AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann

Revelio

MessageSujet: Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann   Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann EmptyMar 13 Mar - 8:14

Schlanke Monstrosität
Dans ce monde, il n'y a ni bon, ni mauvais. C'est ce que Mère lui répétait sans cesse. Litanie silencieuse qui s'est installée dans la chair. Refrain sempiternel d'une lueur désormais éteinte. Pendant toute son enfance, Kora a cru à des fragrances qu'on lui proposait. Comme tout rejeton de la portée, le mimétisme a été plus fort que le comportement propre. Elle a copié, reflété, recopié. Alors quand Mère disait qu'il n'y a ni bon, ni mauvais, elle avait forcément raison. Image toujours plus forte, toujours plus unique à ses yeux. En parcourant les douces sphères de l'adolescence, Kora s'est bien vite évadée de ces pseudo-sagesses qu'on lui avait implantées. Elle a tenté de trouver une réponse par elle-même. Qui est bon ? Qui est mauvais ? Milliers d'exemples à épingler à son cerveau. Et pourtant, toujours cette incompréhension. Toujours cette sensation d'e ne pas avoir obtenu la véritable réponse. Ce n'est que le temps qui put réellement lui offrir une perception différente. Kora a vu des hommes tuer d'autres hommes pour des choses futiles. Elle a vu des pauvres voler des biens pour tenter de survivre. Elle a vu des enfants tabasser un chat dans la rue. Vu des dirigeants semer le chaos sans se soucier des vies perdues. Mais pour tous ceux-là, il n'y avait ni bon, ni mauvais. Hommes aux pulsions morbides reflétant leur véritable nature animale. Pauvres désespérés jonchant l'illégalité. Enfants innocents et naïfs reproduisant les schémas de leurs géniteurs. Dirigeants solitaires ayant perdu tout coeur. Ils n'étaient pas profondément mauvais. Seulement sous le charme de leur propre Humanité. Mais alors, cette femme qui trône désormais dans l'obscurité, n'est-elle pas ni bonne ni mauvaise, en vérité ?

Rondes multiples dans le bureau du Commandant. Kora fait cent pas d'un côté, cent pas d'un autre, à la recherche d'une annihilation. Suppression de cette effroyable pulsion qui fait convulser le palpitant. Cela fait désormais plusieurs mois que les cachots renferment sa Boîte de Pandore. Des mois qu'elle y échappe secrètement en s'inventant des travaux plus nombreux chaque jour. Mais il vient une nuit plus noire que les autres, où plus rien ne semble retenir le fauve en cage. Humanité, quand tu nous lies. Ligotage famélique de l'âme, elle sent les artères s'enquérir des tentations vénéneuses. Il y a cette voix intérieure qui lui dicte la bonne conduite. Il y a cet élan du coeur qui la pousse à la proie éconduite. Proie dénommée Maja. Demi-vélane ayant un jour piétiné ses os de son absence. Demi-humaine ayant une nuit clairsemé le chaos de son indifférence. Pourtant l'esprit sait que la haine engendrée finira par se fragmenter sous l'invasion des parfums de son ancienne aimée. Ainsi, Kora s'enfuit, Kora la suit. Comme elle l'a toujours fait.

Pendant qu'elle traverse les couloirs abandonnés, les synapses lui hurlent de faire demi-tour. Ses jambes, elles, semblent sourdes. Elle tente de maîtriser les courbes de sa respiration, mais ces souhaits restent sans réponse. Elle est seule face à elle-même. Dans cet ascenseur. Enfermée dans la boîte qu'elle s'est construite. Effigie d'une protection qui n'aura pas vraiment servie. A croire que même les plus hautes murailles que l'on peut forger ne parviennent à totalement supprimer les flèches provenant du côté opposé. Le myocarde tambourine, orchestre symphonique qui la martyrise. Elle souffle une injure qui n'a d'écho que ses tympans. Pourtant l'avertissement se perd dans le vent. Les portes s'ouvrent sur un second couloir. Deuxième chance de faire marche arrière, mais deuxième chance deuxièmement manquée. Elle parsème le sol de ses pas décidés. Prisonniers premiers qui écoutent sans broncher. Un qui hurle en se jetant sur la frontière de sa propre cage. Kora n'est jamais venue ici. Ou peut-être il y a bien longtemps, lorsque la majorité des geôles étaient vides. Et c'est une atmosphère de souffrance et de haine qu'elle perçoit à cet étage tant évité. Et c'est ainsi qu'elle comprend pourquoi elle n'a guère pu y revenir plus tôt. Confrontation avec la réalité : tous qu'elle eut l'audace d'envoyer ici sont certainement désossés. Empreintes de folie et carences de la vie.

