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PAUL | Beauty.

Revelio

MessageSujet: PAUL | Beauty.   Jeu 15 Fév - 22:45

« Dance me through the curtains that our kisses have outworn. Raise a tent of shelter now, though every thread is torn. Dance me to your beauty with a burning violin. Dance me through the panic till I'm gathered safely in.  »
FB | 7 mars 1915, 23h | Chez Paul Lindemann, Berlin


Abasourdie, elle est rentrée. N’a pas regardé le Majordome, n’a pas cherché Paul. Elle aurait pu rentrer ailleurs. Que fait-elle ici ? Aucune idée. Elle ne sait pas. Elle se sent faible. Ses jambes flanchent sous son poids alors qu’elle se dirige vers ses appartements. La porte ne fait pas de bruit en se fermant. Elle expire, essaye de se souvenir de ce qu’il s’est passé. Les souvenirs bloquent. Elle expire. Elle a du mal à faire entrer assez d’air dans ses poumons, il y a quelque chose qui l’angoisse sans savoir quoi. Elle ne devrait pas être comme ça, se sentir faible, d’une simple- Elle ne comprend pas. Sans y penser, elle va s’asseoir à sa coiffeuse, se regarde dans le miroir, les yeux grands ouverts d’un choc qu’elle n’arrive toujours pas à digérer. Elle se souvient de l’hôtel, du restaurant, elle se souvient du petit noble polonais, charmant bien qu’un peu modeste. En vacances, qu’il disait. Vacances qu’il n’a toujours pas fini. Qu’il ne compte pas écourter. Et pourtant il  lui dit…
Elle se sent mal. La nausée monte, le malaise, quelque chose au niveau du ventre qui la tord plus profondément que la pire des grossesses. Il l’a rejetée. Elle, elle a été rejetée. On ne veut plus d’elle. Certes, il prétexte sa femme, et ses soupçons, les enfants qui ont besoin de lui, le fait qu’elle n’était pas comme il l’imaginait… Sauf que Hilda est toujours tout ce qu’on imagine. Elle est même plus que cela, elle va au delà de tes attentes parce qu’elle les devine. Elle a été vélane, l’est encore, le sera toujours. Avoir des hommes à ses pieds est aussi naturel que nécessaire pour elle. Le jour où elle n’aura plus une cour à ses pieds, on pourra la juger perdue.
Elle se juge, déjà, perdue.
Ils vont tous partir, elle le sait.
Elle se regarde dans le miroir, et elle comprend pourquoi il l’a dénigrée. Quelque chose cloche, elle est bien trop… fade. Ses cheveux ont comme terni, ses cheveux ne brillent plus, quand elle bouge, aucune grâce surhumaine ne l’accompagne. Quelque chose n’est pas comme d’habitude. Sa respiration s’arrête un instant, alors qu’elle cherche désespérément ce qu’il se passe. Absente, elle regarde ses mains, ses longues mains blanches qui normalement sont plus… moins… Ses doigts se dirigent vers sa baguette. Elle tente de formuler l’un des informulés qu’elle connait. Vers un coussin. Cela échoue. La magie ne fonctionne pas. La boule de feu non plus. Elle suffoque, définitivement. Elle a l’impression de porter de nouveau l’Etau. Apeurée, elle regarde de nouveau le miroir, cherche le collier de cuir autour de son cou. Nul artefact mais, pourtant, sa gorge est vide de quelque chose. Cette personne dans le miroir n’est pas elle.
Devant elle, tout ce qu’elle voit, c’est une humaine.

Le miroir se craquelle et se brise en divers morceaux. Les bouteilles de parfum explosent. Les cheveux se défont et poussent, poussent, soudainement. Un hurlement passe ses lèvres, sans sens ni but, un simple hurlement de douleur et de terreur. Les cheveux poussent, dévalent ses cheveux, tombent au sol, commencent à envahir le sol. Elle hurle. Les larmes dévalent, salent ses lèvres ouvertes, alors que ses doigts serrés tirent, tirent sur des cheveux qui ne cessent de pousser. Elle devient, elle devient humain. Pire sort au monde, pire que la mort, abominable malédiction qui la prend. Son hurlement ne s’arrête pas, ses cheveux non plus, ils commencent à s’emmêler devant son cou.

