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Sorry for party rocking

Revelio

MessageSujet: Sorry for party rocking    Dim 25 Fév - 16:29


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite


Les coupes de champagne sont montées en pyramide au cœur d’une composition florale. Le chemin tortueux menant à l’entrée principale est jalonné de flambeaux, donnant au manoir un éclat orangé alors que la nuit dépose son voile. Leopold s’est rapidement accoutumé à cette nouvelle demeure et à ses dizaines de portes fenêtres venant rompre la monotonie de la façade immaculée. Tout cela n’a certes rien à voir avec Boston, encore moins avec New York. D’ailleurs, rien en Alllemagne ne lui rappelle sa terre natale. Une langue rude qu’il s’amuse à singer en appuyant sur les « r », des villes grisâtres sur fond d’usines délabrées, des visages tout aussi tristes et le sentiment universel que la vraie vie est ailleurs. La guerre est passée par là, c’est indéniable. Mais il y a autre chose. La capture de Grindelwald les a tous marqués. Malgré les scènes de liesse auxquelles Leopold a assisté dès son arrivée, les Allemands sont encore perdants, ils le savent, et cette idée leur est insupportable.

Cela fait à peine une semaine que Leopold a posé ses valises et déjà il se demande ce qu’il est venu faire ici. On compte sur lui de l’autre côté de l’Atlantique ; il ne doit penser qu’à ça. Pour résister à l’envie folle de se noyer davantage dans l’alcool afin d’oublier cette situation peu enviable, il a passé les derniers jours à prendre ses quartiers et s’est permis quelques aménagements dans cette maison qu’il ne fait que louer. Déjà, ses riches voisins le regardent d’un mauvais œil, lui l’Américain venu afficher aux vaincus toute la gloire et le narcissisme de son pays.

On l’a pourtant accueilli comme un prince. Réception, photographie et discours de bienvenue. On l’a même présenté officiellement aux Goldschmidt, dont il n’a retenu que l’héritière et son joli minois. Lucia. Ou Lucy. Ou Louise. Quelque chose du genre. Mais peut-être est-ce Iseult. Les nobles ont souvent tendance à s’embourber dans le passé, surtout pour les prénoms. La surprise a dû être de taille de la part des riches familles du pays qui ont reçu une invitation au manoir. Qui invite de parfaits inconnus dans son propre foyer ? Et si chaque Lander a été averti, combien seront-ils ? Cela ne peut être que l’œuvre d’un Américain privilégié, imprudent ou parfaitement idiot.

L’idiot en question sait qu’ils viendront tous. Ils viendront fêter la capture de Grindelwald. En apparence. Surtout, pour leur réputation et leur curiosité, ils ne prendront pas le risque de manquer une réception mondaine. C’est ainsi que les choses fonctionnent. Le smoking à peine enfilé, l’idiot en question savoure déjà sa victoire en échappant un rictus avant de s’accorder deux verres de whisky. Il lui faudra au moins ça pour tenir le coup. Car en plus de marquer son arrivée sur le territoire allemand, cette réception est surtout l’occasion de nouer de premiers contacts. Il y aura des membres du gouvernement, des héritiers, des notables. S’il est chanceux, des opposants au régime auront même réussi à se faufiler jusqu’ici. Des hors-la-loi chez lui, quelle excitation ! Voilà de quoi faire un bel article. Sa troisième motivation est moins avouable. Si Leopold ne trouve pas quelques compagnons de beuverie, il risque de devenir encore plus fou qu’à l’heure actuelle. Il  n’a plus qu’à espérer que quelques irréductibles resteront jusqu’au petit matin pour lui tenir compagnie.

Du haut de sa chambre, où la vue sur Leipzig lui parait moins triste la nuit, il voit arriver les premiers monstres loués pour la soirée. Il n’a pas réussi à en faire venir autant qu’à New York – les boches sont-ils désespérément normaux ? Les invités devront se contenter d’une femme à barbe, d’un mime unijambiste et d’un homme intégralement tatoué – même chez les sorciers, ce genre de spectacle est particulièrement en vogue, du moins aux États-Unis. Reste à savoir si les perdants ont gardé un sens de l’humour.

Le groupe de jazz suit la procession, bientôt rejoint par une poignée de danseuses et danseurs si peu vêtus en ce mois de janvier qu’ils risquent de finir la soirée en hypothermie. Ces derniers ne se montreront que plus tard, afin de ne pas provoquer des crises d’hystérie chez les puritains. Du haut de son perchoir, alors que les invités commencent à arriver, Leopold admire ainsi ce qui s’annonce être une bonne soirée. En une semaine, il a réuni suffisamment de contacts pour offrir une prestation de qualité. Étranger ou pas, une belle somme d’argent suffit toujours.

Un coup d’œil dans le miroir lui confirme qu’il est impeccable. Menton haut, épaules relevées, allure gracieuse. La Maison Deauclerc a de quoi être fière du jeune prodige qui descend les escaliers du hall, prêt à se jeter dans la fosse aux serpents. Poignées de mains et sourires éclatants ; il joue parfaitement son rôle, lançant des « Willkommen » à tous ceux qui se présentent à lui. Damn it, son accent est épouvantable…


La liste des invités
Tu as de l’argent ? Ton nom est sur toutes les listes ? Il ne t’en faut pas plus pour pouvoir te rendre à cette soirée ; Leopold a toujours eu l’habitude d’inviter tout le gratin sans savoir qui en fait réellement partie. Vous avez peut-être entendu parler de lui. Si tel est le cas, affichez votre fortune, sortez vos plus beaux bijoux et montrer à cet Américain que l'Allemagne rayonne toujours.
Quant à toi, qui vit dans un modeste appartement mais qui a une raison précise pour se trouver à cette soirée, viens te joindre à nous, à condition que tu aies trouvé une manière plausible de ne pas te faire refouler à l’entrée !


