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Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]

Revelio

MessageSujet: Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]   Lun 26 Fév - 19:53

ANTHÉA & PAUL
NUREMBERG-BERLIN, 30 JANVIER 1927, 19H
À peine trois jours depuis la capture de Grindelwald, à peine trois jours depuis qu’elle a fait face à la trahison. Trois jours seulement qu’elle a renoncé à la chambre conjugale, à la présence de son époux, qu’elle refuse tout acte de mariage. Elle pourrait lui pardonner, ne le veut pas, se terre dans une colère sourde, silencieuse, guerre froide, glaciale. Anthéa s’en est allée au troisième étage de la demeure, loin du Burggraf et de ses prunelles claires, de ses lèvres et de sa chair. Elle prétexte un état de travail extrême, des migraines à répétitions qui lui infligent un besoin de calme, passe la plupart de ses nuits dans son atelier pour occuper son esprit qui n’est en rien souffrant. C’est son cœur qui se porte au plus mal, sans qu’elle ne dise mot, sans qu’elle ne laisse qui que ce soit se douter de quelque chose. Elle se tient seulement un peu plus à l’écart, ne s’attarde pas à table, demeure silencieuse, se contente d’hocher de temps à autres la tête. Prétexte tout trouvé, ses pensées sont ailleurs, tournées vers les commandes qui affluent en masse, proposition de fête à venir, bal des débutantes qui s’annonce de même. Le reste de son temps libre, elle le partage entre Niklas et la peinture, et c’est le retour à des années passées, lorsqu’elle ignorait encore où se trouvait sa place.

Ce jour n’est d’ailleurs pas différent des deux derniers, épingles coincées entre les lèvres tandis qu’elle s’agenouille, travaille un pan de robe difficile, baguette coincée dans son chignon improvisé. Elle n’est pas encore au stade de travailler son œuvre avec de la magie, et travailler manuellement lui occupe l’esprit. De temps à autre, elle plisse le nez avant de jurer mentalement face au tissu récalcitrant, se redresse, esquisse quelques pas pour soulager ses genoux fatigués d’être pliés, puis revient à la charge, sans jamais abandonner. Elle ignore depuis combien de temps elle travaille quand de légers coups frappés attirent son attention, sans qu’elle ne daigne ne serait-ce que tourner le regard vers la porte close. « Ja ? »  murmure t’elle, tandis que ses phalanges insèrent la dernière épingle, soulagement le long des épaules lorsqu’elle se redresse et porte enfin toute son attention sur Madeline, l’une des domestiques, sans aucun doute la préférée d’Anthéa. Elle connaît le nom de chacun, quand d’autres n’y prêteraient pas attention, s’enquière bien souvent de leur bien-être. Madeline est sans aucun doute celle qui est la plus proche en âge de l’épouse du Burggraf, la plus amusante de même, cependant, Anthéa n’oublie pas, sait parfaitement qu’elle aussi est à la solde de Konrad. Il est le maitre des lieux, elle n’est que l’invité par alliance. « Le jeune monsieur vous demande, madame. » Un soulagement dans l’estomac de la jeune femme, tandis qu’elle se relève. Elle ne tient vraiment pas à voir Konrad. Pas encore. Un regard vers l’horloge, un peu plus de 18H. « Il ne devrait pas être en train de prendre son bain ? » Interroge t’elle, usant de sa baguette pour recouvrir la robe qui est bien loin d’être achevée, range tout ce qui a pu être utilisé pour travailler. « Il est dans la baignoire madame, mais il n’y a qu’avec vous qu’il veut jouer au Capitaine Crochet. » Ah. Peter Pan. Sans aucun doute le seul conte pour enfant qui trouve encore grâce aux yeux de Niklas, celui qu’il préfère sans conteste. « Je vois. Je descend. » Susurre t’elle sous un sourire amusée, tandis qu’elle s’habille, – il est de notoriété connue de la maison qu’Anthéa déteste travailler habillée, préférant amplement prendre une chemise de son époux comme tablier – se contente de revêtir une jupe qui complète la chemise masculine avant de descendre, pieds nus, rejoindre la salle d’eau qui est sans doute déjà décorée à la manière d’un bateau pirate. La magie, sans conteste la meilleure amie de l’enfant. […]