Elle est fautive. Elle sait qu’elle a tort, qu’elle n’agit pas en digne vélane. Elle essaye, pourtant, tous les jours de faire ce qu’il faut. Ne t’attache pas, n’aime pas, possède, détruit, savoure. Récupère l’honneur qu’on t’a volé. Soit digne de la nature que l’on t’a retiré. Elle essaye, véritablement. Ce n’est pas sa faute si certains lui manquent. Pas sa faute s’il lui faut travailler pour se nourrir. Si elle n’arrive pas à donner de fille. Elle sait qu’elle est fautive. Humaine, tu deviens humaine, petite Hilda. C’est ta punition. Elle hurle cependant, et les cheveux remontent le long de la porte, et bloquent la serrure, et s’enroulent toujours plus autour de son cou.

Elle est tombée à terre, pour ne pas voir le reflet dans les morceaux restant du miroir. Sa respiration n’est plus qu’un filet hoquetant et douloureux. La détresse l’a prise avant la colère, comme la fourbe preuve de sa déchéance en humaine. Le hurlement ne semble pas vouloir s’arrêter. Il prend cependant forme lorsqu’elle sent une présence, à la porte, qui cherche à entrer.

NE RENTRE PAS. LAISSE-MOI.

Le cri n’a pas d’autre autorité que la détresse qui l’agrippe. Elle ne veut pas le voir, ou plutôt elle ne veut pas qu’il la voie. Qu’on la dénigre une fois, pas deux. Elle n’y survivrait pas.

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MessageSujet: Re: PAUL | Beauty.   Ven 16 Fév - 19:25

Il l'a vue décliner, vue perdre son éclat et sa couleur, et il a cru que c'était de sa faute.
Paul a tenu entre ses doigts le plus brillant des rubis, s'est noyé dans ses mille et un reflets, dans les flammes dont il s'est gorgé, et aujourd'hui, il craint d'en avoir trop fait. Trop voulu, trop aimé. C'est toujours ainsi, après tout – c'est toujours ainsi que l'histoire se finit. Il était une fois un homme dont l'amour était une condamnation à mort. Elle n'est pas si facile à tuer, Hilda, elle résiste, elle tient bon, se tient droite avec le menton fier et le regard qui luit, luit comme le rubis, et pourtant la voilà qui devient terne et triste.
Si horriblement triste.
Paul s'en moque bien, de la beauté d'Hilda. Bien sûr qu'il y a quelque chose d'assez flatteur pour l'ego d'avoir à ses côtés pareille splendeur, bien sûr qu'il se rengorge des regards de convoitise qui se posent sur eux lorsqu'il l'emmène à l'opéra ou dans un grand restaurant, bien sûr qu'il aime à se rouler dans le stupre et la luxure que ce corps divin lui inspire. Paul est humain et l'humain aime ce qui est beau, aime les proportions artistiques, symétriques, mathématiques. Elle est tout ça et bien plus, elle a la rondeur en clair-obscur d'un tableau de la Renaissance et la furie d'une symphonie de Wagner, elle porte sa tête haute comme si elle dirigeait le monde – et peut-être est-ce vrai. Mais tout ça, c'est une foutaise.
Ce n'est pas pour la beauté perdue que Paul se penche à la porte de la chambre. Elle pourrait bien ne plus rien avoir de ses charmes qu'il la trouverait toujours sublime. Qu'il aimerait toujours embrasser le velours de son cou et respirer son parfum, s'enivrer de son rire et de sa voix chantante, de son esprit, de sa fougue. Paul est idiot. Paul est amoureux. Paul ne comprend pas.