L'un des gardes la salue bien bas. Kora n'y prête pas attention. Au-dessus, en dessous, elle lui aurait répondu d'un sourire. Mais cet espace semble gober tout ce qui provient d'elle. Elle désigne cette porte qui la sépare encore de l'ignominie. Elle a conscience que lorsque celle-ci sera ouverte, seule une miséricorde imaginaire pourra la sauver. Comme quoi l'auto-destruction n'est pas réservée qu'aux plus désespérés. « Vous êtes sûre, Commandant ? » Coup asséné par le soldat de garde, qui ramène en elle un peu de réalité. La tête semble tenter de retrouver le chemin de la conscience. Mais sur le chemin, une fois de plus, elle se perd pour mieux errer dans sa propre dégénérescence. « Ouvrez. » qu'elle répond, sans ton ni regard. Elle n'a d'attention que pour cette porte qui s'ouvre enfin, après le bruit des gonds et d'une serrure trop fine. C'est l'obscurité qui l'accueille en première, offrant ses bras comme une promesse de repos immortel. « Vous pouvez disposer. » qu'elle surenchérit. Mais le soldat n'a pas l'air sûr de lui. « Vous en êtes certaine ? Je ne suis pas... » Elle gronde, pour la première fois depuis des lunes. Elle gronde comme la Bête qu'elle est au coeur de sa carcasse. Comme la femme qu'elle tente de dissimuler depuis des décennies. « Allumez cette maudite lumière et allez-vous-en, soldat. Je n'ai cure de votre inquiétude. » Et c'est en apercevant sa silhouette, lorsque lumière est faite, qu'enfin son souffle semble trouver le repos. « Elle ne me fera rien. »

Le bruit de la serrure fait écho entre les quatre murs. Indication de la solitude qui s'emparent d'elle. Elle dénigre, un instant, l'amplitude de ses émotions. Elle n'observe pas la prison. Elle n'observe pas les conditions. La seule chose qu'elle voit, c'est elle. Maja, créature d'un passé désormais révolu. Souvenirs lointains d'une époque perdue. Un silence brise la carapace. Fissures multiples qui tendent à vouloir la mettre à nue. Mais le combat qu'elle mène en elle est loin d'être terminé. Tandis que les muscles et les veines sont inondés. En premier temps, elle retrouve toutes les phrases qu'elle a imaginé lui dire, autrefois. Dans un second, elle entrevoit l'inquiétude qu'elle a ressenti, aujourd'hui. Tant de discordes qui les unissent, tant de venins qui les pourrissent. « J'ai longuement hésité avant de venir te rendre visite. » Elle a bien conscience qu son honnêteté la trahira. Pourtant, le mensonge n'est pas son allié pas même devant Maja. « J'ignorais quoi te dire. Je crois que je l'ignore encore. » Un soupir s'évapore dans sa gorge, lorsqu'elle sent que celle-ci enserre sa respiration. Elle se demande si son propre corps n'essaierait pas de la tuer. « J'imagine qu'il était temps pour moi de venir trouver des réponses. Ou de te dire, enfin, ce qui me hante. » Elle sourit de sa propre naïveté, de cette enfant en elle qui semble tenter d'avouer quelque chose d'inavouable. Elle se rit de cette image qu'elle reflète, de cette idiote qu'elle est. « Mais cela a-t-il seulement la moindre importance, désormais ? De nombreuses années se sont écoulées. Nous ne sommes plus les enfants que nous étions autrefois. Que pourrions-nous bien réparer, cultiver, reconstruire ? » Question semblant rhétorique, à laquelle elle réfléchit en même temps qu'elle ne la dit. Rien. « Rien. » Alors que fait-elle ici ? Elle-même ne le sait pas. Etrange, n'est-ce pas, comme le karma peut s'avérer des plus mystérieux. « J'aurais aimé te retrouver dans d'autres circonstances. J'ai essayé, je suppose que tu l'ignores, ou peut-être le sais-tu mais n'y accordes-tu aucune importance. Je crains que tu ne m'aies pas laissé le choix. » Et elle sait que milles fois, le courroux de Maja se déchaînera.

