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mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)

Revelio

MessageSujet: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Mer 21 Fév - 2:37

La brume flottait dans l’air humide et froid d’un petit matin de mai 1926. Quelques oiseaux pépiaient sur des branches d’un arbre où les bourgeons poussaient tout juste. La vie reprenait ses droits sur la nature, semblait-il. Tu parles., songea avec amertume la silhouette qui arrivait aux abords du cimetière sorcier de Berlin, protégé des intrusions et d’actes de vandalisme par un repousse-moldus puissant. Ça tombait bien que sa mère soit morte avant son père, sinon Ruth n’aurait jamais pu se recueillir sur la tombe de son époux. Dire que c’était ce que les soldats allemands appelaient la Fièvre flamande qui avait tué Ruth Sternberg était un gros problème, parce que c’était définitivement reconnaître que c’était une Moldue pur jus, même pas une sorcière née-moldue, non, une Moldue. Rien que cela était toujours dur à accepter pour Anke qui avait subi pendant son enfance le manque de compréhension de sa mère face aux manifestations magiques naturelles chez un enfant. Le problème d’être l’ainée, dans une union pareille, sans doute.

Chassant ces considérations de son esprit, la silhouette ferma la grille derrière elle et commença à avancer dans les allées désertes du cimetière. En même temps, vu l’heure, ça devait être elle qui pouvait paraître suspecte à y être de si bon matin. Elle avait revêtu une tenue assez passe-partout pour des sorciers et avait mis un feutre rouge bordeau sur sa tête, dont les bords assez larges et mous permettaient de dissimuler son visage de loin. Autant dire que c’était ça ou utiliser le polynectar -elle en avait une fiole sur elle, avec une mèche de cheveux, au cas où il fallait qu’elle change d’apparence en vitesse. Mais pour l’heure, elle avait fait le choix de se montrer telle quelle au vieil ami de son père, à qui elle avait donné rendez-vous sur la tombe d’Alfons et Ruth Sternberg à huit heures du matin. Il était vieux, il serait certainement déjà levé, avait-elle préjugé. De toute façon, elle dormait peu, elle ne voyait pas pourquoi elle en aurait fait autrement. L’intérêt est qu’il n’y aurait pas grand monde dans le coin, et qu’importe si cela en devenait louche.

La tombe n’avait pas été visitée depuis quelques temps, constata-t-elle en arrivant à l’emplacement prévu. Des vieilles feuilles mortes, ramollies par la pluie des mois précédents, jonchaient la dalle en pierre. Les fleurs étaient fanées. La tombe avait presque l’air abandonnée. Maudit soit Till, s’agaça Anke avant de sortir sa baguette pour arranger l’aspect de la dernière demeure de son vénéré père. Vénéré, mais dont elle avait trahi les idéaux et les espoirs pour les Sorciers et les Moldus, certes. Il était mort depuis longtemps, il n’était jamais revenu hanter les siens, trop soulagé de retrouver sa dulcinée dans la mort, et il ne pouvait donc pas savoir qu’elle avait bafoué une grande partie de ce qu’il lui avait inculqué pour embrassé pleinement la cause de Grindelwald et tenter un coup d’État.
Elle qui faisait la fierté du son géniteur avait réduit à néant ses efforts peut-être. Mais cela valait le coup, elle en était persuadée. Et si elle venait sur la tombe d’Alfons Sternberg, pleine de cette arrogance qui la poussait à se montrer à visage presque découvert dans un Land où on voulait sa tête, c’était parce qu’elle était persuadée que son invité serait du même avis qu’elle.

La grille du cimetière grinça au loin, dans le silence presque sinistre du cimetière et elle suivit des yeux la silhouette du grisonnant personnage tandis qu’il s’approchait. La baguette était encore dans sa main : elle préférait rester prudente ne serait-ce que quelques instants encore avant d’être certaine que c’était lui. D’ailleurs elle l’accueillit avec toute la tendresse qu’une fille peut faire à un homme ayant presque agi comme un oncle -graveleux certes- pendant des décennies : la baguette pointée vers lui, elle l’interrogea un peu abruptement : « Quel est le premier sujet de discussion sur lequel nous sommes tombés d’accord, Herr Lindemann ? »

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Jeu 22 Fév - 20:22

Paul ne transplane plus depuis longtemps. Trop fatiguant pour son vieux corps, trop d'effort. Il ne le dira pas, il ne le dira jamais, mais il a toujours peur de ne pas se retrouver au bon endroit, ou qu'un accident sépare sa tête du reste de son corps. C'est arrivé, il paraît. Une légende urbaine qui se propageait à Durmstrang quand il était môme racontait cette histoire d'un vieux sénile qui avait tenté de transplaner et avait perdu le fil de sa pensée en plein milieu de l'opération. Un bout de cerveau là, une jambe ici. C'était vilain à voir, encore pire à entendre. Les gosses se faisaient un plaisir de raconter ça avec force détails et embellissements tous plus répugnants les uns que les autres. Pendant longtemps, Paul s'en est bien fichu de toutes ces histoires et gamineries qui n'avaient sans doute aucun fondement réel. Maintenant que son esprit commence à le trahir de plus en plus souvent, il ne prend plus le risque.
Quand il a reçu la lettre d'Anke, il s'est posé la question de ce qu'il allait faire. La rejoindre, quitte à tomber dans un piège ? Bah. Personne ne trouverait à un vieillard un peu tourneboulé un quelconque intérêt politique, encore moins un intérêt suffisant pour vouloir le tuer et si la jeune femme le désirait, elle n'aurait aucun besoin de lui tendre un piège. Paul n'a jamais été un grand sorcier ni un grand duelliste, ses meilleures qualités se trouvant être plus futiles que des talents magiques. Non, ça n'aurait eu aucun sens. Jamais elle n'irait gaspiller des ressources, du temps, de l'énergie à lui tendre un piège, quand il aurait été si facile d'envoyer quelqu'un le tuer si tel avait été son désir. Donc Paul n'a pas peur. Pas d'elle, en tous cas.
Pour elle, ça... ça, c'est un autre sujet.
Il n'a pas de nouvelles depuis longtemps. Depuis le coup d'Etat qu'elle a orchestré avant de filer se carapater loin des forces de l'ordre. Au début, il était fier de cette jeune fille qu'il a vue grandir, il se disait qu'ils avaient décidément beaucoup en commun ; et puis il s'est avéré qu'elle faisait partie de l'Einsicht. Ça, il ne lui a pas pardonné. Il ne sait pas s'il y arrivera. Il tient à elle malgré tout, il s'inquiète d'elle, ne veut que son bien. Ce serait plus simple si le bien d'Anke Sternberg et celui du monde tel qu'on le connaît pouvaient s'accorder.
Alors, puisqu'il n'a pas peur, puisqu'il n'y a aucune raison d'avoir peur, il a créé un Portoloin, passé son long manteau émeraude en laine bien chaude et son écharpe en cachemire à motifs ramenée de Turquie, et il est parti. Personne n'est réveillé, à une heure si matinale, dans la maison du vieux Paul Lindemann. Lui rejoint le monde des vivants aux aurores mais insiste pour que les serviteurs et le Majordome lui-même se permettent de roupiller aussi longtemps qu'ils le désirent. Ce sont quelques heures qu'il peut voler aux temps, quelques heures passées dans la solitude de ses draps sans une armée de domestiques fourmillant derrière les portes et aux détours des couloirs, l'esprit jamais trop loin des ragots. Personne ne l'a vu partir. Peut-être le Majordome. Le Majordome voit toujours tout. Mais il ne dira rien, n'est-ce pas ? Il ne peut pas savoir exactement où son maître se rend. Il ne peut pas le savoir. Même s'il le savait... Pas de raison de s'inquiéter. Aucune raison.