« Je ne comprends pas, » s'étonne-t-il à l'adresse de la porte, puisque la dulcinée refuse de le laisser entrer. Qu'a-t-il donc fait ? Il n'envisage pas qu'elle puisse ne pas vouloir être vue ainsi. Peut-être est-ce pire encore que la dernière fois qu'il a posé les yeux sur elle. Il ne saurait pas juger. De toute façon, le temps perd de sa saveur et s'entremêle en mille bouts de ficelle impossibles à démêler, au point qu'il n'est plus très sûr du jour qu'on est et de celui qu'on sera demain. Ça arrive, parfois. Le grand âge. Rien d'alarmant, il s'y fait, ne s'en préoccupe pas. Il est toujours bien vaillant, c'est tout ce qui compte.
Mais si sa propre décrépitude a atteint Hilda, l'a blessée, il ne se le pardonnera jamais. Est-ce que le joyau a perdu de son éclat par tristesse ? Par désespoir ? Il ne sait pas. Ne sait plus. Il y a le souvenir dérangeant d'un bras blanc au milieu de draps blancs devant un mur blanc, et puis celui de peinture écarlate, incongrue, insupportable. Il ne sait plus trop ce que veut dire ce souvenir. Ce soir, tout est confus, il n'arrive pas vraiment à remettre les événements dans l'ordre, et il ne peut pas le dire. Il n'en a même pas pleinement conscience. Si c'était le cas, il le garderait pour lui, de toute façon ; ses hésitations temporelles ne sont rien comparées à la distresse d'Hilda. Il ne veut pas qu'elle aussi soit un drap blanc et une traînée de peinture rouge.
Pas de raison que ça arrive. Elle est forte, Hilda. Elle est plus forte que toutes les autres, que lui, que le monde entier. Elle a dans les yeux le reflet de mille existences et de mille douleurs qu'elle a surmontées. Celle-là aussi, elle y survivra.

Paul pose ses deux mains à plat sur le battant, comme s'il pouvait transmettre sa chaleur à travers le bois, atteindre son amante, l'étreindre enfin. Son front s'appuie sur la porte, son corps entier se tend vers l'aimée. Il n'entre pas. Respecte ses vœux. Il n'est pas de ces hommes pour qui le « non » d'une femme n'est qu'une invitation à insister. Il faut bien qu'il ait des qualités.
« C'est ton rendez-vous qui t'a... perturbée ? » Il hésite sur les mots, perd un peu de son bagout en faveur d'une candeur qui ne lui ressemble guère. « Il t'a fait du mal ? »
Le pauvre vieux, il ignore à quel point il a tort et raison à la fois.
« Je ne veux pas t'imposer ma présence mais... je... quelque chose ne va pas, Hilda, je le sais, je le vois, j'aimerais... » T'aider. Oh, il a perdu l'habitude de tout ça, il ne sait plus comment réagir. Tout est bel et bon lorsqu'on se tient bien à l'écart de toute forme de tourmente, qu'on se contente de hocher la tête et de sourire aux difficultés présentées par la vie, sans jamais donner à celle-ci les armes nécessaires pour blesser. Depuis la mort de sa dernière femme, Paul navigue son existence en refusant de se préoccuper de quoi que ce soit. Lorsqu'il est forcé à faire des exceptions à cette règle tout à fait théorique, le voilà tout démuni, revenu dans son enfance lorsqu'on lui demandait d'écouter à l'école et de participer et d'avoir des bonnes notes et qu'il ne comprenait pas pourquoi il ne pouvait pas juste rester à dormir. Il ne comprend pas. Ne peut pas comprendre. « Peu importe. Veux-tu manger ? J'ai déjà soupé mais il y a sans doute des restes à la cuisine. »
C'est la première chose qui lui est passée par la tête. Manger. Il est bon vivant, Paul, il aime la bonne chère, mais n'y accorde pas un intérêt outrancier. C'est juste la première chose qui lui est passée par l'esprit pour éviter de s'embourber dans une conversation qu'il sait ne pas pouvoir gérer. Pathétique. Vingt ans plus tôt, il aurait peut-être eu honte. Un des avantages de l'âge est qu'on ne ressent plus ce genre d'affres, réservé aux jeunes gens encore persuadés que l'opinion d'autrui a un tant soit peu d'importance.

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MessageSujet: Re: PAUL | Beauty.   Ven 23 Fév - 15:30

« Dance me through the curtains that our kisses have outworn. Raise a tent of shelter now, though every thread is torn. Dance me to your beauty with a burning violin. Dance me through the panic till I'm gathered safely in.  »
FB | 7 mars 1915, 23h | Chez Paul Lindemann, Berlin


