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masquerade night (paul)

Revelio

MessageSujet: masquerade night (paul)   Mar 27 Fév - 1:11


Elle avait hésité. Pesé le pour et le contre. Calculé le pourcentage de chances que cette expédition en terrain miné foire. Toutes les considérations quasi-militaires étaient passées par là. Était-ce vraiment une bonne idée ? N’était-elle pas en train de se jeter dans la gueule du loup comme une inconsciente ? Dans un même temps, c’était peut-être la seule occasion pour prendre la température du monde magique au surlendemain de la capture de Gellert, et elle ne savait plus vraiment à qui se fier alors il était peut-être temps de remettre le nez dehors, quitte à ce que ça ne puisse pas être le sien en apparence. Ensuite, Paul Lindemann était peut-être le moins suspect des participants à cette soirée, alors se présenter à son bras serait suffisant, non, pour avoir la garantie d’être protégée de tout soupçon pour quelques heures ? À condition que le polynectar concocté par Otto fasse effet durablement. Vu qu’elle le testait depuis quelques temps, elle n’avait plus beaucoup de doute quant à l’utilité de ce breuvage -dégueulasse, certes, mais lui sauvant l’existence tout de même.
Enfin, il se trouvait que ces mondanités lui manquaient presque, et que si elle pouvait prendre un peu de bon temps en oubliant que son monde était en train de s’effondrer pan par pan, c’était peut-être le moment d’en profiter, avant de repartir au combat, plus déterminée que jamais.

À 19h10, elle avait fermé la porte de son bureau dans les catacombes occupées par les membres de l’Einsicht. « Partie faire des courses », disait un mot pour qui la cherchait jusqu’à pénétrer dans son antre. On ne viendrait probablement pas la tracasser de la nuit, vu que la plupart des Ascètes seraient certainement à la soirée de cet Applewhite. Mais dans le doute, un mot suffisait. Elle n’avait de comptes à rendre à personne, et elle voulait se rendre compte de certaines choses par elle-même, ne serait-ce que pour observer comment certains de ses subalternes se comportaient hors des catacombes. La chevalière avait été passée à la chaîne qui pendait à son cou, longue et dissimulée sous ses vêtements. Elle avait revêtu ce qu’elle avait de plus neutre comme vêtements, et comptait sur son oncle pour détenir certaines robes dans ses armoires -achetées pour elle-ne-savait-qui et elle s’en fichait. La fiole de polynectar ouverte, elle y glissa un cheveu de cette amie de son oncle, referma, secoua, et après avoir compté jusqu’à 30 secondes, vida d’un trait la fiole qui finit dans une poche intérieure de son manteau. En quelques pas, la morphologie se transformait et sortit ainsi des catacombes une vieille femme pliée en deux avec un vieux goût de bile au fond de la gorge.

Attendez deux minutes.
Une vieille ?

C’était en tout cas le visage que lui renvoyait la vitrine face à elle -une boutique moldue de produits de beauté, avec des miroirs grossissants pour donner envie aux femmes passant devant de devenir des icônes du glamour. Des rides, des yeux d’un bleu perçant, des cheveux gris.
Nom d’un Boutefeu chinois, Lindemann n’avait pas plaisanté.

Elle s’ausculta encore sous toutes les coutures et ce fut sa montre qui lui indiqua qu’il était temps qu’elle bouge : le polynectar faisait effet une heure seulement et elle avait un nombre limité de fioles d’avance dans diverses poches et dans sa petite sacoche de bal. Autant ne pas perdre plus de temps que cela.

*

Dans un craquement sourd, une silhouette émerge du néant dans une ruelle du Berlin sorcier. Toujours aussi vieille, toujours aussi ridée. Elle était en train de se demander si elle n’était pas censée aussi avoir une canne, redoutant pareille vieillesse. C’est à grandes enjambées fluides pourtant que la Dame traversé les ruelles de Berlin pour rejoindre la demeure de Herr Lindemann, où elle s’annonça et se retrouva assez vite face au Majordome.
Parlant de cet énergumène, elle n’avait jamais vraiment su s’il pouvait voir au-delà des apparences, s’il savait plus qu’il n’en disait. Elle n’eut aucun mal à prendre un air hautain lorsqu’on lui ouvrit et elle pesta un « J’ai failli attendre. » alors qu’il l’invitait à pénétrer dans le manoir, comme si elle était une habituée des lieux. « Faites venir Herr Lindemann, je vous prie. » Oui, parce que pour le moment, elle ignorait encore qui elle était censée être. Connaissant son oncle, probablement une figure de la noblesse européenne, mais qui ? Elle le saurait bien assez tôt.

