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it's been the ruin of many a poor boy ∞ konrad


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Ahren Hafner
Heimdall

Revelio

MessageSujet: it's been the ruin of many a poor boy ∞ konrad   Mer 14 Fév - 22:17


10 novembre 1918, 20h | aux abords de la meuse


Le froid transperçait les uniformes, rentrait dans les chairs. En cette veille d’hiver, sur le front ouest, le soleil avait déjà déserté le champ de bataille. Les soldats étaient agglutinés les uns contre les autres dans l’espoir de retrouver un peu de chaleur humaine. La nuit allait être longue, mais c’était bientôt la dernière. Peut-être. C’était quelque chose qui occupait tous les esprits, sans que chacun ne puisse l’exprimer. Ahren Hafner soufflait dans ses paumes fermées en coupe, ses yeux bleus fixés sur l’horizon nocturne. En contrebas plus loin, à quoi ressemblaient les autres ? Avaient-ils froid comme eux ? Crevaient-ils de faim et de fatigue, comme eux ? Au petit matin, la découverte d’un régiment français de l’autre côté de la Meuse avait suscité la déconvenue et avec elle, une recrudescence des affrontements. Les Allemands avaient pris le dessus, naturellement avantagés par le terrain, mais de parts et d’autres, tous tenaient à maintenir leurs forces jusqu’à la fin. On ne savait pas quand ça allait se terminer, mais les rumeurs de négociation étaient beaucoup trop présentes pour ne pas refléter une once de vérité. Ce soir, tout le monde camperait sur ses positions en attendant les nouvelles de l’aube. L'artillerie prendrait le relais jusqu'au matin. « Allez, plus que quelques heures. » balbutiait Jon entre deux grelottements. « Comment tu sais ça, toi ? T’as développé des dons de voyance ? » répliqua son voisin, en donnant un coup d’épaule bourru à Ahren, installé à côté de lui. « Tu crois qu’il voit l'avenir, le matin quand il pisse, le gamin ? » Le sorcier releva à peine la tête pour esquisser un sourire semi-amusé. « Laisse-le tranquille, Klaus. » Il essayait d’être optimiste, le soldat qui, du haut de ses vingt ans, devait certainement s’accrocher à la dernière chose qui lui restait : l’espoir. Jon venait de Frankfort. Son père était notaire et il ne s’était jamais construit aucune autre ambition que de reprendre avec fierté l’affaire familiale. C’était un bon garçon, dans laquelle se lisait toute l’incompréhension de ce combat. Ahren avait rapidement compris que c’était un moldu. Il n’y avait pas cette frustration constante d’être dans l’incapacité de démontrer sa vraie valeur. Il n’y avait pas cet éclat vivace dans l’œil qui prouvait qu’il en savait plus que ses compagnons d’armes. Il n’avait rien à foutre là, le gamin qui les avait rejoints depuis l'année dernière. Du haut de ses vingt-trois ans, Ahren pouvait tenir le coup. Du moins, c’était ce qu’il croyait, alors qu’il s’était engagé au même âge que ce pauvre Jon. Au fond, il n’avait qu’une envie : abandonner les armes.