Les cheveux de la vélane prennent leur indépendance. Ils l’ont toujours eue, semble-t-il. Depuis qu’ils ont souffert de la lame d’Elja. Ils vivent, aujourd’hui encore, dans des centaines de baguettes peut-être. Nombre de ses cheveux sont sur le marché. D’autres tournent leurs boucles dans quelque mouchoir de quelque noble encore énamouré(e). On raconte qu’un bordel de Berlin a réussi à en récupérer une touffe, les moins chanceux payent une fortune pour passer la nuit avec une des filles sous un polynectar contenant l’un des filaments roux. Toujours, on caresse sa chevelure. Konrad, une multitude de fois, les a traversé et observé avec un sourire ravi. (Konrad qui est mort, pour tout ce qu’elle en sait.) (Et pour tout ce que cela lui importe.) Quand elle chante, on raconte qu’ils brillent. Quand elle s’énerve, on raconte qu’ils s’enflamment. Certains ont encore les mains brûlées d’avoir voulu s’y glisser sans y être invité. Pour ceux qui ont survécu à l’affront.
Ses cheveux, aujourd’hui, ne sont cependant pas objet de luxure ou d’admiration. Ils viennent punir la terrible vélane, celle qui ne mérite pas de les avoir sur son crâne. Le corps recroquevillé de la victime est déjà presque recouvert, ligoté, étouffé par leur pression. De longues tentacules couleur sang parcourent la pièce, brisent des objets, verrouillent les portes, les fenêtres. Une fortune entière est déchirée lorsqu’ils s’attaquent à un imposant manteau de fourrure offert par Magnus, cherchant sûrement à lui faire oublier la vacuité de ses promesses.
Les hurlements de la pauvre vélane se transforment pendant que la chevelure progresse. De rage, de peine, ils virent à la détresse. Soudain, elle semble réaliser ce qu’il se passe, bien qu’il soit trop tard. L’air lui manque. Elle ne peut plus bouger. Ils la tiennent. Enfin, ils pourront mettre fin à sa vie futile, maintenant qu’elle n’est plus protégée de sa magie et qu’une bonne âme s’est chargée de la diminuer, la ridiculiser, la mener plus bas que terre, le seul endroit qu’elle mérite.

Elle finit par se taire. Plus d’air, plus de force pour émettre le moindre son. Il n’y a rien, alors, qui puisse l’empêcher d’entendre la douce, tendre voix de Paul de l’autre côté de la porte. L’inquiétude perce dans sa voix alors qu’il lui pose des questions stupides et reste comme un imbécile de l’autre côté de la porte. Bouffon respectueux. Vieillard stupide. Il l’aime, cependant. Et c’est peut-être ça, qui la sauve. Peut-être, aussi, que c’est seulement que le corps ne peut pas se tuer lui-même et que la chevelure, bien que véhémente, perd toute sa force une fois la victime inconsciente.
Ainsi, Hilda sombre, étouffée par son propre corps. La conscience lui échappe, et avec elle les cheveux perdent de leur magie. Eux qui, jusque là, régnaient en maître sur la pièce, deviennent les cellules mortes qu’ils auraient du rester. Plus de lumière, plus de chaleur, plus de pression sur tous les biens de la chanteuse. La porte se déverrouille, s’entrouvre même, pendant que tout retombe et que le sol se couvre des fils rouges inanimés.

Et finalement, dans une ultime trahison, ceux qui ont cherché à tuer leur maîtresse perdent définitivement toute vie. Ils glissent du crâne de la belle, s’en désolidarisent, tombent. Comme si Elja elle-même avait fini par venir raser le crâne de sa captive.

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MessageSujet: Re: PAUL | Beauty.   Ven 23 Fév - 22:15