« Mon on—cher ami ! », le salua-t-elle ainsi, avant de le saluer gracieusement, et de lui intimer, après un regard circulaire et la certitude qu’aucune oreille ne s’attardait autour d’eux : « Me feras-tu le plaisir me dire à qui j’ai dérobé le visage pour la soirée ? Et ton amie t’aurait-elle par hasard fait parvenir quelques tenues adaptées à sa morphologie ? Je suis malheureusement plutôt serrée. »

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MessageSujet: Re: masquerade night (paul)   Mar 27 Fév - 11:21

Le Majordome sourcille à peine, ne montre aucune reconnaissance, aucun signe d'avoir débusqué la femme la plus recherchée d'Allemagne sous la supercherie. Son buste s'incline légèrement, il la fait mener au salon, va chercher son maître. Jamais il ne s'aventurerait à commenter, à faire autre chose que son devoir, lui qui n'est qu'une ombre dans la demeure d'un seigneur bien plus magnifique qu'il ne le sera jamais. Ça n'a pas l'air de le déranger.
L'obscur disparaît et c'est Paul qui se montre à sa place, quelques secondes plus tard à peine, déjà drapé dans un de ses extravagants costumes aux couleurs bien incongrues dans une société qui préfère le noir et la sobriété. La veste est vert bouteille rayée de fins filigranes d'argent, le pantalon d'un vert plus sombre qui se nacre de couleurs changeantes au fil de ses mouvements, les chaussures parfaitement vernies, les cheveux coiffés à la dernière mode. On lui donnerait dix ans de moins, c'est-à-dire qu'on le verrait toujours comme un vieux beau, juste un tout petit peu moins vieux.
Il se pare d'un grand sourire joyeux et offre l'accolade à son invitée, une familiarité qu'il ne se serait sans doute jamais permise avec la propriétaire des cheveux, du moins pas en public – en privé, c'est une autre affaire ; la Dame lui a permis bien d'autres expressions d'intimité dans ces circonstances mais il préfère ne pas y penser. Pas quand sous les traits de sa vieille amie se cache sa nièce.
« Ma très chère Beatrix, quel plaisir de vous voir. » Nouveau sourire, du genre qui fait pétiller ses grands yeux bleus, lui donne l'air d'un gamin tout prêt à faire une grosse bêtise. C'est un peu le cas. Il y a quelque chose de très puéril dans son désir d'emmener Anke Sternberg à ce qui promet d'être une des plus grosses soirées berlinoises de la saison, deux jours après la capture de Grindelwald. Heimdall et l'Einsicht, c'est du pareil au même pour lui, deux clans qui s'affrontent en se jetant des petits cailloux et en se disant des vilaineries avec des idéaux pourris derrière. Il ne travaille ni pour l'un, ni pour l'autre. Non, ce n'est pas la politique qui a motivé son geste, clairement pas : c'est le désir de s'amuser et de voir ce qui se passera s'il introduit le loup dans la bergerie.
Du moins, c'est ce qu'on peut présumer.