[…] « Ah Ah ! Tu as gagné pour cette fois Capitaine Crochet, mais je reviendrais ! » Déclare la fausse Peter-Pan, tandis qu’elle mime déjà une envolée, pour mieux revenir sécher l’enfant au regard mutin. « On recommence demain ! » Ordonne t’il déjà, tandis qu’elle le cache sous le grand drap de bain, sans répondre. Demain, il aura oublié et souhaitera certainement profiter de son bain tranquillement. « Habille-toi canaille, le dîner va être servi. » Elle-même n’est pas en reste, trempée, usant d’une autre serviette pour sécher plus ou moins ses longs cheveux blonds, avant de finalement sortir de la salle d’eau, rapidement, pour ne pas tomber avec le visage honni du moment, mais trois pas à peine qu’elle manque de se prendre la silhouette du mécréant, ferme son visage avant de porter son regard sur la personne qui se tient à ses côtés, éclaire son visage. « Grand-Oncle Paul ! J’ignorai que vous veniez nous rendre visite ! » Paul Lindemann, un grand-père de cœur pour la jeune Drache qui le connaît depuis son enfance, un confident de même, le garant de tous les secrets qu’elle ne souhaite pas partager. Devant lui, elle n’éprouve jamais aucune honte à être habillée ou coiffée avec indécence, comme c’est le cas ce soir, chevelure trempée, loin de la mondanité, et la tenue mixte, partagée entre l’homme et la femme. Elle ne s’en excuse même pas, ce serait balayer d’un revers de main tous les efforts qu’il fournissait à l’époque où elle s’habillait comme un garçon, dans le seul but de se jouer des autres.

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MessageSujet: Re: Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]   Mar 27 Fév - 11:44

La discussion avec Konrad s'est... passée. Il n'y a pas grand-chose à en dire. Paul n'est pas homme à s'attarder sur ce qui a été fait et dit, surtout quand l'ensemble est plus compliqué qu'une bonne petite enjaillerie entre deux vieux copains, et il a laissé tout ça dans un coin de son esprit pour l'analyser plus tard. À savoir s'il a ou non obtenu ce qu'il voulait, lui-même ne saurait le dire, ça n'a pas d'importance dans l'immédiat. Il refuse d'être soucieux. Le souci, c'est pour les jeunes qui ont encore le temps pour toutes ces conneries.
En parlant de jeunes et de souci, le voilà face à face avec une petite sirène tout juste sortie de l'océan où elle a ses habitudes. La première réaction de Paul, homme peu amène s'il en est, est d'éclater de rire devant la mise incongrue d'Anthéa. Ce n'est pas très aimable ni très charmant mais il est presque certain qu'elle ne le prendra pas mal. Après tout, elle doit avoir bien conscience de l'étrangeté de sa mise.
« Alors, ma chère enfant, vous voilà partie pour rejoindre la Mer du Nord et vous faire sirène ? Vous en avez la beauté. » Comme tout ce que dit Paul, le compliment est sincère : l'hypocrisie, c'est aussi pour les jeunes. Voilà bien longtemps qu'il a passé l'âge de s'emmerder avec les convenances, s'il s'y est jamais vraiment intéressé, ce qui reste à déterminer. « Je n'espérais pas vous croiser ce soir, n'est-ce pas l'heure du bain de votre fils ? Oh. J'imagine que là est l'explication de votre... hm... humidité. Comment va le petit ? »
C'est un art que de passer si vite de discussions politiques et polémiques avec son filleul à des banalités pleines de douceur avec sa petite-nièce et Paul le maîtrise à la perfection. À dire vrai, la rencontre imprévue tombe à pic pour lui donner un bon moyen de mettre de côté ses pensées les plus tourmentées et s'il se réjouit toujours de rencontrer Anthéa, aujourd'hui il en est particulièrement ravi. La jeune femme lui paraît soucieuse sous l'eau qui la recouvre, un souci qu'il voit souvent plisser son front depuis qu'elle a épousé Konrad, mais peut-être... différent ?
Paul dégaine sa baguette, un petit sourire aux lèvres. « Permettez-moi, » annonce-t-il avant d'esquisser un mouvement qui évapore immédiatement toute l'eau amassée par les vêtements et la chevelure de la dame – eau qui se condense au-dessus de leurs têtes, prête à former un orage auquel il n'avait absolument pas pensé avant d'effectuer son petit tour de passe-passe et qu'il chasse d'un air offusqué. Que la physique ose se permettre de l'embêter lui est impensable. « Voilà qui doit être un peu plus confortable. Alors, dites-moi, ma belle amie, comment vous portez-vous ? Je regrette de ne pas vous avoir rendu visite plus tôt, j'ai été... préoccupé. » Une recrudescence de cadavres jetés devant sa porte. Il n'a toujours pas la moindre idée de qui a le temps et l'énergie pour pareille activité et s'en moque un peu, il préférerait juste ne pas avoir à gérer ce genre de choses au petit-déjeuner. « Je rentrais chez moi après une discussion fort intéressante chez Monsieur votre mari. Si vos obligations vous le permettent, peut-être pourriez-vous m'accompagner ? Il y a ce soir un délicieux rôti d'oie qui m'attend sur la table du souper et je serais fort heureux de le partager avec vous. »
Pour, peut-être, éloigner un peu Anthéa de ses chiens de garde et obtenir un semblant de vérité d'elle loin des oreilles indiscrètes.

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MessageSujet: Re: Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]   Mer 28 Fév - 14:11

Un sourire sincère, suivi d’un éclat de rire, il n’y a que Paul pour réussir à détendre une atmosphère austère. Anthéa passe ses phalanges dans la chevelure humide, qu’elle repousse vaguement. « Une sirène ? Grand Oncle Paul, vous me surestimez, je ne suis pas aussi belle que ces créatures aquatiques, susurre t’elle sous les lèvres roses, je n’étais qu’un petit garçon face au plus fourbe des pirates. Je crains qu’il n’ait gagné d’ailleurs. » Elle hausse les épaules, avant de planter son regard dans les prunelles de Paul, conservant le serein de son faciès pour ne pas l’alarmer, mais le vieil homme est bien plus perspicace qu’on ne pourrait le croire, cela non plus, elle ne l’oublie pas. « Il se porte à merveille, c’est un petit garçon vif et curieux, il faudrait que nous passions l’après-midi ensembles à l’occasion, je suis certaine que vous le trouverez… distrayant. » Et bien plus encore, mais cela, elle le tait, tant qu’elle n’a que suppositions au travers de l’esprit. Elle perçoit la différence notable avec les autres enfants, se garde bien de montrer du souci, il faut seulement qu’elle en parle avec le géniteur de l’enfant pour confirmer ses doutes. Un autre jour peut-être, pour le moment, elle se terre dans sa colère, sa réflexion, mais il n’est pas l’heure de se montrer soucieuse, pas quand Paul est dans les parages. Avec lui, tout n’est que simplicité, bonne humeur, elle ne tient pas à gâcher ces instants de détente si précieux. D’un signe de tête, elle accorde le tour que souhaite entreprendre son grand-père de cœur, grand-oncle, elle n’a jamais vraiment su comment réellement le qualifier, tout ce qu’elle sait, c’est qu’il fait partie de la famille qu’elle s’est choisie. L’humidité quitte sa chevelure à la couleur imparfaite, il n’y a plus de gouttes d’eau qui ruissellent le long de son épiderme, et ses vêtements ne semblent plus vouloir lui coller à la peau. « Merci Grand-Oncle. » glisse t’elle sous un sourire sincère, un peu plus confortable, se retenant toutefois de rire sous la mine offusquée du vieil homme. N’a t’elle jamais aimé ses mimiques et attitudes désinvoltes ?

« Nous avons tous été préoccupés ces derniers temps, j’ai souvent songé à vous écrire, mais j’ai bien peur de ne pas en avoir eu le temps. Il y a beaucoup de projets sur lesquels je travaille, et sitôt que j’en termine un, un autre le remplace. Non pas que je m’en plaigne, bien au contraire. » Après tout, il est toujours gratifiant de voir d’autres demoiselles porter ses créations, uniques pour la majorité. Le temps d’un instant, elle semble réfléchir à la proposition de son vis-à-vis. Sortir de la maison ? Se trouver loin de monsieur son époux et de ses chiens de garde ? Il n’en faut pas beaucoup pour qu’elle accepte, hochant la tête positivement, se faisant égoïste le temps d’une soirée. « Ce serait avec un grand plaisir Grand-Oncle. J’ai souvenir que votre cuisinier(e) est fin gourmet et que chaque plat est un délice. Ce serait un crime que de refuser. » Et il n’y aura pas que de la cuisine qu’elle se régalera, mais bien de la présence de son hôte qui trouve toujours les mots pour l’apaiser, la conseiller, l’écouter d’une oreille attentive. Unique confident, il est le gardien de tous les secrets qu’elle possède, qui ne l’a jamais trahie jusqu’à présent. Et si parfois elle ne l’écoute pas, elle s’en mord bien souvent les doigts. « Accordez-moi le temps de donner mes instructions concernant Niklas et me changer et je suis toute à vous. » affirme t’elle avant de s’évader rapidement. Elle n’est jamais longue, attrape la fameuse Madeline sous le bras tandis qu’elle monte au troisième étage, rejoint sa propre chambre pour se changer tout en échangeant avec la domestique. Il n’y a pas beaucoup d’astuces pour apaiser le fils une fois la nuit tombée, mais quelques unes sont destinées à le faire patienter jusqu’à ce qu’elle rentre. Elle enfile une simple robe bleue, ainsi que les chaussures qui sont adaptées avant de redescendre et de glisser son bras dans celui du noble autrichien. Elle n’a pas mit plus de cinq minutes à se préparer, trop pressée sans doute de quitter la maison, de s’éloigner de sa tristesse. « Nous pouvons y aller ! » Affirme t’elle avec une mine enjouée, le regard pourtant alerte quant à une éventuelle réaction de son époux qui irait en contradiction avec l’entreprise.

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MessageSujet: Re: Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]   Jeu 1 Mar - 17:38

Paul devine beaucoup de choses dans les paroles d'Anthéa. Devine qu'elle ne parle pas seulement de ses jeux avec son fils lorsqu'elle fait allusion au plus fourbe des pirates qui aurait gagné. S'il ne connaît pas les détails de son arrangement avec Konrad, il peut néanmoins sans mal deviner qu'il ne s'agit pas d'un mariage d'amour, parce que ces deux-là sont aussi mal assortis que les chaussettes qu'il porte sous ses guêtres. Bien cachées, les chaussettes. Il aime bien, de temps en temps, s'autoriser cette petite touche de fantaisie dans ses tenues toujours calculées au millimètre près ; ça lui donne l'impression de ne pas tout chercher à contrôler et c'est un répit appréciable lorsqu'on tient sa vie d'une main de fer comme il le fait. Juste ça, des chaussettes de deux couleurs différentes qui ne vont pas bien ensemble. Il aurait préféré qu'elles ne collent pas aussi bien à la métaphore.
Tout ce qu'Anthéa cache derrière une mine impassible, Paul pense le ressentir dans ses paroles. Une inquiétude qu'il ne comprend pas vis-à-vis de son fils, notamment. Que craint-elle pour Niklas ? Il aimerait la rassurer, lui dire que tout ira bien, mais il n'est pas homme à mentir sans fondement et surtout s'il ne connaît pas la situation. Peut-être que le petit est amagique, qu'elle le craint du moins, et il doit bien concéder que ce serait un terrible coup porté aux deux lignées unies par ce mariage. Il ne veut pas faire de spéculation. Certaines choses ne le regardent pas, il en a bien conscience. C'est juste qu'Anthéa a besoin d'aide, d'un soutien, c'est assez clair pour crever les yeux, et qu'il aimerait pouvoir le lui offrir. « Je me réjouirai de le rencontrer un jour, » se contente-t-il de dire avec un grand sourire aimable, « si votre mari est d'accord. Ce petit bout est après tout l'enfant de deux personnes qui me sont très chères, je regrette de ne pas avoir encore eu l'occasion de le saluer. »
Regretter est un mot bien léger pour désigner la douleur qui étreint le cœur de Paul à cette idée. C'est que tout le monde est toujours si occupé, si préoccupé, et qu'il y a si peu de temps à accorder aux liens familiaux qui ne sont pas ceux du sang ; c'est aussi qu'il est vieux et ne se déplace plus autant qu'avant, avec moins d'aise, et ne visite plus aussi souvent la demeure Reinhardt. C'est sa faute, un peu, beaucoup. Il aimerait pourtant sincèrement rencontrer Niklas, rire avec lui, le faire sauter sur ses genoux en chantant ses petites comptines ridicules, lui raconter les histoires qu'autrefois il réservait à Konrad et Anke. Il aimerait lui parler de ses grandes aventures en Afrique et en Amérique, lui dire aussi à quel point ses parents sont des gens formidables, pour peu qu'ils acceptent de s'entendre et de ne pas laisser de mauvais sentiments guider leurs actions. Malgré tout ce qui a pu se passer entre eux, Paul a toujours beaucoup d'estime et d'admiration pour Konrad. Pas qu'il irait lui dire. Pas que ça changerait grand-chose.
Il sourit du sourire d'Anthéa, de l'appellation de « Grand-Oncle ». Elle, au moins, ne lui tient pas rigueur des erreurs qu'il a pu commettre.