« Oh, si on peut plus rigoler. » s’emporta Klaus, avant de sortir une cigarette. Il fallait absolument qu’il fasse quelque chose de ses dix doigts, sinon il allait les perdre. Klaus avait environ trente ans. Originaire de Berlin, on distinguait une éducation plutôt modeste. Il ne parlait jamais de sa vie civile. Voilà près de quatre ans que le fils Hafner le côtoyait et il n’avait jamais réussi à en savoir plus. Néanmoins, il n’était pas difficile de deviner que derrière cette verve abondante et cet humour douteux se cachaient une vie difficile et un épuisement psychologique. En voyant le regard de travers qu’Ahren lui jetait, il ajouta : « Ça va, avec le brouillard qu’on se tape, personne ne nous remarquera. » Il tira une première taffe qui sembla salvatrice puis se pencha vers la quatrième silhouette, à la gauche d’Ahren. « C'est bon, je peux fumer patron ? » Le sobriquet avait été trouvé dès l’arrivée de Konrad Reinhardt. Il se murmurait qu’il venait de l’état-major et surtout, c’était le plus vieux du régiment. Certains disaient que c’était le plus sage, mais Ahren savait que ce n’était pas tout à fait la vérité. Lui connaissait le nom Reinhardt et l’existence qu’il impliquait : c’était un sorcier de la plus haute noblesse qu’il soit. Comme lui. Quand bien même il ne l’avait pas beaucoup côtoyé, il lui inspirait un certain respect. Il se sentait davantage proche de lui. Ressentait-il ce même besoin d’attraper sa baguette, chaque jour ? De pouvoir enfin faire la différence et mettre un terme à cette mascarade ? Le jeune homme ne l’avait jamais interrogé à ce sujet, par prudence et par pudeur. Au milieu des tranchées, ils étaient tous les mêmes. Ahren jeta un regard à Konrad, s’excusant presque pour l’excitation de leur comparse. Néanmoins, il sentait que Konrad n’était pas dans son état normal et se demandait si toutefois il pourrait supporter de nouvelles frasques de la part de Klaus. « Allez, arrête de parler et fais-toi plaisir. » Il tourna la tête vers son voisin de gauche et le bout de sa botte vint taper contre son talon. « Ça va ? » Il sortit de sa veste une flasque qui semblait somme toute normale, malgré une particularité des plus uniques. Si un moldu buvait dedans, il n’aurait que le goût d’une gnôle comme on en trouvait en temps de guerre. En revanche, si quelqu’un doté d’un sang magique trempait les lèvres, il pourrait retrouver la chaleur du whisky pur-feu. Un petit réconfort qu’Ahren avait tenu à emporter avec lui, comme un souvenir du monde qu’il retrouverait bientôt. Vite, très vite. Il tendit l’objet à Konrad, de bon cœur. Au loin, se rapprochait une silhouette silencieuse de leur supérieur et du ciel, tombaient les prémices d'une future averse.

- ♦ -

Amare et sapere vix deo conceditur
Everybody knows that the Plague is coming. Everybody knows that it's moving fast. Everybody knows that the naked man and woman are just a shining artifact of the past. Everybody knows the scene is dead. (c)lazare.

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Konrad Reinhardt
Gouvernement | Autres

Revelio

MessageSujet: Re: it's been the ruin of many a poor boy ∞ konrad   Jeu 15 Fév - 23:32


10 novembre 1918, 20h | aux abords de la meuse


Le froid. C’était intenable. Il se rappelait le premier hiver. Et le deuxième. Et se rappelait qu’il y avait qui en avait vécu deux de plus, dans la boue. Puis il perdait les comptes. La mémoire se mélangeait. Il s’imaginait de nouveau en 16. Ou en 17.
Tentait de se rappeler pourquoi il n’était pas chez lui.
Se souvenait qu’il ne parvenait plus à transplaner.
N’arrivait pas à oublier ce qui arrivait aux déserteurs.
Savait qu’il se ferait prendre.
Il coinçait ses mains sous ses bras, les serrait contre sa poitrine, attentif à la bué qui s’échappait de ses lèvres.
Tu respires.

Vraiment. Le froid. C’était intenable.
… C’était d’autant plus intolérable que l’on savait la fin proche. « Faut t’nir. Y z’essayes d’nous épuiser. Faut t’nir, » qu’on leur répétait, alors qu’ils battaient en retraite. Ils avaient lâché tout l’ouest. Depuis juillet. Depuis la mort de… « Y z’accélèrent pour n’faire reculer. Faut t’nir, » qu’on leur martelait. Et on apprenait qu’à la maison, c’était la révolution. Ça se mutinait. « Vive Le Kaiser ! » qu’on criait pour se tenir chaud. Les nouvelles de l’avancée des français arrivaient avec autant de rapidité que les nouvelles de la maison. « Vive Le Kaiser ! » qu’il criait seul, l’officier supérieur. Plus personne n’y croyait. « Faut t’nir ! » Faut tenir. Faut tenir tout en reculant. Faut tenir et faut les ralentir, les français dans le dos.
On passait la Meuse. On brisait les barrages. On brisait les ponts. « Y doivent pas passer ! » Ils ne doivent pas passer. On avançait, on ne savait même pas pour aller où. Vers l’Allemagne. Vers la maison, disait certain. On rentre. On rentre ! Konrad avait oublié la couleur des murs des vieilles maisons de Nuremberg. On rentre… Oui. Enfin. Loin de la France. La France, c’est la Mort. La France, c’est le feu glacé des obus. La France c’est le gris, le noir, les nuits passés à attendre. La France c’est l’Enfer. Mais là, on apprend qu’à la maison, c’est l’Enfer également. Le Kaiser a abdiqué. Quitté le trône d’Allemagne et de Prusse. Le pays est en grève. Tous les autres souverains allemands abandonnent à leur tour. « Vive le K- » Non.
Ils étaient donc coincés. À se faire tuer sur un sol étranger qu’ils foulaient depuis quatre ans, tourné vers une patrie qu’ils ne pouvaient plus reconnaître.
« Si on tient pas. On va perdre. » Et tout ça pour rien, que ça sous-entendait.
Mais eux, ils voulaient juste que ça s’arrête.