Les oreilles indiscrètes sont légion dans la maison de Paul Lindemann mais elles savent toutes garder les secrets de ce qui s'y trament. Il y a probablement des dizaines de domestiques susceptibles d'entendre l'échange entre le vieux beau et sa petite Anna, aucun ne se risquerait à divulguer ce qu'il a vu ; les risques sont bien trop grands. Aucun n'a envie de courroucer un Nécromage même connu pour sa bonhomie et son affabilité, aucun n'a envie de finir en pièces détachées au sous-sol où se noue le cœur du problème que représente Paul Lindemann. L'homme sait s'entourer. Sait s'assurer qu'on n'irait jamais le trahir. Il s'agit de régenter sa maison en s'attirant à la fois l'amour de ses gens et leur crainte. Il n'est pas certain du premier, ne s'inquiète pas de la deuxième.
« Tu es ce soir Beatrix van Rijn, archiduchesse de Rotterdam, » explique-t-il en menant son invitée jusqu'à un fauteuil. « Whisky ? Je l'ai ramené d'Ecosse lors de mon dernier périple, c'est une vraie splendeur. » Sans attendre la réponse, il se sert un verre, le finit d'un trait, verse une deuxième lichette de liqueur. La vieillesse ne l'empêche pas de très bien tenir son alcool. Il va jusqu'à allumer une cigarette pour agrémenter son petit plaisir, en offre une à Anke, puis s'empare du sachet de feuilles de coca qu'il aime à mâchonner pour se donner un petit coup de fouet. Hygiène de vie ? Quelle hygiène de vie ?
« Beatrix a malheureusement passé l'arme à gauche très récemment mais personne n'est au courant, sauf les quelques bénéficiaires de son testament. C'est-à-dire moi et son chat favori, qui devrait se montrer tout à fait silencieux quant à nos petits arrangements. La pauvre femme est morte sans laisser d'enfants ni de famille, ce qui ne me surprend pas outre mesure étant donné son très charmant caractère. De fait, tout le monde la croit encore en vie et récluse dans son manoir près de Rotterdam, où elle entretiendrait une famille entière de chats persans tout aussi aimables qu'elle. Je suis ravi de voir que c'est bien un cheveu à elle et non un poil de ses chats que je t'ai envoyé. » Il passe sous silence les raisons pour lesquelles il s'est retrouvé dans le testament de la douairière. Anke peut bien faire le lien elle-même. « Pour ce qui est des vêtements, j'ai déjà tout préparé. J'espère que tu n'as rien contre le violet. J'ai jugé que cela se marierait à la perfection à mon choix de costume du soir. »
Paul a des idées quelque peu curieuses quand il s'agit de marier les couleurs, comme le prouve le gilet qu'il porte sous sa veste, crème et brodé de motifs dorés. L'ensemble ne choque pas et est étrangement élégant sur lui mais bien peu d'hommes oseraient de telles excentricités. Accorder de l'or et de l'argent, des motifs si différents ! On ne s'y risquerait pas. Pire encore, il a autour du cou un foulard de soie indigo à l'iridescence bleue et rose pâle. Et pourtant il n'a pas l'air d'un clown. Le talent.
« Je suis content que tu aies accepté de te joindre à moi. La soirée promettait déjà d'être intéressante, voilà qu'elle se fait passionnante. Il s'agira seulement de tenir notre langue si ça parle de Quidditch... »

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MessageSujet: Re: masquerade night (paul)   Mer 28 Fév - 22:01


Beatrix van Rijn, eh ben il ne s’ennuie pas le tonton, songe-t-elle. Les Van Rijn, si elle se souvient ce qu’elle a appris quand elle était jeune et qu’elle apprenait les grandes familles de la noblesse européenne, sont des gros poissons. Enfin, étaient, vu que la vieille douairière n’a jamais eu d’enfant. Est-ce qu’elle se réservait pour Paul ? Peut-être bien. Anke hoche la tête d’un air connaisseur et appréciatif : il ne s’est pas moqué d’elle, pour sûr. Elle accepte le verre de whisky et la cigarette, et l’allume avec une flamme sortant de sa baguette. Tout en tirant dessus, elle regarde autour d’eux et écoute attentivement les indications de son complice : c’est que ce qu’elle a appris sur les Van Rijn est vieux et daté, au moins Paul a les derniers potins. Un petit son faussement peiné lorsqu’il lui annonce la mort de son incarnation, et elle hausse les épaules. Au moins elle ne risque nullement de croiser son homonyme éphémère ce soir, c’est une bonne chose.
Elle écoute toujours, tout en soufflant des volutes de fumée : ainsi donc l’archiduchesse était une vieille bique. C’est du moins ce qu’elle comprend entre les paroles de son oncle. Ça explique aussi que personne ne lui rende visite et que donc seul Paul sache qu’elle a passé l’arme à gauche. Formidable, juste formidable. Ce qui est bien aussi, c’est que ça veut dire qu’elle va pouvoir être farouche avec bon nombre de péquins qu’elle va croiser à cette soirée. De toute façon, au bras de Paul, elle pourra toujours prétexter avoir un cavalier pour la soirée, et affirmer ne pas vouloir le délaisser pour rien ni personne. « Et je suis fort aise que tu aies envoyé les bons cheveux. », répond-elle en levant son verre à l’adresse de son hôte. « La soirée aurait été autrement mémorable… » Ce n’est pas une menace, parce qu’elle n’oserait probablement jamais le menacer de façon sérieuse. C’est simplement un constat. Elle a fini son verre qu’il passe à la tenue et elle jette un coup d’œil latéral aux couleurs du costume de son oncle. Elle n’a jamais eu les mêmes attraits pour les couleurs que Paul, mais elle se rangera à ses choix : et puis ça la changera, tiens, elle n’est pas sûre d’avoir jamais porté du violet.