- ♦ -


K o r a
Revelio

MessageSujet: Re: Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann   Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann EmptySam 17 Mar - 23:02

Schlanke Monstrosität

Le noir. Juste le noir. Maja se tient droite, le dos enfoncé dans la chaise qui trône au beau milieu de sa cellule. Les yeux grands ouverts percent l'obscurité. Elle est fatiguée. Ou est-ce qu'elle a faim ? Peut-être soif ? Les notions se mélangent. Un peu des trois, sans doute. Elle devrait s'allonger. Elle pourrait le faire. Mais elle n'a pas la force, ni l'envie de rejoindre le lit. Elle n'a plus envie de rien, ces derniers temps. Dans sa tête, le refrain de son désespoir tourne en boucle : ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'on se débarrasse d'elle. Grindelwald a été capturé. Son utilité a diminué de moitié. Et elle appréhende le moment où on le constatera. Où on statuera qu'elle coûte plus qu'elle ne vaut. Quand ce moment arrivera, quand il sera enfin là, devant la porte de sa prison et les dents arrangées en un sourire impeccable, la sortie se fera par l'échafaud, et non par la remise en liberté. Elle n'est pas assez naïve pour croire au contraire. Et ses filles, alors ? Peut-être sauvées, espère-t-elle. Après tout, elles n'ont rien à voir avec tout ça. Pourquoi payeraient-elles pour les crimes de leur mère ? Ils en feront leurs choses. Il en fera ses choses. A cet instant, le visage de Werther lui apparaît clairement.

Quand le mécanisme de la porte s'enclenche, Maja croit d'ailleurs à une nouvelle visite de son bourreau. Mais les torches qui s'embrasent dévoilent une chevelure blonde. Et cette voix. Cette voix, elle la reconnaîtrait entre un million. Kora. Les cils papillonnent, d'étonnement et d'éblouissement. Son visage aux traits creusés filtrent admirablement les émotions qui tentent de se faufiler jusqu'à l'intérieur. Kora. C'est bien Kora. Si le cœur bat à l'inconstance, la simple vue de sa vieille amie la rassure, ou à défaut, lui fait du bien. Un bien fou. Le temps de cette entrevue, le temps de ces retrouvailles, elle décide d'oublier volontairement que c'est à cause de cette même amie, de cette même Kora, qu'elle se retrouve enfermée ici. Car à l'endroit de Kora, ses sentiments ont toujours été ambigus, aussi proche de l'affection véritable que de l'amitié pure.

Maja la laisse parler. Elle ne lui offre que le silence d'une bête acculée, d'une prisonnière condamnée. Il lui semble aussi qu'elle n'a rien à ajouter, et rien à débattre. Les choses sont ce qu'elles sont. Aussi floues et non-dites qu'on les a laissées.

« Pourquoi ? Balaye-t-elle. Pourquoi tu m'as fait ça, Kora ? »

Un sanglot est savamment feint, puis étouffé. Maja joue sur la corde sensible, exacerbe tous les bons sentiments qu'elle a pour Kora. Elle lui a manqué. Ou elle le fait croire avec une adresse qui frôle la vraisemblance. La vérité, c'est qu'elle ne sait pas. Elle ne sait pas mettre en ordre ce qu'elle ressent pour Kora. Ce qu'elle sait, en revanche, c'est qu'elle doit retrouver ses filles. Savoir ce qui leur arrive. Si elles sont toujours en vie. Peu importe s'il faut sacrifier son intégrité, ou feindre des sentiments. C'est facile. Avec Kora, c'est facile. Elle n'a pas besoin de se forcer. Pas comme elle se forçait avec Werther, au début.

« Je te faisais confiance... »

Maja se sent trahie. La blessure au cœur est béante, et elle y plante elle-même une dague pour que Kora la remarque. Pour que Kora culpabilise.