Il perçoit la silhouette à contrejour, en dessine les contours. Sa vue n'est plus ce qu'elle était, il n'a plus les yeux d'aigle du jeune homme parti à l'aventure en Amazonie et en Afrique du Sud, mais il reconnaîtrait entre mille l'élégance et la force qu'Anke porte avec elle où qu'elle aille. Dans le silence du cimetière désert, elle fait figure d'oiseau de mauvais augure, penchée sur la tombe de l'homme qu'elle a trahi.
« Bonjour, Anna, » sourit-il en arrivant à son niveau. Quand il a connu son père, feu Alfons Sternberg, elle était encore petite. Alf parlait de sa fille comme de « la petite Anna », son trésor, sa fierté, la deuxième femme de sa vie. Paul n'a jamais vraiment perdu l'habitude de l'appeler ainsi, même maintenant qu'elle est sans doute la criminelle la plus recherchée d'Allemagne. Peu importe. Elle restera toujours un peu la petite Anna.
Et la petite Anna est devenue méfiante, l'interroge, cherche à s'assurer que c'est bien lui. Ça le fait rire. Qui irait se faire passer pour un vieux croulant pour assister à un rendez-vous dont il est seul à connaître l'existence ?
Il rit, lève les mains en signe d'apaisement, prend le temps d'ôter son chapeau pour la saluer comme il se doit. Elle est peut-être une hors-la-loi, un assassin, un monstre ; elle reste une dame et on ne reste pas coiffé devant une dame.
« Le Quidditch, bien sûr. Sport de cons, » rit-il en secouant la tête. « Des abrutis en balai qui volent après une ba-balle pour la jeter dans des cercles. » Paul n'a jamais été très amène sur le sujet du Quidditch. Ça ne s'est pas arrangé avec l'âge.
Il laisse ses mains retomber à ses côtés après avoir replacé le chapeau sur sa tête. La politesse, c'est bien, ne pas avoir trop froid aux cheveux, c'est encore mieux. De toute façon, passé un certain âge, ça devient ridicule de s'emmerder un peu trop avec les convenances – et il est fort probable qu'elle n'en ait plus grand-chose à faire non plus.
« Je suis content de te voir. Perplexe, aussi. » Il jette un œil à la tombe fraîchement nettoyée et un éclat de tristesse passe sur son visage. Alfons. Vieux copain parti trop tôt, vieux copain trahi par sa fille qui a fait le choix d'une voie inhumaine et répugnante. Pourquoi ? Hait-elle donc sa mère à ce point ? À la connaissance de Paul, elle n'a aucune raison de le faire, mais il sait bien que certaines familles peuvent sembler parfaites et dissimuler de noirs secrets. Il ne comprend tout de même pas ce besoin de faire payer à toute une population ce qui ne concerne qu'elle. « J'aurais pensé que ton frère viendrait fleurir cette tombe à outrance. J'imagine qu'il a mieux à faire. Et toi, Anna ? Comment se fait-il que la femme la plus recherchée du pays ait le temps de venir se recueillir sur la tombe de son père avec un vieil ami ? »

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Sam 24 Fév - 0:17

Anna, l’appelle-t-il. Si elle y voit une marque d’affection, elle y décèle aussi un ton un peu paternaliste, et elle a bien envie de faire savoir à celui qu’elle considère comme son oncle qu’elle a passé l’âge d’être infantilisée. Pour autant, elle se tait, pas la peine d’être insultante dès la deuxième parole qu’elle lui adresse. D’autant plus que c’est bien lui, à l’appeler Anna et à cracher sur le Quidditch avec autant de dégoût et de mépris. C’est bien son oncle.
Le bras tendu s’abaisse, la baguette rejoint l’étui, un peu plein pour une si brumeuse matinée -ben oui, deux baguettes dans un étui prévu pour une seule, forcément, c’est serré. C’est qu’elle préfère se préparer au pire, plutôt que de tomber dans un traquenard. Ce n’est pas tant qu’elle craignait ce que ferait son interlocuteur, mais plutôt ce qu’on pourrait faire à son égard à lui, comme par exemple le suivre. Les bras se croisent et elle pousse du bout de sa bottine une touffe de mousse arrachée par son nettoyage magique. Elle ne le regarde pas vraiment, ne sait pas vraiment quoi dire. Tout ce qu’elle lui a envoyé, c’est un hibou où elle disait qu’elle avait besoin de le voir et que s’il voulait bien se rendre disponible pour elle, elle serait sur la tombe de son père le lendemain de la réception de cette lettre. Elle n’a rien signé, consciente qu’il reconnaîtrait probablement son écriture, et elle avait envoyé une chouette.

C’est lui qui reprend le premier la parole, lui annonce qu’il est content de la voir mais incertain de ce qu’il doit en penser. Ses yeux remontent sur le visage du vieillard et elle y perçoit, aiguisé comme un poignard, le passage de la placidité à la tristesse. Anke fronce un instant les sourcils, craignant que le vieux ne se mette à pleurer. Et pourtant, ce serait mal connaître Lindemann, qui se reprend alors qu’elle se remet à regarder autour d’eux, scrutant la brume pour y repérer une éventuelle silhouette intruse. La mousse gît au sol, retournée, l’extrémité de l’escarpin terreuse désormais. Elle ancre ses prunelles sur des futilités pour ne pas le regarder. Elle se doit d’être forte. Ce n’est pas parce qu’on est en mai, à peu près à la date anniversaire de la mort de son père, qu’elle doit se laisser aller. Ce n’est pas ce qu’on attendrait d’elle. Sauf qu’on n’attend plus rien d’elle, à part peut-être Till, ce fumier, qui ne doit espérer qu’une chose, qu’on la saisisse pieds et poings liés et qu’on la traine sinon devant la justice, au moins devant lui pour qu’il lui fasse payer au centuple ce crime qu’elle a commis et qui plane au dessus des têtes des Sternberg comme un vieux spectre qu’on essaie d’oublier.

La bile remonte quand Paul mentionne ledit cadet, sans toutefois prononcer le prénom honni. Bien lui en prend, de ne pas proférer ce nom, car déjà sans cela, elle serre les poings, les doigts s’enfoncent contre la chair de ses bras et le regard se durcit, tandis qu’elle répond, amère, courroucée, forte de cette pensée juste qu’elle croit détenir : « Till n’est rien qu’un pleutre. Il croit probablement que je suis allée jusqu’à maudire la tombe de nos parents pour l’empêcher de s’y pointer. » Un ricanement accompagne ces mots tandis que le palpitant s’enserre. Peut-être aurait-elle dû le faire, tiens. Mais non. L’éclat de rire s’efface et elle redevient grave : « Quant à moi… » Songeuse un temps, elle laisse les termes de son oncle rouler dans sa caboche et s’infiltrer progressivement dans ses synapses. Est-il vraiment encore un vieil ami ? Ou bien se qualifie-t-il ainsi à l’égard du défunt visité ? Il ne l’a désignée que par les termes « la plus recherchée », pas de « criminelle ». Peut-être y a-t-il un rien d’espoir qui est autorisé ? De ses iris sombres, elle ausculte l’ancien qui lui tient compagnie. Il est tranquille, dans son grand manteau émeraude, se tenant bien droit. Elle se serait attendue à le voir voûté, à croire qu’en cinq ans, il aurait pu en prendre vingt, trente. « Il était logique que je vienne un jour ici. » Elle écarte les bras, embrasse en substance le cimetière, ce champ de morts sereins, loin de tous ces massacrés par la Monstrueuse. « On ne me recherche plus aussi intensément qu’auparavant, j’ai considéré que je pouvais venir présenter mes respects à mon père. » Elle laisse volontairement sa mère en dehors de l’histoire. C’est à peine si elle a eu une pensée sincère pour elle en s’inclinant devant la tombe à son arrivée. C’est à cause d’elle, de cette Moldue, qu’elle a perdu Alfons Sternberg, mentor et supérieur, à cause de Ruth qu’elle a grandi en se croyant détestée par sa génitrice, sans pouvoir comprendre que tout ceci était nouveau et déconcertant. C’est un traumatisme de l’enfance qu’elle taira toute sa vie, qu’elle ne pourra même pas reconnaître, à vrai dire.
Elle se détourne de la tombe, les mains qui se tiennent dans son dos, et à travers la brume, elle cherche les hauteurs de l’Hôtel Sternberg, invisibles aux yeux Moldus, connues exclusivement des Sorciers. Si elle ne peut les distinguer, alors on ne peut la voir, debout à côté de cette tombe délaissée. Tant mieux. « De toute façon, il fallait bien que quelqu’un passe nettoyer la tombe, vu que le félon ne daignera pas s’en occuper. » Pas un mot sur les autres, Till cristallise toute sa haine farouche. Un soupir, les mâchoires se décontractent tandis qu’elle se force à la détente. « Merci d’être venu, je n’étais pas sûre que tu acceptes de me rencontrer. » Elle dit ça, mais intérieurement, elle comptait sur lui plus que quiconque au monde. Parce qu’elle est persuadée qu’il peut la comprendre, voire la soutenir. « Je suis contente de te voir, moi aussi. » J’avais besoin d’un visage amical, tutélaire même, pourrait-elle ajouter. Mais elle ne le dira pas, parce qu’elle est trop fière pour le reconnaître, même du bout des lèvres. Elle s’approche et finit par lui prendre le bras, pour l’entraîner vers un banc un peu éloigné : « Allons nous asseoir, j’en ai assez de rester debout. » Une gentille attention pour le vieux ? Peut-être, peut-être pas. Peut-être qu’effectivement elle commence à se dire que faire le pied de grue sans bouger pourrait devenir suspect.

Une fois posés, elle continue de lui tenir le bras avec douceur, chose dont peu penseraient qu’elle est capable, à cette période de sa vie. Elle semble redevenir la Anna qu’il a connue avant même qu’elle sorte de Durmstrang, cherchant des conseils, estimant son avis. « Qu’est-ce que tu as entendu sur ce qu’il s’est passé à Nuremberg ? » Le sous-entendu est évident, elle parle bien évidemment de cette tentative de coup d’État ratée. Voilà, elle commence à entrer dans le sujet redouté, qui concentre toutes les possibles crispations de leur relation jusque là amicale et apaisée. Elle espère voir ses attentes confirmées, mais redoute le contraire en même temps. Quant à savoir comment elle pourrait réagir, c’est encore une autre paire de manches.

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Dim 25 Fév - 12:06

Pleurer, ce n'est pas le genre de Paul. On l'a éduqué à l'ancienne, à la dure, et les garçons ça ne pleure pas, ça reste droit, ça ne montre pas d'émotions. Le temps l'a adouci. Autrefois, à Durmstrang, il aurait peut-être ri au nez d'Anke, il l'aurait moquée pour ses émotions si visibles dans ses poings qui se serrent et les coins de sa bouche qui se tirent, il aurait ricané de pouvoir si facilement prendre prise sur elle. Paul n'a pas toujours été un gentil papy. Mais aujourd'hui, ce qu'il éprouve à l'endroit de sa nièce à la colère flamboyante n'est ni de la pitié, ni de la condescendance, et encore moins de la moquerie. Il comprend. Le sentiment de trahison, il le connaît bien, il a dansé avec toute sa vie en perdant un par un les gens auxquels il tenait, et il comprend. Même si elle est la cause de sa propre chute, elle a toutes les raisons d'en vouloir à Till, d'en vouloir à son frère qui ne la soutient pas.
Un frère qui n'est jamais venu sur la tombe de son père. Paul effleure la pierre tombale du bout des doigts, absorbé dans des pensées telles que seuls les vieux sont capables de formuler, des pensées tortueuses et emmêlées qui n'ont de sens que pour lui. Près d'un siècle de mémoires se sont entassées dans son vieux crâne, se sont mêlées et emmêlées et démêlées, ne laissant derrière elles qu'une grosse pelote de songes qui n'a ni commencement ni début. Il ne sait plus placer chronologiquement les années passées avec Alfons, leur amitié, leur profonde complicité. Est-ce que c'était avant la guerre ? Après ? Pendant ? Le temps ne compte plus, quand on a tant vécu.
Seule compte l'émotion qu'il ressent encore à la voir, elle, sa petite Anna, perchée sur la tombe de son vieux papa. Elle voit du paternalisme dans la façon que Paul a d'utiliser son vieux surnom et peut-être n'a-t-elle pas tort, peut-être devient-on un peu condescendant avec l'âge ; il n'en a pas conscience. Pour lui, elle est simplement toujours quelqu'un qu'il apprécie, qu'il estime, qu'il veut protéger. Leurs idéaux divergent et, dans d'autres circonstances, il serait sans doute sur la liste des gens qu'elle souhaiterait éliminer – mais ça ne change rien. Pas pour lui. Il y en a eu d'autres, des trahisons, des différences d'opinion. D'autres personnes aimées et perdues, rendues tout entières à la cause du Plus Grand Bien. Il a eu le temps de pondérer sa réaction vis-à-vis d'Hilda en 1921, de se poser des questions, de se dire que peut-être il aurait pu agir différemment. Trop tard pour s'excuser, trop tard pour réparer ce qu'il a brisé avec sa belle vélane, mais il peut encore changer les choses avec Anke.
« C'est noble de ta part, » murmure-t-il lorsqu'elle termine d'expliquer les raisons de sa présence. Noble de risquer sa peau pour présenter ses respects à son père. Pas à sa mère, il n'a pas manqué de noter l'absence criante de Ruth dans les paroles de sa nièce. Les difficultés entre la jeune femme et sa mère moldue ne sont pas bien difficiles à comprendre pour quiconque a un peu de jugeotte et Paul s'aventurerait même à penser qu'elles sont à la source de certaines des opinions actuelles d'Anke, non qu'il oserait exprimer cette psychologie de comptoir à voix haute. Ce n'est pas nécessaire, de toute façon. Elle a ses raisons d'avoir fait ce qu'elle a fait, Ruth avait les siennes, tout comme Paul a son propre agenda. Il sait trop bien à quel point il serait futile de tenter d'aller contre le courant. Les femmes Sternberg ont beaucoup trop de caractère pour écouter quiconque tenterait de les raisonner, de toute manière.
Il suit le regard d'Anke vers l'Hôtel Sternberg. Pincement au cœur. Il ne sait plus vraiment où placer ce souvenir. Alfons et lui, discutant des nouvelles mondiales. Lui, le cigare au bec, un journal sur les cuisses, imitant sans grâce les personnalités politiques sur les photographies qui s'offusquent de son geste absurde. Anna était encore petite. C'était il y a longtemps, c'était avant.