« Je suis content que tu aies accepté de te joindre à moi. La soirée promettait déjà d'être intéressante, voilà qu'elle se fait passionnante. Il s'agira seulement de tenir notre langue si ça parle de Quidditch... » C’est un sourire attendri qui s’esquisse sur les lèvres ridées de la duègne tandis qu’elle écrase la cigarette dans un cendrier attiré par magie. En quelques grands pas fluides impropres à l’âge qu’elle affiche pour l’heure, elle vient déposer un baiser sur la joue de son oncle et, en s’écartant, avoue : « Le plaisir est partagé. J’avais les idées bien trop sombres et tu as su les égayer avec ta proposition. Je ne te remercierai certainement pas assez, mais considère que je te dois toutes les danses que tu veux ce soir. » Elle ne précisera pas quelles étaient ces idées noires, ça restera l’éléphant dans la pièce dont on refuse de parler. Elle ne veut pas aborder ses liens avec Gellert, pas plus qu’elle ne veut songer au fait que, pendant qu’elle goûtera aux mondanités interdites depuis quelques longues années, son ami et mentor croupit quelque part. Elle ne veut pas, et elle préfère donc se concentrer sur le rôle qu’elle doit jouer : « Parlant de Quidditch, Beatrix aimait-elle une équipe en particulier ? Je t’en supplie, dis-moi qu’elle avait la bonne idée de conspuer ce sport de cons comme nous. » Qu’elle n’ait pas besoin de feindre un quelconque intérêt pour cette idiotie sur balai. Et d’ajouter : « Tu me préviendras, d’ailleurs, si on croise quelqu’un que je suis censée connaître ? J’ose espérer qu’elle n’était tout de même pas sénile, n’est-ce pas ? Quoique ça pourrait servir notre mascarade… »

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MessageSujet: Re: masquerade night (paul)   Jeu 1 Mar - 18:02

Paul ne prend pas les paroles de sa petite Anna comme une menace. Même si elles cachaient quelque chose de plus lugubre, il aurait bien du mal à faire l'effort nécessaire pour en avoir quelque chose à faire et se contenterait sans doute d'un haussement d'épaules et d'un sourire un peu contrit. À son âge, qu'est-ce qu'on peut bien en avoir à cirer des menaces ? Qu'on le tue, il n'a pas de regrets, quelques remords peut-être. Il a bien vécu. Qu'on le torture et il sait très bien qu'il ne tiendra pas plus de quelques minutes, la torture, c'est pour les jeunes. Ceux qui ont des choses à cacher, des choses à perdre. Lui n'a rien de tout ça et se contente donc d'accueillir les paroles de sa nièce avec le grand sourire caractéristique. Rien ne gâchera son humeur ce soir. Il n'y a que lui, Anna et la fête qui comptent. Le reste, c'est accessoire.
« Bah, je suis sûr qu'on aurait pu s'amuser aussi. Mais tu es tout à fait charmante sous le minois de Beatrix. On la croirait presque aimable, à te regarder. » Le sourire se fait amusé, mutin. Ça, pour avoir du caractère, Beatrix en avait. De son vivant, elle se serait sans doute fort bien entendue avec Anke, à moins que les choses n'eussent vite dégénéré en combat de poules outrées de n'être plus la reine de la basse-cour. Il aurait regardé les deux situations avec beaucoup d'intérêt. « Allez, viens donc t'habiller, je t'assure qu'il faut un sacré paquet de temps pour réussir ce tour de force quand on est vieux. Marche doucement, elle a le dos fragile. » Enfin, pas en toutes circonstances et seulement quand ça l'arrangeait, mais autant prévenir Anna de ce genre de petit détail. Si Beatrix n'a pas passé toutes ces années à se plaindre de son dos pour le simple plaisir de râler, autant que sa nièce soit au courant avant de subir les affres qui accompagnent bien des vieilles lombaires.
La cigarette d'Anke écrasée et le baiser échangé, il l'attire donc vers la garde-robe où il garde les effets de ses anciennes compagnes, où il a fait préparer la tenue de Beatrix. Une somptueuse chose violette beaucoup trop chargée et pourtant élégante, du genre que seule la vieille bique était capable de porter sans avoir l'air ridicule. Paul ne doute pas un instant qu'Anke en ait également le pouvoir. Il ne mentionne bien évidemment pas les idées noires qu'elle a mentionnées, jugeant qu'il n'est en rien dans ses prérogatives de se permettre d'être intrusif ; elle lui a déjà accordé beaucoup de sa confiance et il serait fort malappris de sa part que d'essayer d'en tirer plus. À la place, il rit de ses mots, tend la main pour ébouriffer ses cheveux avant de retenir son geste – non qu'il craigne de la décoiffer, une chose banale que la magie pourrait régler en un instant, mais la chose serait beaucoup trop étrange alors qu'elle arbore le corps de Beatrix.
« Tu sais, je ne danse plus autant qu'avant. Mais il est certain que ma maigre énergie de petit vieux te sera tout entière dédiée. » Galant, charmeur, comme avant, comme toujours. Il faut bien maintenir les apparences extérieures, même lorsqu'on se décompose de l'intérieur. Il se doute bien que les sombres pensées de sa petite Anna ont quelque chose à voir avec la capture de Grindelwald. Il y pense aussi, souvent, quoique pour d'autres raisons. S'inquiète, la plupart du temps, sans toujours savoir de quoi ni pour qui. Pour elle, bien sûr. Pour d'autres. Pour le monde entier. Paul songe une fois de plus à l'hydre à la tête coupée mais lorsqu'il regarde Anna, c'est plus un poulet qui lui vient à l'esprit. Un poulet décapité qui continue de courir malgré tout.
Il se gardera bien de le lui dire.