Programme de la première partie
20h ◆ Ouverture du portail. Un agent de sécurité est à l’entrée. Si vous êtes quelqu’un de notable, il n’aura aucun mal à trouver votre nom sur cette immense liste qu’il tient entre les mains.
20h30 ◆ Arrivée de Leopold dans le hall d'entrée, où un cocktail est servi. Le jardin, que l’on distingue derrière les baies vitrées, est tout éclairé. Un orchestre joue quelques airs de jazz. En apparence, cette soirée est un simple rassemblement mondain, où le champagne coule à flots.
21h ◆ Un buffet est installé dans la salle de réception, séparée du hall par une double portes. Des tables sont disposées ici et là. La pièce est complètement vide en son centre ; cela semble annoncer qu’une ambiance un peu plus festive se prépare. Votre hôte espère que vous appréciez le charleston américain…

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Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Mar 27 Fév - 10:07


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite


Lorsque j'ai reçu mon invitation, je n'ai pas caché une moue mi-surprise mi-blasée à mon époux. Lorsque j'avais reconnu le nom, c'est un soupir qui est sorti de mes lèvres. L'arrivée de l'américain Leopold Applewhite à Leipzig a fait grand bruit il y a quelques jours. J'ai eu l'occasion de le rencontrer et la première impression que j'ai eu de lui est qu'il est l'incarnation même des américains conquérants qui savent mieux que les autres sur tout. Ajouter à cela sa réputation qui a eu tôt fait de traverser l'océan quasiment avant même son arrivée... Leopold Applewhite semble être de ces personnes qu'il faut plutôt garder prêt de soi plutôt que de les avoir au loin.

Pour ces raisons, j'ai décidé d'honorer l'invitation qu'il m'avait envoyé en compagnie de mon époux. Vêtue selon les convenances pour ce genre d'évènement avec une robe bleue nuit, je suis élégamment accroché au bras de mon mari lorsque nous pénétrons dans la demeure un peu après 20h25. Après un bref regard sur la pièce, je lâche l'air de rien.

-Mr Applewhite ne semble pas ici on dirait...

A mes yeux, il s'agit d'une faute de politesse indéniable. Pour être un parfait hôte, il aurait dû accueillir lui-même ses invités et s'enquérir de leur bien être. Se pense-t-il être l'égal de l'ancien Kaiser pour se présenter après l'arrivée de tous ? Je me retiens de secouer la tête à cette pensée. Ces américains, toujours à se croire supérieur aux autres ! Ou alors, compte tenu de sa réputation, il est déjà en train de compter fleurette à une galante. Cela serait possible avec cet américain.

En parlant d'américain, le propriétaire des lieux manifeste enfin sa présence. Cependant, en tant qu'héritière du Burggraf, j'estime que c'est lui et non à moi d'aller présenter d'abord les hommages. Aussi, je reste sur place en espérant reconnaître quelques connaissances mondaines.

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kyah
Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Mar 27 Fév - 10:52

Spoiler:
 

On se croirait dans ce roman américain que Paul a lu récemment. The Magnificent Gatsby, ou quelque chose du genre. Il ne sait pas vraiment quel personnage il serait censé être dans l'ouvrage actuel, ni pourquoi il a reçu une invitation à se rendre chez Dr Love, et fondamentalement il s'en fout. Lui, il est là pour passer un bon moment, profiter de cette petite sauterie inattendue, savourer le champagne et les diverses gâteries au chocolat qui ne manqueront pas de pulluler sur le buffet si leur hôte sait tenir sa maison.
Pour ce que Paul en sait, Applewhite est un outsider dans tous les jeux politiques qui se trament en Allemagne. Fraîchement débarqué d'Amérique, il se croit peut-être le sauveur local, ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu'un Yankee aurait ce genre d'idée ridicule. Il l'entraperçoit de loin, l'Américain au fier menton et au cheveu graissé en arrière bien comme il faut, et ne peut retenir un petit ricanement désapprobateur. C'est une chose d'être un vieux beau, c'en est une autre d'être un jeune beau.
Enfin, la soirée promet d'être intéressante et ça, Paul s'en est assuré par la compagnie qu'il a recherchée pour l'occasion. À son bras, une femme au moins aussi vieille que lui, toute engoncée dans des vêtements passés de mode depuis au moins deux décennies, derrière le visage de laquelle se cache la femme la plus recherchée d'Allemagne. S'il avait voulu la piéger, cette soirée aurait été l'occasion idéale. Soudain révéler au monde que son invitée Beatrix van Rijn, vénérable douairière de la noblesse Hollandaise, n'est autre qu'Anke Sternberg pourrait provoquer beaucoup d'animation et changer du tout au tout le paysage politique de l'Allemagne. Il ne peut pas dire qu'il n'y a pas songé. Bien que tous ceux qu'il aime ou presque fassent partie de l'Einsicht, il est toujours vertement opposé à leurs buts et idéaux et ne rêve que de voir l'organisation s'effilocher et disparaître – mais il ne ferait jamais ça à sa petite Anna.
N'est-ce pas ?

« Voyez un peu ce jeune con tout engoncé dans ses plumes et ses manières, » chuchote-t-il à son invitée. « Et dire que c'est ça, l'élite américaine... On dit que le Nouveau Continent est ridicule et amoral et pour une fois, je serais tenté de le croire. » C'est dit en toute affection.
« Enfin, l'humeur est à la fête et aux ronds de jambe, et je suppose que la chose vous avait manqué, Madame van Rijn. Allons saluer notre hôte, voulez-vous ? Il serait dommage qu'il ne vous paye pas ses respects. » Paul sourit à Anke, lui lance un regard appuyé. Il ne se fait pas d'illusions sur les raisons de sa présence. Sa petite Anna n'est certes pas à son bras pour le simple plaisir de danser avec lui et échanger des répliques acerbes autour d'un verre de champagne, elle a bien trop à faire pour se permettre de tels loisirs sans aucune arrière-pensée. Il s'en fiche bien. Dans un sens, ça l'amuse de se dire qu'il joue un petit rôle dans toutes ces intrigues politiques, même si personne ne sait encore lequel exactement.
Peut-être même pas lui.

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Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Ven 9 Mar - 17:50


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite


Ernest le suit de près, trop engoncé dans son costume de pingouin. La plupart le prendront pour son majordome. D’autres croiront que c’est un amant que Leopold ose afficher publiquement. Il n’est en fait qu’un interprète venu lui souffler les bonnes réponses. Les noms, les titres de noblesse, les métiers et parfois même le montant de l’héritage. Ernest murmure ces quelques informations dès qu’un visage inconnu s’approche du maître des lieux. Ainsi reconnus par leur hôte fraîchement débarqué en Allemagne, les invités jugeront que Leopold Applewhite est un gentleman parfait en tous points.

Les poignées de mains s’enchainent et Leopold en est déjà à sa troisième coupe de champagne – le temps passe effroyablement vite, même quand on s’ennuie. Derrière son sourire et sa coiffure impeccable, il les juge tous, un par un. Celui-là est un vieillard qui lui fera mauvaise réputation. Celle-ci donnerait cher pour s’attirer ses bonnes grâces. Celle-là, encore, a dans le regard une méfiance qu’elle n’avouera pas. L’Américain la reconnait facilement ; elle lui a été présentée récemment. L’héritière Goldschmidt a ainsi quitté sa tour dorée pour rejoindre l’arène.

- Miss Goldschmidt, c’est un plaisir de vous revoir si rapidement. J’espère que cette modeste soirée sera à la hauteur de votre présence prestigieuse.

Un baisemain à la jeune femme et une rapide courbette à son mari et déjà Leopold part vers d’autres mondanités. Il ne faudrait pas qu’il accorde trop d’importance à une invitée, même quand cette invitée est promise aux plus hautes fonctions.

« Monsieur, voici Paul Lindemann, de Berlin. Veuf, bonne réputation. » Leopold aurait pu ajouter la mention « vieux » à ce bref descriptif savamment susurré par Ernest. Pas par mépris, mais par intérêt. Un vieil Allemand a vu passer suffisamment d’événements pour avoir quelque chose à en dire. Sans même lui avoir serré la main, Leopold sait déjà qu’il devra le garder à porter de vue.

- Monsieur Lindemann, Miss. Soyez les bienvenus. J’espère que la vie berlinoise ne vous manquera pas trop ce soir. N’hésitez pas à demander une chaise, Monsieur Lindemann, si vous vous sentez fatigué. Nous avons également un merveilleux thé anglais.

Le voilà tout fier de lui, pavanant au milieu de ses ouailles alors qu’il vient de décrocher la palme de l’indécence. Peu importe, son esprit est déjà ailleurs, perdu au milieu de la foule qui s’entasse dans la salle de réception voisine, prête à se jeter sur les innombrables buffets. Bientôt, Leopold apparait sur la scène pour un discours qu’il a préparé quelques minutes avant d’enfiler sa veste. Quelques encouragements, quelques paroles banales et le tour sera joué.

- Ladies, gentlemen, je vous remercie d’égayer cette demeure qui m’accueille pour de longs mois. Merci de m’accueillir sur votre terre allemande et d’entretenir ainsi l’entente entre alliés. Cette terre est meurtrie mais prometteuse, pleine d’avenir ; elle saura compter sur l’appui des Etats-Unis pour retrouver le chemin de la grandeur. Levons nos verres à la capture de Grindelwald, levons nos verres à la liberté et goûtons ensemble un peu d’insouciance le temps d’une soirée !  

Le massacre aurait pu s’arrêter là. Mais c’était sans compter sur l’orchestre qui entame l’hymne américain. Belle entrée en matière, Leopold.  


Programme de la deuxième partie
21h10 ◆ Discours de Leopold, qui risque de choquer une bonne partie des convives. Il est suivi de l'hymne américain joué par l'orchestre qui s'est déplacé dans la salle de réception. Trois danseuses viennent ensuite entamer un Charleston.
21h30 ◆ Leopold est à droite à gauche, essayant de parler à tous les invités. Pendant ce temps, les serveurs remplacent les coupes de champagne par des jeroboams de vins français.  
21h45 ◆ Le jardin est éclairé par des flambeaux. Les moins frileux peuvent s'y rendre pour s'isoler.

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Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Sam 10 Mar - 12:25



/!\ ATTENTION /!\ Pour la durée de ce sujet, Anke Sternberg a pris l'apparence d'une vieille noble hollandaise (fc : Maggie Smith, uesh). Merci de ne pas la reconnaître, y a pas moyen que vous le fassiez smug

La dernière fois qu’elle a mis les pieds à Leipzig commence à remonter. C’était certainement pour aller à une réception chez les Goldschmidt, maintenant qu’elle y pense. Oui, ça remontait. Maintenant, de ce qu’elle comprend qu’on lui rapporte, ces fumiers de cousins du burggraviat espérent pouvoir déstabiliser leur Landgraf pour mettre la main sur la plus haute des marches nobiliaires. Une telle sédition n’aurait certainement jamais pu subsister si elle avait encore tenu Berlin et le Land dans ses mains, mais c’est peine perdue de se perdre dans des regrets et des souvenirs d’un temps meilleur.