Elle est contente de le voir. Il sourit un peu, baisse les yeux. Il n'était pas sûr que ce serait le cas. Pas sûr de ne pas être une des cibles de l'Einsicht. Il est à peu près certain d'être en sécurité, ne serait-ce que parce qu'il y a des personnes au sein de la terrible organisation pour qui sa vieille existence compte encore un peu, mais sait-on jamais. Paul ne sait plus distinguer sa paranoïa génétique et culturelle de la réalité des choses, plus maintenant que son esprit s'embrume chaque jour un peu plus. Il n'est même plus très sûr de savoir contre qui se dressent les forces de Grindelwald. Ça n'a plus d'importance. Tout groupe qui décide un jour ou l'autre que certaines personnes sont inférieures à d'autres est par essence opposé à tout ce qu'il représente, lui, le vieux Juif accroché à son héritage comme au fil de sa vie.
« S'asseoir – c'est une bonne idée, oui, » acquiesce-t-il avant de la suivre jusqu'au banc où elle a choisi d'élire domicile temporairement. Ses vieilles articulations craquent et claquent comme il abaisse son grand corps sur le siège, grincent les articulations qui n'ont plus l'habitude des génuflexions. Pas de douleur, pas aujourd'hui, même s'il fait froid et humide. Il fait toujours un peu froid et humide, maintenant qu'il est seul. On s'y fait.
Mais sa petite Anna lui tient le bras et pendant quelques instants, il revient à leurs premières discussions, à leurs débats houleux sur tout et n'importe quoi, au Quidditch qui les a enfin réunis, au sourire qu'elle pouvait avoir à l'époque. Il pose la main sur la sienne, lui tapote gentiment les doigts, la regarde avec toute l'affection du monde. Il n'a plus grand-chose, le vieux Paul. Les rancoeurs d'autrefois et les décisions hâtives l'ont isolé de bien des gens, de beaucoup de ceux qu'il a aimés. Perdue, la vélane aux cheveux de feu, perdu, le filleul acide et blessé dans sa fierté. Alors même si la petite Anna est devenue la redoutable Anke, il veut se bercer un peu de l'illusion qu'il peut la garder.

« Nuremberg, hein ? » Bon sang, le temps, le temps qui s'effiloche et s'entortille et le laisse perplexe, le temps ne lui laisse pas le loisir de se recomposer, de se souvenir de quoi elle parle. Nuremberg. Il y a beaucoup de choses, à Nuremberg. Il y a Konrad et Elja, la belle Elja auprès de qui il a passé de nombreuses nuits. Nuremberg.
Le souvenir lui revient comme un flash lumineux et il ferme les yeux, submergé un instant par la réalisation. Le Coup d'Etat atrophié, interrompu par Till au dernier moment, le jour qui a vu Anke tout perdre. Il se souvient. Mal, mais il se souvient. Il s'est toujours un peu demandé si Konrad avait quelque chose à voir là-dedans, après tout, ça aurait un certain sens. Mais qu'est-ce qui a encore du sens, quand on est un vieux sénile ? Il se morigène en silence des errances de son esprit, de la difficulté atroce qu'il ressent à remettre les choses dans le bon ordre, au bon endroit. Le silence s'étire, s'étend, et il craint qu'Anna ne le voie comme un reproche tacite de sa part, alors il reprend la parole.
« Je sais que tu as voulu effectuer un Coup d'Etat. Que ton frère t'a devancée, a déplacé le gouvernement à Berlin, et que le Parlement de Nuremberg a brûlé. Que tu as dû partir. » Il sait qu'on lui a dit d'autres choses, que peut-être il connaît des éléments clé de l'événement, mais tout ça lui échappe. Il secoue la tête, comme s'il essayait de ramener les souvenirs à la surface, sans succès – alors il choisit l'honnêteté. « Tu sais, ma petite Anna, ma mémoire n'est plus ce qu'elle était. Je ne sais plus vraiment ce qui s'est passé, en-dehors de ça. C'était l'année... » 1921. Voilà, ça lui revient. Il comprend mieux pourquoi tout est flou. « C'est l'année où Hilda et moi... Enfin, j'ai beaucoup... oublié. »
Autrefois, Paul n'aimait pas avouer sa faiblesse. Paul aimait qu'on le voie comme un grand homme plein de courage et de force. Aujourd'hui, il trouve que tout ça c'est des conneries et que bordel, il a bien le droit de dire qu'il est trop vieux pour se souvenir des choses, que la souffrance lui a pris un peu de sa mémoire, et que c'est comme ça. Pas de honte à avoir. La honte, c'est pour les jeunes.
« Si ta question est réellement qu'est-ce que Paul pense de tout ça, à vrai dire, pas grand-chose. Je sais que ça me dépasse. Que je ne sais pas la moitié des intrigues qui ont mené à ce moment. Et si tu te demandes si je te dénoncerai, si je t'en veux, non. Je ne comprends pas, je ne cautionne pas, mais tu restes ma petite Anna. »

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Mer 28 Fév - 9:48

Assise à côté de Paul, Anke essaie de se souvenir de la première fois où elle l’a vu. Elle devait encore être toute petite, et déjà la prunelle des yeux de son père : quatre ans, peut-être cinq. Cinq, plutôt. Alfons était déjà en train de lui apprendre à canaliser un peu ses accès magiques et elle arrivait à ne plus faire voler tout et n’importe quoi dans l’hôtel Sternberg. Paul lui avait fait peur au départ, un grand monsieur avec des costumes pleins de couleurs variées -pas du tout criardes pour l’enfant qu’elle était, et un rire sonore à en faire presque trembler les murs. Elle retrouve encore dans ses traits vieillis quelques détails perdus dans sa mémoire. Les regards se croisent, la main de Paul sur la sienne qui tient son bras, et elle lui sourit, sincèrement, tendrement. S’il est un vestige de son passé plus reluisant, il est un vestige qu’elle veut conserver dans sa vie, quitte à délaisser un moment ses idéaux destructeurs. Et pourtant, pour ce qu’elle se souvient de leurs conversations d’adultes, déployées au fur et à mesure qu’elle avait grandi avec cet homme dans le paysage familial, elle redoute qu’il n’approuve pas son orientation politique et idéologique, alors elle interroge, sans vraiment mettre de mots sur son action répréhensible. Il n’y a qu’à lui qu’elle demande peut-être un pareil jugement. Probablement parce qu’elle n’a plus personne de neutre à qui demander son avis.