« La chose la plus importante que tu dois savoir sur Beatrix, c'est qu'elle n'aimait rien ni personne. Sauf ton serviteur, bien entendu – les harpies ont un faible pour moi, va savoir pourquoi. Elle n'aimait pas le Quidditch mais pas non plus les gens qui ne font pas de sport. Elle n'aimait pas les nobles mais pas non plus les pécores. Quand on lui parlait de quelque chose qu'elle jugeait désagréable, donc d'à peu près n'importe quoi, elle faisait... » Il réfléchit un instant pour se souvenir des expressions de Beatrix, puis imite son petit hoquet outré, la main qu'elle portait à son cœur pour souligner la terrible offense qu'on venait de lui faire. Sur lui, le spectacle est plus que comique. « Quant aux gens qu'elle pourrait connaître, je doute de les trouver à cette soirée, mais si ça devait se produire je t'en avertirais tout de suite. Si tu m'entends prononcer le mot hippopotame, c'est que tu es censée connaître la personne. »
Le visage de Paul s'assombrit un instant quand il s'agit de parler de sénilité. Beatrix n'a jamais été sénile, même dans les dernières secondes. Au grand dam de tout son entourage, elle a conservé ses facultés mentales et son mauvais caractère d'un bout à l'autre de son existence, poussant son dernier soupir avec un grognement à l'adresse de la mort elle-même. Même la faucheuse n'a pas réussi à s'attirer les grâces de la vieille bique.
Si elle a eu la chance de conserver ses souvenirs et son intellect intacts, ce n'est pas le cas de Paul. Il le lui a dit, l'an passé, lui a parlé de sa mémoire qui s'éclipse petit à petit. Peut-être n'a-t-elle pas jugé qu'il s'agissait d'un réel problème, n'a-t-elle pas voulu s'attarder sur le sujet. Peut-être a-t-elle imaginé que c'était juste la fatigue. Il aurait bien aimé. La fatigue, ça se dissipe, ça s'amoindrit un peu, à défaut de disparaître complètement – il sait que ce n'est pas ça, que c'est plus profond, plus compliqué, plus irréversible surtout. Chaque matin, quand il se réveille, il a perdu un pan de son existence. Des fois, il appelle les gens par un nom qui n'est pas le leur, qui appartient à une personne morte depuis des lustres. L'autre jour, c'était sa cuisinière Irina qu'il a appelée Maman. Elle l'a regardé d'un œil torve et bu une grande rasade de vodka avant de retourner à ses manigances dans les profondeurs de sa cuisine.
Inutile d'en parler à Anna, de l'inquiéter. Elle n'a pas besoin de ça et la soirée doit avant tout être un plaisir pour elle. Pas le moment de lui faire penser à son oncle qui décline de plus en plus. « Ne t'en fais pas, Beatrix a toujours été un esprit redoutable, » répond-il donc après un silence. « Si tu ne sais pas certaines choses, tu peux toujours prétendre qu'elle a oublié, elle aimait bien faire semblant d'oublier ce qui ne l'intéressait pas. Et rien ne l'intéressait vraiment. À part ses foutus chats, bien sûr... Si une conversation t'emmerde, tu peux toujours parler de chats. Je te garantis que personne ne s'intéresse à ces fichus chats et n'a envie d'en entendre parler en soirée. Tu les feras fuir à coup sûr. Mais enfin, le but est de s'amuser, pas de s'aliéner la totalité de Berlin. »
Pas qu'il en ait grand-chose à foutre. Qu'on l'aime ou non, il sera invité quoi qu'il arrive, par vertu de sa richesse absolument obscène. Autant en profiter pour être odieux si on le désire.

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