Tenant le bras de Paul d’une main gantée, et une canne de l’autre, la criminelle a l’apparence d’une vieille bique -pardon « d’une femme d’un certain âge (et d’un âge certain) »- pour la soirée. On a pris son pardessus lorsqu’ils sont arrivés et elle se réjouit d’avoir fait quelques arrangements magiques dans la robe de la vieille Van Rijn avant de quitter Berlin : au moins, les fioles de polynectar sont sur elle, dans des poches dissimulées, et elle sait qu’elle peut y avoir recours dès qu’elle en aura besoin. Mais pour le moment, elle est bonne pour une heure d’apparence ridée, ce qui est une formidable chose et une couverture certaine. Le regard clair de l’Ancienne suit la direction désignée par Paul, tandis qu’il critique déjà leur hôte, un parvenu américain puant de suffisance, tout du moins est-ce l’impression que la déchue a de cet homme visible au loin. Un rictus moqueur étire le coin des lèvres de celle qui se fait passer pour Beatrix Van Rijn, douairière de la noblesse hollandaise, et elle acquiesce d’une pression de ses doigts sur l’avant-bras de son cavalier pour la soirée. Elle ne pensait pas que les mondanités lui manquaient tant que ça, mais elle s’est surprise à ressentir une authentique satisfaction lorsqu’ils ont mis les pieds dans cette demeure somptueuse. « Cet arriviste va devoir ramper pour ne pas m’offenser, vous le savez certainement mieux que moi. Je suis persuadée qu’il n’a même pas une once de jugeote ! », raille-t-elle alors qu’ils se dirigent vers Applewhite. Guidée par Lindemann, elle laisse ses prunelles glisser sur les visages des convives réunis ici : c’est qu’elle guette certains faciès familiers, plus pour surveiller leur comportement que pour véritablement s’adresser à eux.

Si son opinion d’Applewhite -Dr Love ! quel surnom ridicule, Merlin se retournerait dans sa tombe…- n’est pas bonne, elle ne cesse de s’aggraver lorsqu’elle constate qu’il est loin d’avoir été éduqué aux principes de l’étiquette. Le jeune suffisant commet l’impair tandis que Beatrix Van Rijn le toise avec tout son mépris de sang noble. Une fois qu’il s’est éloigné, la voilà qui siffle entre ses lèvres presque immobiles :  « Miss ! Et une chaise… ! Insolent avec ça. On se vengera de l’affront plus tard, soyez-en certain. » Et d’entraîner son complice plus loin, outrée qu’on eût pu manquer de respect à son compagnon, en oubliant un instant la canne qu’elle-même tient et qui a pu induire en erreur leur hôte et son majordome. D’un geste impérieux, tellement naturel pour elle, elle fait signe à un serveur et se contente simplement d’ordonner, toute gonflée d’orgueil : « Whisky, sec. Et écossais ! » Elle ne cherche pas à griser son esprit par l’alcool, mais elle va avoir besoin d’être un peu plus détendue pour ne pas mettre le feu à ce domaine et à ses occupants dans l’heure.

La réception se poursuit, d’aucuns ont croisé son regard sans la reconnaître -les sots !- mais point de trace du frère honni. Viendra, viendra pas… C’est peut-être mieux qu’elle ne le croise pas, même sous une apparence autre que la sienne véritable : elle n’est pas sûre de résister à l’envie de l’égorger en plein milieu de l’espace dansant. Le discours de l’organisateur de cette soirée la détourne de ses noirs desseins, fort heureusement, et, pour ne pas détonner, elle lève, avec les autres, son verre à la capture de son plus vieil ami, tout en souhaitant silencieusement que Leopold Applewhite s’étouffe en buvant.
Raté.
L’éclat au fond de ses yeux est toutefois particulièrement sombre et inquiétant pour qui connait ses réactions aux contrariétés -ses colères légendaires lorsqu’elle était encore une enfant, notamment. C’est qu’elle n’est là que pour s’assurer que ses intérêts et ceux de son mentor sont encore protégés, malgré la saisie par les Américains de Grindelwald. Qu’elle peut encore faire quelque chose. Ou bien pour oublier, un instant, ses tourments ? Elle-même ne sait plus pourquoi elle a répondu si positivement à l’invitation de son voisin. Peut-être un contre-coup de la discussion -ah ! l’altercation serait plus juste, là aussi- avec Hilda…
Elle se reprend néanmoins, pour ne pas inquiéter Paul à ses côtés, et avec un clin d’œil presqu’imperceptible, la voilà qui trinque avec son oncle et murmure du bout des lèvres : « Au plaisir de passer la soirée avec vous, très cher. » L’enjouement n’est que de courte durée, puisque au nom de l’insouciance des peuples, voilà que l’hymne américain se met à retentir et certains des invités allèrent jusqu’à mettre la main sur leur cœur, faisant rouler des yeux à la Dame qui n’apprécie que très moyennement ces forces d’occupation invisibles ou presque, et surtout ces fumiers qui retiennent son ami. « Et en espérant qu’ils vont bien vite jouer de la musique civilisée sur laquelle vous pourrez m’accorder une danse. » La vieille est-elle déjà joyeuse à cause de son verre ? C’est l’apparence qu’elle pourrait avoir de loin. Cette femme vêtue de violet et de mauve avec élégance serait-elle déjà prise par les vapeurs de l’alcool ? C’est ce qu’il pourrait sembler être le cas à un observateur éloigné, puisque la voilà qui fouille bientôt dans une poche dans son jupon supérieur et en sort une fiole qu’elle vide dans son verre, avant d’avaler d’un trait la mixture. « J’espère que vos médecins ont des remèdes plus goûteux. Je devrais probablement en changer, et donner le mien en pâture à mes bébés. » Ses chats, comprendre.

La fiole glisse dans la poche qui semble disparaître dans les plis du jupon, et la vieille reprend sa canne, et ce faisant, en fait entrer l’extrémité sur le chemin d’un galant personnage, qui trébuche dessus, provoquant chez Madame Van Rijn un hoquet outré, une main sur le cœur, et une invective totalement gratuite, qui la fera paraître peut-être irascible au reste des convives alentour : « Regardez donc où vous mettez les pieds, jeune empoté ! » Et de dévisager, avec un courroux peut-être non-feint, ce grand dadais de Walter Davis, qui ignore sans aucun doute que c’est son amante qui le rabroue avec cette voix pincée et aigüe, avant de se tourner vers Paul et de lui intimer avec agacement : « Allons prendre l’air, cher ami, la jeunesse dorée et son comportement m’irritent les nerfs. »

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+ i bow for nobody +

tell me everything will be alright
tell me we'll prevail

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Walter Davis
Einsicht | Autres

Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Dim 11 Mar - 11:32

Une réception discrète, délicate, très Applewhite ; faisant semblant de siroter son whisky dans un coin de la salle, Walter était arrivé tout juste assez en retard pour échapper à la tournée flamboyante de Leopold, tout juste assez tôt pour le voir enchaîner les erreurs au nez de la noblesse allemande avec un aplomb phénoménal. Une superbe entrée en matière, ui assurément allait lui faire une publicité extraordinaire ; comme on allait le prendre d’entrée de jeu pour une grande gueule imbécile, Walter en aurait moins à faire en public, maintenant que les mauvaises habitudes de New York s’effritaient sous le souffle austère de l’Allemagne. Des efforts en moins de ce côté lui permettrait d’en fournir plus de l’autre, à l’Einsicht (où on lui avait clairement dit d’observer, et de ne surtout rien faire). Il pouvait déjà sentir les coups d’oeil sur lui, et il n’y avait pas à user de légilimencie pour savoir ce ui se pensait dans les crânes de l’aristocratie. Fringant dans son costume impeccable, les cheveux imbibés de brillantine, il sourit, se faisant complice involontaire du discours de leur hôte ; peut-être en profitait-il un peu aussi.

Leopold était descendu parmi les convives. Walter acheva sa première cigarette -un tabac sans panache, à l’opposé des Red Cat, trop singulières, qu'il ne s’autorisait qu'en privé-, en confia le mégot, avec son verre, à un serveur, et entreprit de fendre la foule avec le moins d’accroc possible, tout en politesse -et surtout aussi prestement ue possible. Avant ue Leopold ne s’enfonce plus encore dans le gratin allemand, ou pire encore, ne suive le premier élan de Charleston jeté avec entrain au milieu de la salle de réception. A garder les yeux sur sa cible, il ne vit pas la canne se glisser sur sa route toute tracée ; et Walter Davis, vingt minutes seulement après son arrivée, trébucha magistralement au milieu de tous, se rattrapant in extremis avant la chute définitive -et récoltant, bien entendu, un généreux verre de rouge français sur sa chemise d’un blanc éclatant, sous le regard horrifié de son ancien propriétaire. « Regardez donc où vous mettez les pieds, jeune empoté ! » Walter ouvrit la bouche, et la ferma immédiatement en rencontrant le regard courroucé de la vieille douairière ; on ne se mettait pas impunément sur le chemin d'une telle sorcière. « Veuillez m'excuser, Madame. J'ai semble-t-il été distrait par votre beauté. » Il sourit, bazardant avec excès des risettes charmeuses, rencontrant une impassibilité délicieuse ; et avant qu'il ne puisse saluer correctement Paul et son regard bleu, elle l'entraîna à l'extérieur. « Charmante cavalière ! » eut-il tout juste le temps de lancer à son vieil ami, et on lui apportait une serviette pour éponger, sans succès encore, le vin de surface ; il la garda contre la malheureuse tache, camouflant temporairement, et maladroitement les dégâts. Il avait plus important à faire.

« Mr. Applewhite. What a pleasure. » Il s'était faufilé durant un temps mort, entre Leopold et un cinquantenaire boursouflé qui le regarda avec un intérêt fugace ; les danseuses de Charleston avaient certainement plus à offrir qu'un imbécile pressé se tenant une serviette contre le coeur. Serrant la main de Leopold sans lui laisser vraiment le hoix, il lui offrit un sourire -plantant son regard dans le sien, insistant, et pressant peut-être un peu trop les doigts de son compatriote. « Comme vous pouvez le constater, j'ai malencontreusement gâté ma chemise ; pourriez-vous prendre un peu de votre temps et m'indiquer les commodités, je vous prie ? » We need to talk, semblait crier tout son être ; et vite.
Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Dim 11 Mar - 11:41

Paul ne s'offusque pas, ne s'offusque jamais. C'est bon pour les petits jeunes qui en ont encore quelque chose à foutre de ce que pensent les autres. Mais, il faut bien l'admettre, l'Américain arrive en quelques phrases à lui donner une furieuse envie de mordre ou tout du moins de répliquer vertement. Une chaise ? Et puis quoi encore, un déambulateur ? Les fameux sourcils de Lindemann se haussent tout en haut de son front, trahissent son ébahissement devant tant d'impertinence, et puis un sourire apparaît sur ses lèvres. Ce petit con le fait déjà bien marrer, voyons au moins le positif. Et le voilà qui donne du Miss à une vieille noble hollandaise, histoire d'ajouter encore à l'injure. Le plus difficile, c'est de garder une mine impassible, de ne pas exploser de rire. Surtout quand Anke, cachée derrière les traits de Beatrix van Rijn, effectue sa parfaite imitation de la mine offensée que prenait la vieille bique de son vivant quand elle entendait quelque chose de déplaisant. Il a bien choisi la couverture de sa nièce pour la soirée. C'est presque comme révéler ce qu'elle est réellement à l'intérieur, en fait.
« Allons, mon amie, souvenez-vous de ce que dit Confucius... ou Lao Tzu, pour ce que je m'en souviens. Ne cherche pas vengeance de ton ennemi, va attendre près de la rivière, le courant t'apportera bientôt son cadavre. Cadavre ou pas, je me sens bien plus d'humeur à m'installer près d'une rivière de whisky que d'aller mettre mon pied au cul de cet empaffé. » Il adresse à Anke un de ses sourires renversants, lève son verre de whisky nouvellement acquis pour trinquer avec elle. Une façon subtile de lui dire qu'il n'est pas temps de provoquer un scandale, pour le cas où elle aurait été parfaitement sérieuse dans ses idées de vengeance et planifierait quelque chose d'un peu plus outrageux qu'une tape sur la main de Dr Love.
Le regard de sa nièce l'inquiète. Il la connaît, sa petite, il sait bien que dans ces prunelles enflammées se terre déjà le désir de mettre le feu à l'endroit, de faire payer ses multiples affronts à leur hôte. Bonne chose que Till ne soit pas dans les parages. Pas son genre de sauterie, sans doute. Elle est déjà suffisamment à cran comme ça. Paul prend la main libre d'Anke entre ses doigts, la serre avec douceur, tâchant de lui communiquer un peu de sa nonchalance habituelle. Ce n'est qu'une soirée. Ce n'est qu'un Américain.
Un foutu Américain qui se croit obligé de répandre son impérialisme puant sur ses invités, de se placer en conquérant de la salle – du pays tout entier. Paul serre les dents, sourit, lève son verre, s'intime le même calme qu'il essaye de communiquer à Anke. Pourquoi s'énerver, hein ? Les Amerloques foutront le camp bien assez tôt. Il ne sait pas encore à quel point le futur lui donnera tort et c'est sans doute pour le mieux.
Et voilà l'hymne qui retentit. Dans un autre temps, Paul aurait mis le genou à terre pour signifier son dégoût profond de tout ce que cette mélodie représente ; malheureusement le geste n'est pas encore entré dans l'image publique comme un symbole de résistance et de toute façon, il est trop vieux pour des génuflexions. Il n'en pense pas moins. Foutus Yankees.
« Ne vous en faites pas, mon amie, je suis assez bon danseur pour vous faire valser même sur cette musique barbare, » finit-il par sourire en ravalant son amertume. Les grandes idées anarchistes n'ont pas leur place dans cette soirée supposée être plaisante pour tout le monde, surtout quand il a une bombe à retardement à son bras. Pas qu'il craigne vraiment pour la sécurité des convives et de leur hôte, il ne doute pas que celui-ci a prévu le coup d'une façon ou d'une autre. Il préférerait juste que sa nièce ne finisse pas en prison quelques soirs à peine après la capture de Grindelwald parce qu'elle n'aura pas su garder son calme.
C'était une foutue mauvaise idée que de l'inviter. De la mettre en danger, simplement pour le plaisir de rigoler un peu aux dépends d'un jeune emplumé tout bouffi de sa propre importance. Le regard qu'il pose sur Anke se fait inquiet, pendant quelques secondes, puis il reprend son éternel sourire. On est là pour danser et picoler, que diable !

Apparemment, ce soir, danser veut dire se vautrer, récolter un verre de vin rouge sur sa chemise et le tout sous la mine d'Anke qui a l'air d'un chat ayant boulotté un canari. Paul sait que Walt et Anke se connaissent, il l'a bien compris la première fois qu'il a vu l'Américain allumer une Red Cat. Voilà la confirmation. Toutes les subtilités de la chose lui échappent encore et c'est un peu frustrant, pour un homme qui aime fourrer son gros nez dans tout ce qui ne le regarde pas, mais il va pouvoir cuisiner un peu sa charmante cavalière pour en apprendre plus.
« Walt, mon vieux -- » Même pas le temps de finir de saluer le vieux copain qu'il disparaît, se faufile vers Applewhite avec la serviette contre son cœur. Paul fronce les sourcils, renifle, espionne du coin de l'oeil. Un Américain tout seul, c'est déjà une mauvaise nouvelle. Deux dans la même pièce et qui en plus se causent, c'est le début d'une sale guerre ou au moins d'une tentative d'invasion d'un pays quelconque sous prétexte de maintenir la démocracie. Inutile de dire que le vieil anarchiste apprécie moyennement l'idée.
« Vous avez raison, très chère, allons prendre l'air, » répond-il d'un ton à demi absent à sa cavalière avant de se laisser entraîner jusqu'aux jardins. Avec un peu de chance, ils y seront plus tranquilles, pourront discuter un peu plus ouvertement. Tout ça ne lui plaît pas beaucoup. Venir à une soirée pour danser et s'amuser, c'est une chose ; se retrouver au milieu des cachotteries des uns et des autres c'en est une autre et Paul trouve ça nettement moins marrant, d'un coup.

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Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Lun 12 Mar - 20:28


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite


Mes lèvres sont pincées alors que je regarde le propriétaire des lieux s'éloignaient de mon époux et moi. J'ai à peine eu le temps de lui adresser quelques politesses à la suite de son salut qu'il s'est déjà évaporé. Non pas que je comptais rester lui faire la discussion pendant des heures mais... Diable ! Ces foutus américains sont incapables de rester en place ou quoi même pour la plus élémentaire des politesses ?

Je parviens de justesse à garder un visage poli alors que j'applaudis au discours du maître des lieux. Comme cela l'arrange bien d'oublier que c'est son président et ses représentants qui ont applaudi à deux mains et approuver les volontés françaises par rapport au règlement du conflit. Il voudrait maintenant faire apparaître son pays comme étant le sauveur de l'Allemagne ? Les américains ont décidément de la suite dans les idées quand ils quittent leur far west ! S'ils veulent vraiment agir intelligemment, qu'ils aillent dégager les français de notre Allemagne pour commencer. Mais bizarrement, je suis pas convaincue qu'ils le feront. Allez savoir pourquoi.

Soudainement, j'entends les remarques acides d'une vieille femme dans mon dos. Je fronce les sourcils lorsque je jauge la situation du regard. S'il me semble reconnaître un habitué des soirées mondaines au bras de cette femme, cette dernière me donne la désagréable impression d'être du genre à rouspéter pour pas grand chose. Par précaution, je décide de ne pas m'approcher plus que nécessaire pour ne pas l’incommoder. Qui sait ce qu'elle serait capable de faire maintenant...

Néanmoins, je décide de profiter de ce léger mouvement pour m'éloigner un peu de mon époux pour aller discuter avec quelques convives. Il ne faudrait pas que Mr Applewhite gâche la réputation de Leipzig par inadvertance. Cette pensée me conforte dans mon jugement que j'ai émis quelques jours à son encontre lorsque je l'ai rencontré : il est de bon ton d'être assez proche de Mr Applewhite pour éviter les potentielles catastrophes désastreuses pour Leipzig...

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kyah
Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Lun 19 Mar - 17:46


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite

Il y a de quoi rire. Ces mines de pucelles effarouchées face à ce qui s’apparente comme une publicité pro-Amérique. Si Leopold n’a pas pour ambition de devenir l’ennemi public numéro un des Boches, il s’est néanmoins juré de leur faire savoir d’où il vient et ce qu’ils lui doivent. Et ceux qui ne le comprennent pas se voilent la face ; une réaction typique des perdants, en somme. Doit-on lui en vouloir de fanfaronner ? Oui. Le fait-il consciemment ? Pas vraiment. C’est simplement devenu une habitude d’enfant gâté. Et il compte bien sortir de son chapeau tous les jouets qu’il a réservés pour ses invités.

Sortis d’on-ne-sait où, quatre femmes et quatre hommes, aussi peu vêtus les uns que les autres, arrivent dans la grande salle sur une musique jazz, alors qu’une armée de serveurs disparait dans les cuisines, transportant des plateaux de coupes de champagne vides, avant d’en ressortir avec des cocktails moins conventionnels. L’orchestre et les danseurs entrainent avec eux les invités les moins timorés, tandis que les plus respectables prennent congé, en évoquant la fatigue ou des obligations professionnelles. Tous ceux qui ont entendu parler des soirées Applewhite savent néanmoins ce qui se trame. C’est sans doute cette idée qui a déclenché une attaque cardiaque chez la vieille mégère au bras de Lindemann, faisant ainsi valser un jeune imprudent que la tâche rouge au milieu du smoking ne suffit pas à rendre incognito. Leopold le reconnait immédiatement. Et c’est plutôt fâcheux.

Voilà qui l’apprendra à envoyer des centaines d’invitations au hasard du moment que la fortune suit le même chemin. Walter Davis en Allemagne. On remercie le Destin pour ce mauvais tour. Et pourquoi venir à cette soirée ? Sûrement pas pour revivre une certaine nuit passée ensemble. Qu’a-t-il prévu de faire ? L’égorger ? Ensorceler le lustre en cristal pour qu’il lui tombe dessus ? Empoisonner son cocktail, déjà si fort que sa simple odeur vous rendrait saoûl ? Prétextant une conversation avec un quinquagénaire perdu entre l’idée d’avaler son quarantième toast et celle de boire sa vingtième coupe de champagne, Leopold fait mine d'ignorer que Walter s'approche dangereusement. C’en est fini de lui.  

Pour l’heure, son ami – comment doit-il l’appeler désormais ? – a choisi de jouer la transparence. Il suffit donc de jouer le jeu avant d’arriver au jugement final. Leopold ne prend pas la peine de lui répondre et prend le chemin de la bibliothèque voisine, où le confort des canapés et les lumières tamisées ne seront pas de trop pour détendre l'atmosphère. La chemise attendra. Walter a certainement beaucoup de choses à lui reprocher. Peut-être même est-il en Allemagne par sa faute, pour se racheter après que le BIMI a découvert l’existence de sa romance moldue dans les colonnes du New York Ghost.

- Avant que tu m’envoies ton poing dans la figure, je peux te proposer une nouvelle chemise. Tu peux te changer devant moi, cela me rappellera des souvenirs. Ceci étant dit, merci de frapper dans les cotes. Je tiens à garder un visage convenable.

Au même moment, alors que les moins fêtards attendent leur chauffeur, une gerbe puis deux puis cinquante s’élèvent du jardin jusqu'au ciel étoilé. La pyrotechnie fait toujours son petit effet. Cela n’aura pas duré plus de trente secondes et pourtant, Leopold sait que cela aura suffi à lui faire pousser des ailes d’aigle. Un aigle américain, bien entendu.   


Programme de la troisième partie
C'est à vous de choisir s'il s'agit là de votre avant-dernier ou dernier tour ! Car la soirée va prendre une tournure toute autre : l'alcool coule à flots, les langues se délient et les plus dévergondés n'hésiteront pas à se retrouver dans des recoins sombres. Mais n'est-ce pas là une superbe occasion pour obtenir des informations ?

Leopold s'est absenté en compagnie de Walter, aussi discrètement que possible.
Il tâchera de faire vite. Ce RP commun servant de prétexte entre autres à faire se retrouver Walter et Leo, il est probable qu'il se transforme en RP à deux quand la fête sera terminée, sur ce même topic.

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Walter Davis
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MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Jeu 12 Avr - 13:01

“Il faut croire que j’ai épuisé tous les potins intéressants de New York puisqu’on m’a fait venir dans ce trou perdu. Un whisky ?” “Non merci.” Bien sûr, Leopold ne prit pas la peine de l’écouter ; il s’était déjà tourné vers le bar pour leur servir trois généreux verres, et Walter serra le poing dans sa poche, retenant une colère qu’il sentait grandir au contact irritant du journaliste. C’était l’ennui, avec Leo : il était bien trop conscient de lui-même et de certains de ses torts, pour pouvoir le moucher avec une satisfaction complète. Son sens de l’humour et de l’auto-dérision agaçaient terriblement Walter, dont la mauvaise foi l’empêchait de se rappeler qu’il en avait d’abord été amusé, puis séduit.

Incapable de le faire taire, l’agent écouta, sans un mot, sans un geste vers ce verre généreusement offert, regardant Leopold boire une gorgée, puis une autre, encore, et encore, sans savoir s’il entrecoupait son monologue de whisky ou s’il entrecoupait son whisky de son monologue. Ainsi donc, le Ghost l’avait envoyé écrire sur l’Allemagne vaincue… Ce n’était pas en donnant des cocktails extravagants et en s’acoquinant de l’aristocratie allemande qu’il allait dépeindre la ruine allemande. La majorité de la Haute feignait encore le grandiose, lustrait son précieux titre, dernier héritage peut-être de cet avant où le pays n’était pas endetté, pas aussi morne, prétendait que tout allait encore pour le mieux. Il fallait descendre dans les bistrots, se frotter aux quartiers gris de Berlin, se perdre dans les rues grises pour comprendre. Walter, sans être un héros du peuple, entaché encore de quarante-ans de bourgeoisie new-yorkaise, l’avait compris à ses dépens. Avait compris, enfin, ce que Paul avait voulu dire en lui parlant de l’appétit terrible de Berlin. Croyait comprendre, du haut de son arrogance d’outre-atlantique, si bien placé auprès de la Cardinale.

Leopold s’approcha. Trop, sûrement ; les phalanges de Walter s’immobilisèrent enfin dans sa poche, et il sentit une nervosité légère, irrité sûrement par cette proximité malvenue, se saisir de lui. Content de le revoir, lui ! Ah ! Il eut un léger rire ; un de ces rires amers, brefs, sonnant faux, mais à la fois plus vrais que ces rires mielleux dispensés auprès d’Anke Sternberg. L’amertume faisait désormais partie intégrante du véritable Walter, coincé en Allemagne depuis trop longtemps. “Tu ferais bien de te mettre à aimer cette langue horrible, si tu veux écrire quelque chose pour tes petits articles”, grinça-t-il en accompagnant son mépris d’un regard significatif. Il ferait bien de faire comme lui, qui avait tout vu, tout appris, tout compris.

Ignorant délibérément cette marque d’affection fleurant bon le whisky, Walter dépassa Leopold pour aller se poster devant la fenêtre où éclataient à l’occasion les feux de joie des jardins. “Un séjour linguistique, oui, on peut voir ça comme ça.” Il produisit une nouvelle cigarette, eut une pensée pour ses Red Cat laissées derrière lui, qu’il roula de la pointe de sa baguette, tournant obstinément le dos à Leopold ; il ne se tourna vers lui qu’une fois la première bouffée au fond de ses poumons contrariés, renvoyant dans l’air tous les sentiments négatifs qu’il nourrissait à l’encontre de Leopold -oubliant et le positif le concernant, et l’électrique de ses yeux perçants. “Peu importe, ce qui nous intéresse (le Bureau et lui), c’est que tu ne compromettes pas, pas davantage en tout cas, les Etats-Unis d’Amérique. La situation actuelle est pour le moins délicate, on ne voudrait pas d’une autre guerre causée par l’imbécilité d’un journaliste et de sa formidable entrée en matière qui risque de faire quelques étincelles...” Il coula un regard significatif, théâtral, dans la direction de Leo, sans néanmoins toutefois le regarder. “Le message est simple : fais toutes les études sociologiques que tu veux, va risquer ta peau dans les bas-quartiers avec ton allemand boîteux ou continue de faire le beau auprès de la vieille aristocratie allemande si ça te chante, mais fais-toi discret.” Autant que pouvait l'être un Leopold lâché en Europe avec toute sa fortune. Walter tira une autre bouffée de cigarette, et regarda cette fois franchement l'indigène, un air de papa autoritaire dans les sourcils.
Revelio

MessageSujet: Re: Sorry for party rocking    Mar 1 Mai - 18:05


Samedi 29 janvier 1927
SORRY FOR PARTY ROCKING


LEIPZIG, Manoir Applewhite

Le feu d’artifice qui s’est achevé à l’extérieur semble prêt à reprendre de plus belle à l’intérieur de la maison, dans une bibliothèque déserte où se tiennent deux nigauds incapables de se regarder dans les yeux. Deux gamins fâchés, trop fiers pour tendre la main en premier. Leopold préférerait des retrouvailles enflammées, des vêtements qui s’envolent, des éclats de rire et des râles de plaisir. Sauf que les choses vont rarement dans ce sens lorsque la personne en face de vous a failli menacer votre carrière, et que vous avez fait la même chose en pire. Peu importe le nombre de verres échangés auparavant, les confidences, les tapes dans le dos et plus si affinités. A moins d’être franchement peu rancunier.

La bagarre semble être évitée, à moins que Walter choisisse la perfidie pour mieux le frapper par derrière – ce qui ne lui ressemblerait pas. L’attaque verbale semble être son option. Une mine faussement outrée se dessine sur le visage du journaliste à la mention des « potins de New York ». Comme si c’était son genre ! Il est journaliste, que diable ! Il est vrai qu’il a dévoilé la scandaleuse grossesse d’une starlette auréolée de succès. Il est vrai aussi qu’il a ruiné la carrière d’un politicien pour des histoires de coucheries. On lui doit dix ou quinze autres scandales dans ce genre. D’accord, très bien. Mais tout de même.

- Il faut croire que j’ai épuisé tous les potins intéressants de New York puisqu’on m’a fait venir dans ce trou perdu. Un whisky ?

Il ouvre une bouteille à moitié vide (plutôt qu’à moitié pleine) et sert trois verres. Le premier pour Walter, les deux autres pour lui – il en aura forcément besoin. Derrière la porte, les rires parviennent presque à couvrir le son d’un jazz enflammé. Deux salles, deux ambiances.

- Je travaille toujours pour le Ghost. Ils veulent savoir ce que peut être la vie d’un Allemand dans un pays vaincu. Une belle étude sociologique, non ?

Une gorgée. Une deuxième. Une troisième.

- Et un joli test tout trouvé pour moi. Si j’échoue, je retournerai à mes potins. Certaines personnes me trouvent très doué dans ce domaine.

Il pourrait s’excuser. Il pourrait courber l’échine. Mais sa fierté lui interdit. Toutefois, la veste qu’il vient de retirer et sa quatrième gorgée de whisky trahissent un mal être perceptible. Leopold n’est pas un génie, surtout en ce qui concerne les relations humaines ; mais il a conscience d’être en tort. Vingt fois, cinquante fois, il s’est persuadé n’avoir fait que son travail. Cinquante et une fois, il s’est convaincu avoir trahi une belle amitié. Cela ne l’a pas empêché de savourer le cocktail organisé après la parution de l’article polémique, et encore moins les félicitations qui s’en étaient suivies. On ne se refait pas.

- Et toi, que fais-tu ici ? Tu viens apprendre cette langue horrible ?

Droit comme un « i », Leopold se poste devant Walter, sans doute trop près, le menton relevé.

- Je suis content de te revoir malgré tout.

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Sorry for party rocking

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