« Oh, si on peut plus rigoler. » La voix de Klaus tira Konrad de sa léthargie, principalement induite par le froid. Il regarda le berlinois extraire une clope de son uniforme presque gelé. Il ne les connaissait pas depuis très longtemps – quelques mois ? Il comptait mal. Depuis la retraite de la Marne. Klaus, Jon et Arhen. Le premier trop détaché, le deuxième trop jeune et le troisième… Hafner, ça lui parlait, à Konrad. Weimar n’était pas si loin au nord de Nuremberg. Le deuxième sorcier qu’il rencontrait en un an – lui qui avait été séparé des siens pendant si longtemps. Il lui arrivait souvent de dévisager Arhen, de rechercher la lueur de connivence dans son regard qui lui assurait à chaque fois qu’il n’était pas fou. Qu’il n’imaginait rien.
Quand ça explosait, près d’eux, c’était vers lui qu’il se tournait en premier : s’il te plait, ne crève pas.
« C’est bon, je peux fumer patron ? » C’était lentement qu’il tourna ses yeux blanchis de fatigue vers Klaus, comme si ses paroles étaient difficile à saisir à travers le brouillard et le froid. Il avait envie d’une cigarette, lui aussi, mais n’était pas certain que ses doigts suivraient parfaitement ses ordres. Mais ce fut Arhen qui balaya la question d’une phrase. « Ça va ? » Il baissa les yeux pour constater que sa godasse venait d’heurter la sienne. Il ne sentait plus rien, principalement la faute au froid. La faute à tous les sens qui foutaient le camp. Il hocha la tête. « Comme un lundi. » On était dimanche soir, mais qui le savait vraiment ? Plus personne ne priait, depuis tellement longtemps. Quand Dieu les avait abandonné, alors ils lui avaient tourné le dos. Il finit par tendre la main pour attraper la flasque que lui tendait Arhen, heureux de retrouver pendant un bref instant, au contact de ses lèvres et de sa gorge, la chaleur de cette vieille boisson de chez eux.
Ça lui rappelait Yule. Ça lui rappelait les conneries avec les autres cons à l’école. Il ferma les yeux un instant, laissant la saveur âcre glisser contre sa langue, envahir un long moment son cerveau et bercer des souvenirs trop flous mais toujours rassurant. « Laisse pas l’off sup trouver ça, ou il va nous la vider. » C’est qu’il avait la réputation de descendre sa gnôle plus vite qu’il ne dégainait. L’off sup, fallait pas le faire chier. Il s’était pris une balle dans l’œil, et il était revenu sur le front. Pour s’en reprendre une nouvelle. Et il était encore revenu. C’était un moldu. Mais un de ces moldus surréel.
« Quand on parle du loup… » souffla Jon en donnant un coup de coude à Klaus, assorti d’un geste du menton vers un point dans le dos de Konrad. Reinhardt rendit la flasque à son camarade tout aussi rapidement qu’il la lui avait donné. Il n’avait pas besoin de se retourner pour reconnaître, malgré le bruit de la mitraille autour d’eux, le pas claudiquant de leur supérieur.
« Reinhardt. » Se relever était un effort qui lui paraissait presqu’irréalisable, pourtant il se hâta de se remettre debout, pour faire face à N’a-qu’un-œil : « Capitaine. » « Z’avez des blessés ? » « Pas dans cette partie du régiment, capitaine. » « Parfait. » Le froid, dans son dos, n’était pas dû aux températures déjà presqu’hivernales. N’a-qu’un-œil avait une expression sombre, assombrie encore par le trou de son orbite gauche. « Prenez dix hommes avec vous. Z’allez bouger vers ces connards de français. » « D-demain ? Capitaine ? » « DEMAIN ? REINHARDT ! REFLÉCHIS ! » Il n’attendit pas longtemps avant de se reprendre, extrêmement rapidement : « Non, tout de suite. Maintenant. » L’officier aimait qu’on le comprenne, il se radoucit immédiatement. « Z’allez avancer vers ces fils de putes. Et z’allez leur- »
Il engrengeait les ordres, sans même se concentrer sur les paroles. Il entendait les tirs, comme s’ils étaient lointains. Il savait que dans son dos les autres attendaient la fin du déluge d’informations les dents serrés.
« Dix hommes. Reinhardt. » Il allait partir, et Konrad ne sut pas où il trouva le courage de le retenir : « Capitaine, dans les rangs ça parle d’armisti- » « PAS DE CE MOT CHEZ MOI REINHARDT ! NOUS SOMMES LÀ POUR EMPÊCHEZ ÇA ! PENSEZ À L’ALLEMAGNE ! »
… Konrad aurait apprécié que l’on pense davantage aux Allemands.
Et quand le supérieur tourna définitivement les talons, avant de s’évanouir dans la brume, Konrad se retourna vers ses trois compagnons d’armes.
Je suis désolé.
« Pas de repos pour les brave. »
Je suis désolé.
« Qui ici se porte volontaire pour une mission suicide ? »
Comment pouvait-on en arriver là ?
« Et comme toujours on s’en sortira. »
Comment pouvait-on relativiser la mort à ce point ?
« Après celle là on rentrera à la maison. »
Konrad voulait juste sortir de là. Maintenant. Pas après la mission. Maintenant. Il en avait marre de mentir aux soldats, et de se mentir à lui-même.
« Et à la maison, on nous acclamera. Médailles, argent, femmes, comme s’il en pleuvait. Même toi, Jon, avec ta petite tête de puceau. »
Je suis désolé.
« Alors. Que tout ceux qui veulent tuer des français lève la main. »