« Si tu étais venue me trouver... Si tu étais venue me parler... Nous aurions pu trouver des solutions. Nous aurions pu nous en sortir. Tu n'étais pas obligée... Tu n'étais pas obligée de me punir comme ça. J'aurais compris, tu sais ? J'aurais compris à quel point je t'ai fait du mal. A quel point je nous ai fait du mal. »

Car c'est de ça qu'il s'agit, n'est-ce pas ? Le désarroi embellit sa peine. Les conjectures filent, les conclusions tirent. Maja ne le voyait pas, autrefois. A présent, il lui semble qu'elle ne voit plus que ça. Kora. Kora et son chagrin. Kora et ses regrets. Natasja en a, elle aussi. Des regrets. Peut-être que rien de tout ça ne serait arrivé, si elle n'avait pas négligé son amie et ses sentiments. Peut-être qu'elles auraient pu être heureuses. Aujourd'hui, il n'est plus question d'être heureuse, mais d'éviter le malheur.

Les yeux fixent les yeux. L'affliction au visage, Maja prend le temps de se relever pour mieux faire face à Kora. La tête tangue de toutes les carences qui assaillent le corps, mais la silhouette présente admirablement. Elle est belle, Maja. Elle l'a toujours été. Malgré la fatigue, malgré la faim, malgré la soif, malgré le manque de lumière.

« Je suis désolée, Kora. »

(c) AMIANTE
Revelio

MessageSujet: Re: Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann   Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann EmptyJeu 22 Mar - 13:46

Schlanke Monstrosität
L'écho de sa voix lui tambourine les synapses, marteau de glace gelant les neurones à chaque nouvel impact. Frissonnements sous la peau, Kora frémit. Le tressaillement serpente le long de sa nuque, reptile soulevant les mailles de sa toison funèbre. Le palpitant bondit. Elle sait. Qu'elle est faible. Kora l'a toujours su. Elle paraît pourtant immuable, muraille éternelle parcourant l'horizon de ses pierres grisâtres. Les autres diront simplement qu'elle n'a de pénétrable que sa chair faisandée. Que seul un poignard pourrait lui arracher quelque chose. Ils sont si naïfs, tous ces sots. Kora les regarde, les observe, et ne voit là qu'une assemblée de beaux perdants, obnubilés par les faiblesses visibles. Sont-ils si crétins pour ne pas entrevoir les blessures dissimulées ? Celles qui parviendraient à l'anéantir si aisément, si facilement ? Sont-ils donc si naïfs pour croire que Kora n'en a pas ? Pourtant, tout le démontre, tout le désigne. Cette facilité avec laquelle on pourrait la broyer d'un coup de poing bien placé, d'un coup de pied bien envoyé. Des monologues devenus véhicules pour mieux la renverser. Ces souffrances d'hier, ces rancunes austères. Elles sont toutes là, sous les cellules. Bien lovées entre les veines. Ces souvenirs projetés dans ses cauchemars empoisonnés. Ces peurs morbides dans ses évasions psychologiques. Alignées, en file indienne, attendant l'heure d'être délogées.

Maja a ce pouvoir de trouver la meilleure batte pour frapper par-dessus les fractures. Elle crée l'hémorragie par le simple timbre de sa voix. Elle est forte, Maja. Très forte. Mais Kora n'est pas dupe non plus. Et malgré les tambours faisant tressauter la dépouille, sa raison lui dicte la naissance de mensonges bien travaillés. Elle a conscience, Kora, de ce qu'elle est devenue. Elle qui lui a pourtant bien souligné qu'elles ne sont plus des enfants, désormais. Elles en sont même bien loin. Si loin qu'elle n'est pas sûre qu'il s'agisse réellement de cette ancienne Natashja qu'elle avait trouvée, admirée, aimée. Elle fronce les sourcils, projette devant ses yeux quelques barrières invisibles. Mais rien ne semble arrêter les pulsations qui la lacèrent. Aimant cherchant toujours son opposé, pour mieux lui échapper. « C'est tout ce que tu as à dire ? » qu'elle demande. Le ton est calme, mais ferme. Reflet d'une âme déjà envahie par les pressions de la furie. Elle sent la crispation des mâchoires, les dents qui s'amadouent. Elle aimerait que tout ceci ne soit qu'une stupide illusion notoire. Mais il n'est rien qu'elle a tenté d'annihiler. Tout ce qui se trouve dans cette pièce est un échiquier qu'elle a mis en place. Alors elle se fustige, la gamine qu'elle est, pour avoir osé s'introduire dans le cachot de son passé. « Que tu es... désolée ? » La tension lui secoue les côtes comme un guitariste jouerait de son instrument. Elle a, un instant, l'envie de laisser son âme déborder dans sa gorge. Mais la nausée s'évade, subtile apparition déjà évaporée. Elle contemple ce qui l'entoure, tout ce qui pourrait l'éloigner de cette marionnettiste écervelée. Le sol crasseux. Le lit vide. Les murs sales. L'absence de Geist. Les cheveux, longs cheveux de Maja, qui se hissent jusqu'à son visage. Celui qu'elle a adulé autrefois. Celui qu'elle a tant souhaité embrasser.