Si les cris d'Hilda ont effrayé Paul, son silence le terrifie bien plus encore. Il s'acharne sur la porte, abat le poids de son vieux corps contre le battant, tente tous les sortilèges dont il parvient à se rappeler, sans aucun succès. Vieux fou, imbécile, inutile. Si elle meurt de l'obscurité inconnue qui l'étreint, ce sera ta faute. Une fois de plus. Elles meurent toutes, même Hilda, même la plus forte et la plus vénéneuse des femmes. Il a envie de pleurer. Il ne le fera pas. Une partie de lui se dit qu'elle fera un bon sacrifice, qu'elle sera utile, que sa mort ne sera pas en vain. Tenir le corps d'une vélane défunte en son pouvoir serait un moyen sûr d'offrir à la Camarde le cadeau qu'elle semble exiger, d'obtenir d'elle ce qu'elle lui a toujours refusé – mais non. Non, Hilda ne mourra pas. Pas ce soir.
La porte s'entrouvre enfin, alors qu'il a arrêté ses assauts, arrêté ses questions, alors qu'il s'est résigné à un destin funeste. Il entre précautionneusement. Un pas, deux pas. Les appartements de sa douce lui semblent avoir été ravagés par une tempête, un ouragan de colère qu'il ne peut pas comprendre. Son regard s'arrête un instant sur le miroir brisé, puis sur les débris divers qui parsèment le sol, sur les longues lianes de feu gisant désormais à ses pieds, sans vie. La maudite chevelure est morte – pas celle qui la porte.
Il s'approche. Pas certain que ce soit la bonne idée, pas certain d'y survivre, il s'approche mais à petits pas, comme un danseur sur pointes. Les cheveux pleuvent de la tête d'Hilda et il ne sait pas quoi faire. C'est horrible, cette sensation d'impuissance, cette rage de ne rien pouvoir faire, de ne rien savoir faire. S'il était meilleur sorcier, s'il connaissait mieux la nature de sa tempêtueuse amie, peut-être pourrait-il calmer l'orage – il ne peut pas. Il n'est qu'un vieux croulant imbécile, incapable de venir en aide à celle qui compte trop à ses yeux.
Mais ce n'est pas normal. Elle est malade. Elle ne devrait pas être malade. Pas perdre ses cheveux comme ça. Pas perdre sa splendeur, ce charme flamboyant qui émane d'elle même dans les moments les plus bénins, qui lui donne l'aspect de mille soleils qu'il peine à regarder directement sans s'y brûler les yeux. Non, rien de tout ça n'est normal. Alors les sourcils de Paul se froncent et il s'accroupit – péniblement – pour être au niveau d'Hilda, effleurer sa joue, y cueillir peut-être les larmes et la douleur qu'elle a versées. Et doucement, par un baiser comme dans les contes d'autrefois et par des soins plus prosaïques et efficaces, l'éveiller.
« Il va falloir trouver qui t'a fait ça, » murmure-t-il doucement, avec un quelque chose qui gronde au fond de la voix, un quelque chose qui vient des profondeurs de son vieux corps malmené. « Le trouver et lui faire payer. »

Peut-être qu'elle ne l'a jamais entendu parler comme ça. Peut-être qu'elle s'étonnera de l'inflexion étrange de sa voix, de l'ombre au creux de sa gorge qui appelle le sang et la mort, qui se réjouit déjà du carnage à venir. Il est gentil, Paul, il est gentil et doux et aimant, et puis parfois, il a besoin de plonger ses mains dans les entrailles de quelqu'un. C'est un petit vice, un petit rien à cacher du beau monde, un moyen pour une meilleure fin. Il n'en a jamais parlé à Hilda, jamais parlé à qui que ce soit, et ce n'est pas aujourd'hui que ça changera – mais peut-être qu'elle devine quelque chose dans les coins de sa bouche soudain figés en un sourire de démon. Une partie de Paul se dit qu'elle l'aimera peut-être plus pour ça.
« Veux-tu un bain, ma douloureuse tempête ? Un bain chaud avec ces huiles du Maroc, celles qui sentent presque aussi bon que toi. Après, on ira le trouver, celui qui a osé s'en prendre à toi. Je te promets sa tête sur un plateau. » Douces fadaises comme il lui en dit souvent, doit-elle penser. Paul se veut poète et parle trop, manie les mots à défaut d'avoir encore le visage d'un homme jeune et beau à offrir au monde. Il promet en métaphores et ne délivre que des déceptions. Pas cette fois. Cette fois, ce qu'il lui promet, elle l'aura.
Il suffira de le trouver. Paul ne peut se résoudre à l'idée que tout ceci, cette déchéance impossible soit le fruit du destin, de la simple nature qui se serait soudain trouvée marrie d'avoir créé pareille perfection ; il n'accorde pas au monde de tels pouvoirs. Il a vu les merveilles et les horreurs que peut receler la Terre et sait qu'il n'est aucune magie aussi puissante que celle de la nature, il sait aussi qu'il ne peut accepter d'avoir face à lui un ennemi impossible à combattre. Alors il n'accepte pas, il refuse tout net que tout cela puisse n'être qu'une maladie sans cause réelle, une déliquescence inéluctable de celle qu'il aime. Il y a un coupable, et il le trouvera.

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