- ♦ -

Il y a des gens sans orgueil qui se résignent à végéter sous notre domination. Ils préfèrent vivre avilis sous notre botte que mourir glorieusement pour la Liberté...

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Ahren Hafner
Heimdall

Revelio

MessageSujet: Re: it's been the ruin of many a poor boy ∞ konrad   Mar 13 Mar - 20:32


10 novembre 1918, 20h | aux abords de la meuse


Le froid était devenu un tel compagnon qu’Ahren ne parvenait plus à faire la différence quand il tremblotait ou non. C’était devenu un état normal que de sentir le bout de ses doigts engourdis, d’avoir l’échine qui frissonnait à la moindre brise. La France, c’était le vide, les ravages, la mort. On avait tellement vendu ce pays comme celui de la culture et de l’élégance que le spectacle auquel il assistait semblait sorti d’un mauvais rêve. Où étaient Beauxbâtons et ses nymphes aux yeux de biche ? Comment pouvait-on en vouloir à la France ? Qu’est-ce que la société allemande avait raté quand les deux pays s’étaient déclarés la guerre ? La communauté sorcière avait-elle participé à cette décision ? Il était difficile de croire le contraire, mais cela ne faisait qu’amplifier ce sentiment de trahison. Longtemps, il s’était dit qu’en clignant des yeux peut-être tout reviendrait à la normale, mais au fil des mois, il n’y avait plus que de la résignation. Et voilà que l’espoir renaissait peu à peu, l’espoir fou que la paix pourrait un jour revenir. Que tous les soldats là, qui crevaient la dalle, pourraient un jour revenir à leur tour. Rentrer. Ce n’était pas le moment de défaillir. Alors, quand Ahren remarqua le mutisme inquiétant de Konrad, il n’avait pu s’empêcher de s’enquérir de son état. Ce n’était pas le moment de flancher. Les deux sorciers retrouveraient leur Bourg, il s’en faisait la promesse intérieure. Il lui en avait fait la promesse, inconsciemment peut-être, en restant à ses côtés tout au long de l’horreur. Quand elle serait terminée, il serait encore là. C’était certain. En gage de compassion, il lui offrit un peu de sa boisson magique et lorsqu’il porta la flasque à ses lèvres, Ahren se persuada de lire dans son regard une lueur de soulagement. Il esquissa l’ombre d’un rictus à la réflexion plus que véridique de son comparse, avant de se hâter de ranger l’objet du délit à l’arrivée de l’officier supérieur. Hors de question qu’on le prive d’un des derniers vestiges de sa vie d’avant. Sa baguette, elle, lui tenait chaud, rangée tout contre sa poitrine, côté cœur, et ne verrait pas l’ombre du jour avant la fin de la guerre.

