoi murmuré comme depuis un autre monde, à travers la fascination d’August pour les trésors qu’il trouve. Pourquoi se marier ? Pourquoi avoir plusieurs femmes ? Paul ne se sent pas le besoin d’élucider le mystère, le gosse a de toutes façons trouvé autre chose à lui demander et ça lui convient parfaitement. Il n’a pas envie de débattre du sujet. Pas envie de dire qu’il s’est longtemps senti bien trop seul pour envisager de ne pas se marier, d’expliquer qu’il a espéré mener une vie normale avec une femme et des enfants et la tranquillité d’esprit qui vient avec la certitude d’être une personne banale, de murmurer le nom d’Elena et d’évoquer l’amour vibrant qu’il lui a porté. Si August lui ressemble autant que Paul le pense, alors il n’aura que du mépris pour la faiblesse dont le vieux a jadis fait preuve vis-à-vis de son premier amour. Il avait pourtant juré, Paul, il avait juré qu’il n’aimerait jamais et que c’était là un truc de bonnes femmes qui avaient du temps à perdre, qu’il se marierait et aurait des enfants pour être comme tout le monde mais sans tomber dans le piège. Il est sorti de Durmstrang tout pétri de ses illusions et de ses certitudes, de son impression de valoir mieux que le reste du monde, et voilà qu’il a rencontré Elena et que tout s’est effondré. Qu’il a découvert que non seulement il savait aimer – mais qu’en plus il ne savait faire que ça.
Aimer, beaucoup trop fort, beaucoup trop vite, beaucoup trop longtemps. Le vieux coeur, une fois déverrouillé, n’avait jamais su s’arrêter.
Paul grince des dents, allume une nouvelle cigarette. Souhaite à demi que ses poumons décident de rendre les armes sur-le-champ.
« Des secrets… Oui, je suppose. J’ai jamais cherché à les connaître. Je respectais les siens, elle respectait les miens. » Il veut s’en persuader, du moins. Il veut croire qu’elle ne s’est pas tuée parce qu’elle a découvert ce qu’il manigançait dans sa fichue cave. Il prie pour ça, presque tous les soirs. « Mais vu le genre de femmes qu’elle était, je serais pas surpris d’apprendre qu’elle a été espionne pour le compte du gouvernement ou qu’elle a découvert des secrets runiques enfouis depuis des millénaires. Elle était comme ça, Anke. Férocement intelligente et déterminée. La réponse doit être dans ses bouquins. Je les ai jamais lus. »
Parce que, même après la mort, le vieux Paul respecte les secrets de celle qu’il a aimée.
« Prends ce que tu veux dans le coffre, » dit-il soudain après un instant de silence. « Sauf la toupie d’or. Le reste, tu en fais ce que tu veux. C’est pas comme si garder ses trucs la ramènera, pas vrai ? Alors, tu en fais ce que tu veux. » Il se lève d’un geste brusque pour arpenter le grenier, parti à la recherche d’on ne sait quoi – parti cacher les émotions peintes sur ses vieux traits ravagés.

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