« Bien sûr, mon enfant, prévenez donc qui de droit. Je m'occupe d'instruire ma cuisinière de la situation. » Pure formalité dont il se passera bien, il sait que la vieille mégère aura encore cuisiné pour dix alors qu'il est seul à la table du souper, parce qu'elle insiste sur le fait qu'il ne mange pas assez. Si Paul est antique, Irina est une curiosité archéologique, du genre dont on se demande comment elle tient encore en un seul morceau à entendre les craquements de ses articulations. Quand on lui demande son secret, elle laisse échapper un juron en polonais, avale une grande rasade de vodka, et cite Marx. Une femme bien.
Intérieurement, il espère qu'elle n'aura pas eu l'idée regrettable de préparer un bortsch pour ce soir. La cuisine d'Irina vaut tous les trésors du monde à deux exceptions près : ses gâteaux, tous plus infects les uns que les autres, et son bortsch, tout droit sorti d'un roman horrifique du XIXème siècle tant il est répugnant. Paul jurerait y avoir trouvé un rat mort, une fois, mais ce n'était qu'un légume si étrangement cuit qu'il en prenait le goût.
Lorsque sa très chère Anthéa revient et glisse son bras sous le sien, il lui sourit une fois de plus, tous ses soucis culinaires soudainement envolés. Qu'importe, finalement : il va enfin pouvoir passer une soirée entière avec une de ses petites adoptées et rattraper un peu du temps perdu. Le reste n'a pas d'importance. Il l'informe en l'entraînant vers la cheminée qu'il ne transplane plus, craignant fort que son grand âge ne lui fasse commettre une regrettable erreur dans le processus, et préfère prendre le réseau des cheminées pour se rendre chez lui. Ce n'est pas un problème, ses domestiques savent qu'il convient de tenir l'âtre de sa demeure parfaitement libre de tout encombrement et prêt à le recevoir lorsqu'il décide de rentrer à l'improviste. Paul se glisse donc dans la cheminée et prononce clairement l'adresse de sa demeure à Berlin.

« J'ai fait bortsch, » annonce Irina avec son fort accent polonais dès qu'ils posent le pied à Berlin. « Y a assez pour jeune demoiselle, » poursuit-elle en agitant sa cuillère en bois dans la direction de la pauvre Anthéa qui ne sait pas encore à quelle horreur elle va devoir faire face.
« Je vois, » répond Paul avec une grimace qu'il espère invisible – Irina prend très mal les critiques sur sa cuisine. « Hum, avez-vous prévu autre chose ? Mon invitée meurt d'envie de goûter les subtilités les plus raffinées de votre cuisine. » Pas des gâteaux. Tout mais pas des gâteaux.
« J'ai fait pelmeni, » renifle Irina, croisant les bras sur son corps rachitique. « Beaucoup pelmeni. Avec smetana. »
Elle hoche la tête d'un air assuré et disparaît dans sa cuisine, laissant enfin le temps à Paul d'épousseter sa veste. C'est bien l'inconvénient des cheminées, elles ont tendance à ruiner le costume le plus élégant du monde. Parfois, on le croirait presque ramoneur, le pauvre vieux.
« Navré pour Irina, » dit-il à Anthéa avant de lui offrir un siège. « Elle a mauvais caractère mais c'est une femme formidable. Puis-je vous offrir quelque chose à boire ? J'ai quelque part un excellent Tokay qui mérite d'être goûté et savouré. Pendant ce temps, vous pourrez m'en dire plus sur ces fameux projets – et sur vous, sur votre vie, sur tout. »

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MessageSujet: Re: Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]   

Confidences sur pain brioché [Paul & Anthéa]

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