Bien sûr, dès lors qu’elle ne sera plus avec le vieillard, elle redeviendra implacable, elle le sait, elle n’en conçoit aucune honte. Mais tant qu’à profiter un peu de la compagnie de Paul, autant s’adoucir un instant. Elle pose sa tête chapeautée sur l’épaule de son voisin et laisse son regard errer sur les tombes étendues à leurs pieds, en allées qui semblent interminables. Ce faisant, le paysage s’efface presque à ses yeux pour laisser quelques images de cette soirée ratée filer devant ses yeux. Elle se souvient tandis qu’il parle, tout s’était bien goupillé, le plan fonctionnait, les forces étaient prêtes, Konrad avaient réglé cette machinerie du diable à la perfection -et tous deux étaient capables du pire comme du meilleur dès lors qu’ils œuvraient à la même issue, leur éviction conjointe systématique de certains du classement de la classe étoile était un pacte qui le prouvait. Et Till, ce maudit Till, cet amagique, cet imbécile… Le fil de souvenirs se brise quand Paul avoue la disparition progressive de certains souvenirs, et Anke se redresse pour contempler celui qu’elle avait appris à admirer révéler sa faiblesse. Une pression sur le bras de Lindemann, elle comprend, elle ne sait pas vraiment quoi dire à ça. C’est probablement pour cette raison qu’elle ne retient pas immédiatement le nom d’Hilda, loin d’imaginer qu’ils ont pu partager une amante, à quelques années d’écart. Elle soupçonne qu’il s’agit d’une femme de la bonne société, oubliant un moment qu’elle l’avait pourtant bel et bien vu à une réception de Durmstrang avec la cantatrice renommée à son bras.

Elle pourrait lui assener un badin Ça arrive, mais elle se tait. On ne rejette pas au loin des tracas, pas par une phrase aussi insignifiante. Elle a été bien élevée  pour savoir ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Bon, elle l’a omis quand elle a suivi ses pulsions meurtrières et s’en est prise à des gamins de quatre et deux ans, et ce poids la suivra jusqu’à sa mort, mais elle s’est persuadée que ceux de sa fratrie qu’elle avait tant meurtris l’avaient cherché et n’avaient eu que ce qu’ils méritaient. Elle n’en parlera pas. Elle ne posera pas cette question à Paul, notamment parce qu’elle est en paix avec elle-même sur ce funèbre sujet de népoticides. Elle veut connaître la position politique du vieux Lindemann, et seulement celle-ci. Et lorsqu’il la clarifie, elle respire vraiment, un souffle profond, soulagé.

Ça la surprend elle-même, qui ne pensait pas que l’avis de ce vieillard graveleux compterait autant pour elle. Mais en même temps, si elle réfléchit vraiment, Paul a toujours été présent aux grands moments de son existence, de sa carrière, de sa vie. Présent, et par sa présence, avait validé aussi l’importance de ces moments. Elle se presse de nouveau contre lui, et va même jusqu’à déposer un baiser sur la joue de son oncle.
C’est qu’elle est rassurée, à vrai dire, plus qu’elle ne l’aurait prévu : rassurée de trouver en Paul un pilier de l’existence, un homme qui se maintient malgré les actes qu’elle a dû réaliser, malgré sa disgrâce, malgré son déclin. La grande Anke n’avait pas besoin qu’on valide ses actions, mais la petite Anna, encore présente dans une partie de son âme, se détend. Sternberg considère peut-être qu’à travers la figure tutélaire de l’Autrichien, c’est un peu le regard du père qui s’apaise. Car elle sait, elle sait que ce qu’elle applique, ce qu’elle croit, ce qu’elle défend, n’est pas un ensemble de valeurs qui correspond à ce qu’on lui a inculqué quand elle était jeune. Anke ne se leurre pas, elle vient aussi sur la tombe de son père pour lui assurer, silencieusement, qu’elle rendra sa grandeur à leur famille, même si elle a dû opérer quelques ajustements.

« Merci… », finit-elle par reprendre alors que le silence s’était installé entre eux depuis les derniers mots de Paul. « Merci pour ta sincérité, je savais que je ne pourrai trouver ça qu’avec toi. Je suis navrée d’apprendre que tu n’approuves pas ce que j’ai fait, mais je m’en doutais un peu. » Tant qu’elle reste sa petite Anna, ils peuvent bien être en désaccord sur certains sujets. Ils n’ont pas toujours été du même avis, de toute façon, et ça ne les a jamais empêché de se retrouver du même bord sur d’autres questions… Peut-être qu’ils trouveront de nouveaux points d’entente politique à terme. « Quand je pense qu’il a fallu brûler le Parlement de Nuremberg pour que Berlin devienne le centre politique de l’Allemagne… », grogne-t-elle, « crois-tu que, sachant cela, c’est ce qu’Il aurait fait ? » Il est évident qu’elle désigne son père, Alfons Sternberg, assez peu scrupuleux pour de nombreuses choses qui avaient permis de maintenir Berlin en position de force parmi les quatre Lander, mais scrupuleux tout de même. Il aurait certainement veillé à ne tuer personne. Mais quand même, elle qui n’a commencé à assister -et participer- aux discussions politiques entre Alfons et Paul qu’à son retour de Durmstrang, elle se demande si son père aurait pu en venir jusque là. Si elle n’a pas encore un peu de la ténacité paternelle dans ses veines, si elle peut encore -toujours- se réclamer sincèrement de lui, de ce père amoureux d’une Moldue. Elle s’assombrit, et sent que le sujet risque de devenir glissant, donc elle suggère : « Passons… Qu’est-ce que tu fais de beau, en ce moment, à Berlin ? Toujours des réceptions à n’en plus finir ? » Qu’il lui parle un peu de cette vie de mondanités qu’elle a quitté pour se terrer dans ces foutues catacombes.

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Jeu 1 Mar - 17:12

Il y a le sourire d'Anna, la tête d'Anna sur son épaule. C'est difficile, en ce moment précis, de se souvenir qu'elle est une femme cruelle et dangereuse dont les journaux parlent comme d'une criminelle qu'il faut à tout prix attraper. Difficile de voir autre chose en elle que cette petite fille qui avait un peu peur de lui et se cachait à demi derrière son père en le fixant d'un œil curieux, il y a bien longtemps, trop longtemps peut-être. A-t-elle oublié ce qu'elle a été ? Paul ne comprend pas. Ne comprend pas comment elle a pu devenir ce qu'elle est aujourd'hui, abandonner aussi radicalement tous les idéaux de son père et se tourner vers des forces aussi obscures. Peut-être qu'il aurait dû le voir venir. Il n'a jamais eu un bon ressenti par rapport à ce Grindelwald dont elle lui parlait dans ses lettres de l'époque, sans vraiment pouvoir dire ce qui lui inspirait tant de méfiance. Il aimerait penser qu'il est en fait très bon juge de caractère ; ses mésaventures passées lui ont maintes fois prouvé que ce n'est pas le cas. Trop protecteur, tout simplement. Il est trop protecteur de cette gamine au caractère de cochon qu'il a prise en affection à la première minute.
Paul laisse échapper un profond soupir et serre doucement la main d'Anna dans la sienne. Dans quelques minutes, quelques heures peut-être, ils se quitteront et elle retournera se terrer dans les ombres, redeviendra la maîtresse d'un jeu d'échec de plus en plus malsain. Maîtresse. Sans doute pas. Grindelwald ne lui a jamais paru le genre d'homme à laisser qui que ce soit d'autre que lui grapiller une once de pouvoir et le tenir entre ses pattes. De là où il se tient, Paul voit la position d'Anke comme une belle illusion, une cage dorée dans laquelle on l'a placée parce qu'elle ne cherchera pas à en sortir. Trop fière, trop certaine. Tout ça, il se gardera bien de le lui dire, il connaît trop le caractère entêté voire buté de sa nièce. Elle ne l'écouterait pas. Ne l'écoutera jamais. Il faudra qu'elle apprenne par elle-même, même si elle doit l'apprendre en chutant.
Le vieil homme tapote la main de sa nièce puis s'échappe un instant de l'étreinte pour allumer une cigarette. Le temps de reprendre contenance. De penser aux questions d'Anke. Est-ce qu'Alfons aurait fait ça ? Non. Jamais. « Je ne suis pas voyant, ma petite Anna. Je ne peux pas te dire ce que ton père aurait fait ou pensé. Mais je crois qu'il n'aurait pas aimé la violence, la menace sur la vie d'autrui. » Les paroles sont dures mais le ton, lui, reste neutre, dénué de tout jugement. Paul a une opinion bien personnelle sur la violence et la juge parfois nécessaire pour faire avancer une cause. On ne peut comparer la violence d'un oppresseur aux réactions d'un oppressé. On ne peut blâmer une femme de tuer celui qui vient de l'assaillir. Lui ne peut pas, en tous cas, parce qu'il sait trop bien ce que c'est d'être du mauvais côté du bâton.
Et du bon, aussi.

Paul n'a pas toujours été un gentil grand-père. N'a pas toujours été celui qu'Anna a connu. De fait, il n'est toujours pas celui qu'Anna pense connaître, et il est tout un pan de lui qu'elle ignore complètement. Lui aussi s'interroge, se demande ce qu'elle en dirait, si elle s'éloignerait soudain de lui et le mépriserait pour ses actes contre-nature, sa façon absurde de jouer avec la mort comme s'il pouvait revendiquer le statut d'un dieu. Les morts ne doivent pas revenir à la vie, c'est la première chose que l'on apprend quand on a un peu de bon sens, et lui a décidé de chercher à dépasser l'interdit malgré tout. Par amour, ce vieux fou a cherché depuis des décennies la recette secrète, sans jamais la trouver. Il y a eu tant de sang versé, dans d'atrocités commises, il ne sait plus vraiment par où il devrait commencer s'il jamais il décidait de lui dire. Mais comment s'y résoudre ? La regarder droit dans les yeux et lui dire Anna, ma petite Anna, ce que je fais à Berlin, c'est que je capture des gens pour pratiquer des expériences magiques sur eux ?
Ha ! Bien sûr. Oh, elle serait bien mal placée pour juger, la jolie donzelle ; elle le ferait sans doute malgré tout. Il est difficile de se départir de l'image que l'on se fait des gens et d'accepter de s'être trompé. Surtout quand on a le caractère obstiné d'Anke Sternberg.
À la place, il choisit de sourire, le regard perdu à demi dans le vague. Berlin. Il aime y résider, là n'est pas la question, les fêtes et les cabarets y sont légion et on y trouve facilement une bouche à embrasser, un ventre à caresser. Il aime la sensation de n'être jamais vraiment seul, de pouvoir chaque jour trouver un nouveau corps chaud pour partager sa couche s'il le désire, malgré l'âge qui le ternit chaque seconde un peu plus. Tout cela, c'est un beau quadrille dans lequel il se laisse volontiers entraîner. Mais il y a tout le reste et la nostalgie d'un pays qu'il ne reverra sans doute jamais, la peur de voir un jour cette capitale qu'il a appris à aimer tomber aux mains de ceux qui lui ont pris Vienne, l'impression de n'être jamais tout à fait à sa place. Ça non plus, il n'en dira rien à sa petite Anna. Elle n'a pas à le savoir.
« Des fêtes, bien sûr, des fêtes tous les soirs si je le désire. On m'appelle par mon prénom dans la moitié de Vivejoie, l'autre moitié ne me plaît pas plus que ça de toute façon. J'essaye de moins sortir, il paraît que c'est mauvais pour ma santé et qu'avec ma hanche, je devrais arrêter de danser. Foutaises. Qu'est-ce qu'ils attendent, tous ? Que je meure de vieillesse ? Comme si c'était mon genre. » Il rit doucement, tire une bouffée de sa cigarette, se laisse aller contre le dossier. « Je mourrai d'avoir trop vécu, comme il se doit. J'avais prévu de voyager à l'étranger sous peu mais la situation politique est tendue dans les pays où je veux aller. Alors pour l'instant, je reste. Et bon sang de bon soir, j'espère bien qu'il va se passer un truc intéressant sinon je vais me fossiliser. »
Paul et l'inactivité n'ont jamais fait bon ménage. Inutile de dire qu'il n'apprécie guère de vieillir.
« Et toi, ma petite Anna ? Je ne te demanderai pas de détails, bien entendu, mais... Es-tu heureuse ? Es-tu bien ? Es-tu aimée ? »

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Mar 17 Avr - 13:41

Posée contre Paul, Anke est songeuse. Elle songe à une autre vie possible, à un mensonge qui aurait pu être mieux maintenu, à un pouvoir qui aurait pu, dû, être renforcé. Elle pense à sa fratrie, éclatée, meurtrie par son fait mais aussi par celui de cet imbécile de Till. Elle songe à ce qu'elle devra faire pour régler ces problèmes une bonne fois pour toutes. Sa main aurait pu trembler à cette résolution, peut-être, quelques années plus tôt, mais le ressentiment est si fort maintenant, et ce des deux côtés, qu'elle est certaine qu'elle n'aura pas le choix lorsqu'il faudra en finir : le tuer ou être tuée. Elle songe encore à ce que Paul pourrait en dire, de cette sale affaire, ce qu'il pourrait penser vis-à-vis des rejetons de son vieil ami défunt. Alors elle l’interroge, évidemment. Le père aurait-il pu en venir à brûler le Parlement ? Aurait-elle de lui encore les inspirations, en plus du sang et des traits qui l’ont désignée immédiatement comme sa fille aux yeux de beaucoup ?

Non.
La réponse arrive, posée, neutre dans le ton, mais porteuse d’un couperet pour les illusions de la Sternberg. Ce n’est pas inspirée par son père qu’elle a fait cela, l’esprit de l’ancien Landgraf ne l’a pas possédée un temps, elle était pleinement maîtresse de ses actes. Son père n’en serait jamais venu à pareille extrémité. Un pacifiste, ou en tout cas, un homme qui aimait l’ordre instauré et ne voulait pas tout soumettre au chaos. Elle n’a pas eu la même sagesse que lui. Une moue déforme un bref instant les lèvres d’Anke, qui les pince et baisse les yeux vers les tombes devant eux. Mh. Elle aurait dû s’en douter. Elle le savait, à vrai dire, elle n’était pas sotte non plus, elle avait vu son père à l’œuvre pendant de longues années, elle connaissait sa façon de penser. Espérait-elle alors que Paul enrobe la réalité ? Non plus. Lindemann a l’avantage d’avoir toujours été sincère avec elle -le croit-elle du moins- et de ne jamais l’avoir épargnée. Alors certes, il entoure ses palabres d’un écrin de douceur, mais il dit les choses, à un moment ou à un autre, et c’est à elle de voir à travers les couches de taffetas et de tulle qui dissimulent partiellement l’horreur et le choc. Elle déglutit, hoche la tête sans mot dire. Elle n’a rien à ajouter à ce qui lui assène avec tendresse le vieillard à ses côtés, il ne fait que mettre des mots sur une sensation qu’elle avait déjà. Qu’une confirmation d’un pressentiment. Elle n’a pas à lui en vouloir pour cela.

Jugerait-elle Paul pour ses expériences sur des cadavres et des gens encore à peine vivants ? Probablement, mais probablement aussi que, l’âme noircie par des années de pratique de magie occulte, elle serait impressionnée, fascinée même peut-être par de tels actes blasphématoires, comme elle l’a été assez vite par la passion enfiévrée de Gellert. Mais c’est une question à laquelle le temps et les circonstances seulement répondront peut-être un jour. Elle voit Paul comme le vieil oncle, figure tutélaire en l’absence du père parti trop tôt, comme l’ami du père qui l’effrayait lors de sa jeunesse, parce qu’il y avait une lueur étrange dans ses yeux, parce que… Elle ne sait plus.

Les souvenirs vacillent tandis qu’elle dirige la conversation vers quelque chose de plus plaisant, qui lui manque un peu, mais pas tant que ça non plus. Les mondanités, les fêtes, et ainsi de suite. Elle ricane avec lui, tandis qu’il lui raconte ses déboires. Paul, mourir de vieillesse ? Elle ne l’imagine même pas mourir, mais il n’est pas immortel, elle le sait bien. Elle se refuse à y penser, et elle occulte ces éventualités, se concentre sur les joies que cette discussion peut apporter, pas sur les peines. Elle ne veut pas quitter Paul sur une note négative, macabre. Elle veut repartir en ayant repris un peu de sa contenance, un peu de son courage et de son endurance. Un sourire étire ses lippes tandis qu’elle couve de ses yeux sombres plein de tendresse -curieux, non ? pour une fois- son voisin qui raille le temps qui passe. Il a encore son piquant légendaire et elle lui souhaite de pouvoir voyager encore une fois ou deux. Elle pourrait renchérir mais il pose une question qu’elle ne pouvait attendre que de lui, mais qu’Anke n’avait pourtant pas vu venir. La petite Anna en elle ne s’en soucie plus vraiment, et la Cardinale se refuse à s’interroger là-dessus.

Est-elle heureuse ? Elle le fixe et cille, le visage qu’elle voudrait inexpressif mais où ses sourcils s’arquent un peu, loin de toute quiétude qu’elle voudrait renvoyer. Comme si s’entendre interrogée sur cet aspect de sa vie la désarçonne, comme si elle n’était pas sûre de la réponse à donner. Comme si…
« Aimée ?… Je… » Elle se tait plutôt que de bégayer qu’elle n’en sait rien. Anke ne peut montrer faiblesse pareille. Elle s’en fiche, pas vrai ? Elle s’en contrefout, de ce qu’on peut penser d’elle. Grindelwald est toujours aussi important dans sa vie, et elle dans la sienne, de cela elle en est certaine et en a des preuves courantes. Mais Grindelwald ne l’aime pas comme Paul le sous-entend, probablement. Elle songe aussi un temps au regard profond que lui lance le Mécaniste, au soutien sans faille de Desmond… Elle reporte ses iris vers le lointain, et hausse les épaules, et se blottit tout contre l’oncle de cœur. Elle remet en place ses barrières, efface ses propres doutes soulevés par ces questions et sourit, un sourire de façade comme ceux qu’elle arborait lors des réceptions d’il y a quelques années. Et, ragaillardie par ce faux rictus enjoué, elle ment effrontément : « On va supposer que non, puisse que personne ne s’est encore présenté devant moi avec une bague de fiançailles et cette question fatidique. » Oh, elle a aimé. Elle a été aimée aussi. Mais l’amour ne dure qu’un temps, elle en a eu la preuve à plusieurs occasions, alors elle ne veut plus y donner d’attention. Les caresses que Walter pose sur son corps dénudé n’ont rien d’une ferveur amoureuse, elle ne se leurre pas là-dessus, non. « Mais tout va bien, mon oncle. Ne t’en fais pas pour moi. » Tout va bien, je n’ai pas besoin de toutes ces fioritures, semble-t-elle ajouter en ancrant ses prunelles dans le bleu des yeux de Paul. « Il y a des choses qui me déplaisent actuellement, mais j’œuvre pour les régler. Pour être entièrement satisfaite. Le bonheur auquel tu fais allusion n’est pas loin. » Et d’ajouter, avec une pression sur la main qui tient la sienne : « Te revoir après toutes ces années me rend vraiment heureuse, si c’était ton orgueil qui te faisait poser la question. » Elle dit ça avec un ton amusé, sincère en prime. Elle raille un peu, parce qu’elle sait bien, au fond, que ça n’avait rien d’orgueilleux, que Lindemann voulait vraiment savoir comment elle se portait, si elle était contente de sa vie. Elle ne peut pas lui mentir et lui dire que tout va bien, qu’elle est parfaitement heureuse du tour qu’a pris sa vie. Elle ferait bien quelques ajustements si le passé pouvait être modifié, mais elle est résignée face à ce qu’il s’est passé déjà. Anke est sincère pour ces dernières paroles : Lindemann reste un phare dans un océan de problèmes et de relations plus ou moins sécurisées et certaines. Le vieux Paul est peut-être un des rares capables d’amener vraiment de la joie dans la vie d’Anke pour l’heure, alors qu’elle a cessé de faire les choses dans une optique de bonheur. La « pursuit of happiness » de ces balourds d’Américains n’est en rien le motto de la Cardinale, qui œuvre simplement à rendre la société meilleure qu’elle ne l’est déjà. Qu’importe être heureuse.

La grille du cimetière couine et une silhouette pénètre dans le champ de vision d’Anke. « Quelle heure est-il déjà ? », demande-t-elle, un peu plus tendue. Elle n’a pas de montre pour une fois, mais la voilà qui, sans que ses gestes ne soient brusques ou suspects, sort d’une poche intérieure de son long manteau une fiole, la débouchonne et y glisse une mèche de cheveux coupée deux jours plus tôt sur une sorcière sonnée brièvement pour l’occasion. Elle secoue le tout, avale et change d’apparence sous les yeux de Paul, tout en surveillant du coin de l’œil la silhouette de la sorcière au loin qui vient fleurir une tombe à l’autre bout du cimetière. Si la couleur de ses cheveux reste assez proche de celle d’origine, ses yeux sont devenus vert fougère et son visage a sérieusement changé d’aspect. Le Polynectar a fait effet assez vite, et Anke qui ne se ressemble plus du tout s’adresse à l’Autrichien à ses côtés : « Ça va, je ne suis pas trop laide ? » avec son sourire en coin qui reste un telltale rictus.

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   Dim 29 Avr - 13:45

Il y a tout ce qu’elle dit et tout ce qu’elle cache. Et Paul est devenu expert quand il s’agit de lire ce que sa nièce dissimule aux yeux du monde.
Des fois, ça lui donne une raison de faire une pause, d’arrêter le cours toujours tumultueux de ses pensées pour se concentrer sur ces enfants qu’il a adoptés et qu’il chérit plus que sa vie même. Elle, Konrad, tant d’autres, certains perdus mais tous toujours aimés. Ils sont tous si semblables, tous partant en guerre avec la fleur au fusil, sans la moindre idée du bordel qu’ils vont foutre dans leurs propres vies.
Le bonheur est quelque chose de compliqué. Quelque chose qui s’entraîne et qui s’atrophie comme un muscle si on ne l’entraîne pas assez. Quand Paul parle d’amour, il ne parle pas nécessairement d’amour romantique ; ce n’est pas le seul qui compte et il a appris qu’il en est de tout aussi intenses et satisfaisants. Vieux naïf, vieil idiot qui croit encore à l’amour comme la force la plus puissante de ce monde. Profondeur des profondeurs qui embellit une vie ou la détruit. Il ne se leurre pas, il ne serait pas l’homme qu’il est aujourd’hui sans l’amour. Il se le répète chaque jour depuis la mort d’Elena, chaque heure, chaque seconde – aimer était une erreur. Aimer a tout dévasté. Et pourtant il souhaite plus que tout à sa petite Anna, à ses enfants, à ses aimés de trouver un peu de place dans leur coeur pour un peu d’amour.
Peut-être que la guerre ragerait plus fort encore si quelqu’un se mêlait d’y ajouter des sentiments, plus qu’il n’y en a déjà. Il a peur de cette possibilité. Il la souhaite. Ne sait plus vraiment.

« Tu sais, ma petite Anna, le mariage est peut-être la chose la moins aimante qui existe. Crois-moi, je l’ai fait trois fois. » Il repense à ses femmes toutes de blanc vêtues descendant l’allée jusqu’à lui, à leur sourire – chacune un sourire différent. Elena était dépassée par les événements, débordée d’amour et de joie. Katarina souriait avec la certitude d’avoir gagné, défiait le monde de la blâmer pour son choix plus que douteux d’époux, au point qu’on l’aurait crue capable de sortir un cigare au milieu du mariage juste pour célébrer comme il se doit. Anke – Anke, il l’a épousée presque en secret, en hâte, dans l’intimité d’une cérémonie sans invités, et elle lui a souri avec la promesse de mondes à découvrir et d’aventures à vivre. Ce sourire qui lui a duré trois semaines.
Et Hilda ? Hilda n’a jamais porté la grande robe blanche et le bouquet, Hilda ne lui a jamais souri comme ça, et c’est tout aussi bien. Il n’aurait pas voulu la posséder. Il n’aurait pas voulu qu’elle lui appartienne.
« Tant que tu auras quelqu’un pour te soutenir et te dire de laisser couler tes larmes quand elles débordent, je ne m’inquiéterai pas. » Et si c’est lui qui tient ce rôle, alors ainsi soit-il. Il y avait un peu d’orgueil dans sa question, quoi qu’elle en pense. Il voulait s’assurer, un peu, qu’elle l’aimait toujours, qu’elle voyait toujours en lui le gentil oncle un peu étrange qui l’avait tant terrifiée aux premiers jours. Pas que par orgueil, pas que – un peu parce qu’il veut pouvoir être là pour elle, la soutenir dans le difficile chemin qu’elle a choisi. Un chemin qu’il n’approuve pas, mais elle n’a pas besoin de son approbation, juste de son soutien. Alors il sait prendre du recul, prendre de la distance, et l’aimer sans intervenir. Il aurait dû apprendre cette leçon plus tôt. « Mais si un jour tu te retrouves seule, si un jour personne n’est là pour te tendre la main quand tu chutes... »
Que dire ? Que lui offrir ? Il sait très bien qu’il n’est pas éternel, peu importe l’illusion qu’il s’en fait. Il a encore de belles années devant lui et peut-être même encore quelques aventures, peut-être une décennie ou deux, on ne sait jamais s’il maintient un régime de vie sain et équilibré – la bonne blague. Mais un jour, il ne sera plus là. Il partira, ira rejoindre ses ancêtres sur une Terre promise dont il n’a jamais pensé qu’elle existait sur cette planète. Le judaïsme n’a pas vraiment de conception de l’après-vie, pas comme le catholicisme, et chacun a son opinion sur le sujet. Lui aime à penser que ce qui l’attend n’est ni beau ni paisible et si possible, pas trop chiant.
Mais ce sera la laisser seule. Et il ne sait pas que lui conseiller. Ne sait pas quoi dire. Il ravale ses derniers mots, secoue la tête et resserre doucement son étreinte autour des épaules de la petite Anna. Je ne veux pas t’abandonner, ma fille, mais un jour il le faudra. D’ici là – j’espère que tu seras heureuse.

Le vieux curieux a bien envie de lui demander ce qui la tourmente, ce qui lui déplaît suffisamment pour qu’elle consente à le mentionner. Quel bien cela ferait-il ? Il ne peut pas l’aider, s’y refusera. Son soutien restera toujours purement émotionnel. Il déteste toujours autant l’idéologie qu’elle brandit fièrement, celle qu’elle a apprise auprès de Grindelwald lui-même. Rencontrer celui-là, voilà qui serait intéressant. Lui dire une bonne fois pour toutes ce qu’il pense de ses manières et de ce qu’il a fait de ceux qui l’entourent. Personne n’a le droit d’influencer ainsi la vie d’autrui sans conséquences – et Paul doute que celles que le mage noir rencontrera en Amérique seront à la hauteur de ses crimes, parce que la plupart de ceux-ci sont inconnus.
Son esprit a perdu le fil et quand il se retourne pour trouver Anke changée, il a un moment de flottement, une question perdue au coin des lèvres. Il la fixe et il a oublié qui elle est, il a oublié ce qu’il voulait dire et faire. Ça arrive, des fois. La mémoire qui joue des tours. Ça ne dure qu’un instant et puis il se reprend, il sourit, force même un petit rire à lui venir.
« Tu pourrais ressembler à un troll que je te trouverais toujours jolie, ma petite Anna, » murmure-t-il tendrement. « Parce que ta beauté, elle est pas ton corps pour moi. Je la vois là, » sourit-il en tapotant la tempe de sa nièce du bout de son index. Dans cet esprit acéré dont elle ne s’est jamais départi. Il espère que ça la sauvera.

Son regard glisse vers la sorcière venue présenter ses respects à quelque parent décédé qui semble éviter soigneusement de se tourner vers eux. Tout le monde a quelque chose à cacher mais il est presque certain que ses secrets à elle n’atteignent pas la cheville des leurs. Les vieilles lèvres ridées se pincent et il soupire, agacé déjà à l’idée de devoir bouger, repartir sur les routes, retourner à Berlin. Il aime les voyages, mais pas voyager.
« Peut-être ferions-nous mieux de nous séparer pour le moment, ma petite Anna. Inutile de courir plus de risques. Mais je te promets qu’on se reverra. Et si un jour tu as besoin d’une main tendue... »
Oh, pas la peine de finir.
Elle sait.

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MessageSujet: Re: mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)   

mieux vaut vivre avec des remords qu'avec des regrets (tonton paul)

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