L’officier borgne se dressa devant Reinhardt, dans toute son autorité, puis le réclama debout. Les trois autres soldats ne s’embarrassèrent pas de se lever à son tour. À ce stade, on ne prenait plus une telle apathie pour de l’insolence. Les conditions étaient trop rudes pour que chaque mouvement ne devienne pas une véritable épreuve. De plus, tout le monde l’entendait d’ici. Tout le monde était pendu aux lèvres des hauts gradés en espérant qu’ils annoncent la levée de leurs fonctions, la libération pure et simple de corps embrigadés dans une cause qui n’était pas forcément la leur. C’était sans doute cette raison qui avait uni les quatre soldats ici présents. N’a-qu’un-œil s’enquit de l’état général de leur régiment et Ahren retrouva un peu d’humanité en ce donneur d’ordre qui s’était pris deux balles sans jamais faillir. Mais la désillusion suivit aussitôt quand, de but en blanc, on annonça à Reinhardt qu’il allait devoir avancer avec dix hommes vers les français. Les yeux bleus d’Ahren s’exorbitèrent d’incompréhension, en même temps que l’expression de surprise de Konrad. Pourquoi, maintenant ? Pourquoi ne pas attendre demain ? Comme une violente épidémie, la tension se répandit au sein du groupe. Ahren se mordit l’intérieur de la joue, laissant Konrad intervenir et dire exactement ce qu’il pensait. C’était de la folie pure et dure. Une démonstration de force qui n’avait plus sa place. Pas maintenant alors qu’on évoquait un armistice imminent. Quand l’officier hurla au visage de son interlocuteur que la paix n’était pas dans leurs ordres, le fils Hafner sentit son voisin tressaillir de rage. Il attrapa brutalement sa manche pour lui éviter de commettre l’irréparable. Pas maintenant. Klaus fulminait, la rancœur au bord des lèvres. Jon était au bord des larmes. Ahren avait le cœur brisé. Au départ du supérieur, ce fut vers trois ruines à qui Konrad fit face.

Tous prirent leur mal en patience, tandis que Reinhardt débitait les inepties destinés à détourner l’attention des soldats de la mort qui les attendait au tournant. Ils s’en sortiraient. En était-il véritablement sûr ? Ahren ne voulait pas des choses qu’ils avaient déjà et qu’on lui avait volées en l’enrôlant dans cette confrontation. La blague adressée à Jon tomba à plat, ce dernier regardant dans le vide et s’imaginant certainement le pire. Il n’y avait personne qui avait encore de l’énergie pour quatre ou pour dix. La question se posa et le temps que les autres mirent à se manifester fut la plus équivoque des réponses. Ahren poussa un soupir et leva la main. Il avait tout sauf envie de tuer des français. Tout ce qu’il voulait, c’était empoigner ses frères d’armes et quitter les tranchées. Le mouvement fut initié et Klaus se sentit obligé de l’imiter. « On te suit partout, patron. » Devant l’immobilisme de Jon, Klaus se tourna vers lui. « J’ai dit on. » Jon leva la main. Hafner ressentit le besoin de se relever, époussetant un uniforme déjà crasseux. Il avait comme une sensation de nausée, comme si quelque chose de tragique allait se passer, alors que ce n’était rien de plus que leur quotidien depuis des années. « Ça va le faire, Reinhardt. C'est la dernière. » Il pleuvait désormais des cordes et la pluie serait leur compagne toute la nuit durant.

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