« Combien de lettres t'ai-je envoyées ? Combien de fois ai-je désespérément attendu ta réponse ? Combien d'entrevues t'ai-je proposées ? Combien de fois ai-je frappé à ta porte dans l'espoir de te voir ? » Elle se souvient de tous ces jours durant lesquels elle l'a attendue. Comme un espoir perdurant pour l'éternité, naïve petite créature gardant la foi pourtant profondément mauvaise. Elle se souvient les nuits passées, assise sur son lit, à raturer page sur page jusqu'à trouver la bonne tournure de phrase. De quoi attirer l'attention, juste une petite attention, pour obtenir une réponse. Quelque chose, n'importe quoi. Une litanie pérenne, devenue automatisme obsessionnel. Elle se souvient ses larmes. Iode parsemée au clair de lune, quand elle comprit qu'elle ne la reverrait certainement jamais. Perles fugaces crachées par l'hémicycle de l'essence, en découvrant l'abandon. Elle revoit son petit corps, tout frêle, tout fragile, posté devant la porte de celle qu'elle avait attendu pendant près de cinq ans. Elle ressent l'hésitation d'autrefois, la naïveté de croire qu'on lui répondrait, la peur, aussi, de connaître telle possibilité, et enfin l'excitation, l'adrénaline, de cet espoir perdurant malgré les réalités douloureuses. Elle revoit comment elle avait frappé. Et comment une inconnue lui avait ouvert. Et comment elle avait compris que Maja était partie. Pour toujours, peut-être. Ou du moins était-ce la sensation qu'elle avait. Dans la cage thoracique trouée. « J'ai essayé de te voir. J'ai essayé de te parler. Tu n'as pas le droit de me reprocher ce que tu m'as poussée à faire. Tu en es la seule fautive. Tu as disparue, du jour au lendemain. Si tu avais quelques sentiments à mon égard, quels qu'ils soient, ils étaient certainement de faible importance. Preuve en est, nous en sommes là aujourd'hui, toi, dans un cachot, moi, à te regarder dedans. » Laideur de la scène, mise en évidence de l'absurdité. Kora se demande s'il ne s'agit pas d'une forme de parodie. Une pièce de théâtre étrange et indélicate. Mais elles sont bien là. Elles se jaugent, comme deux prédateurs, ou deux proies, elle ne sait pas. Ce qu'elle sait, c'est qu'elles sont là. Et qu'avec elles, il y a la haine en contrebas. Kora s'enflamme. Grille les feux rouges qu'elle s'est pourtant juré de surveiller. « Tu peux prétendre que tout ceci te touche, mais je ne te crois pas. Je n'ai plus envie de te croire. Je n'ai plus envie d'attendre quoi que ce soit de ta part. Je t'ai trop longtemps attendue, Natashja. Je t'ai trop longtemps espérée. Mais c'est trop tard, maintenant. Tu as pris trop de temps. Et il se trouve que si je ne t'avais pas menottée, jamais plus tu ne m'aurais retrouvée. J'ai raison, n'est-ce pas ? Je ne suis qu'un souvenir. Ou du moins l'étais-je. C'est toi qui m'as obligée à redevenir ton présent. C'est toi qui m'as obligée à faire ça. Alors, s'il est une personne envers laquelle tu devrais demander pardon, c'est envers toi-même. »

- ♦ -


K o r a



Contenu sponsorisé


Revelio

MessageSujet: Re: Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann   Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann Empty

Schlanke Monstrosität | ft. M. Lehrmann

Page 1 sur 1


Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Revelanda Arcanis :: LAND DE HAMBOURG :: Hambourg :: Siège de Heimdall-
Sauter vers: