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Kobold | The Look.

Revelio

MessageSujet: Kobold | The Look.   Kobold | The Look. EmptyLun 19 Fév - 22:58

Une derby vernie surmontée de guêtres à l'ancienne émerge de la cheminée, suivie d'une jambe enlacée par un pantalon gris perle taillé sur mesure, puis le reste du buste. Le blazer croisé est bleu marine, l'épingle à cravate un excentrique poulpe en argent, le col raquette. La chevelure coiffée avec élégance, la cigarette déjà au coin des lèvres, la cape promptement délestée dans les bras d'une domestique tout à fait abasourdie de voir Herr Lindemann s'inviter de façon si cavalière chez son filleul.
« Un doigt de whisky, » lance-t-il à la demoiselle avec un de ces sourires charmeurs qu'on lui connaît. Elle s'empresse de filer. Il a l'habitude ; elles n'aiment pas trop rester longtemps en sa compagnie, toutes ces petites qui travaillent pour les nobles locaux. Elles sont peut-être plus sensibles que d'autres à certaines choses. Il s'en fout.
Paul prend place dans un fauteuil confortable du salon, pose sa cheville droite sur son genou gauche, attend le whisky en allumant sa cigarette. Si son filleul n'est pas encore dans le salon à s'enquérir des raisons de sa présence, c'est qu'il n'est pas en sa demeure pour le moment. Parfait. Paul n'aurait pas voulu déranger Konrad pendant qu'il est occupé chez lui, ç'eût été de bien mauvais goût. Sait-on jamais qu'il ait été en charmante compagnie... à cette pensée, les lèvres de Paul s'étirent en un petit sourire amusé. Les nobles et leurs coucheries, les nobles et leur jalousie. C'était pareil en Autriche. On s'offensait d'un rien, on s'effarouchait de secrets d'alcôve et de gémissements entendus entre deux rideaux, on pleurait l'infidélité de mille amants. Ridicule. Le monde se porterait mieux si la noblesse acceptait qu'on ne peut posséder un autre être humain.
Enfin, ce ne sont pas ses affaires. Konrad peut bien faire ce qu'il veut, Anthéa aussi. Lui se contente d'observer, de s'amuser, d'aider parfois. Quel est le mal ? Une réputation blêmie par-ci, un racontar par-là. Le monde ne cessera pas de tourner pour autant.
Il y a des choses plus graves.
En l'occurrence, les gros titres des journaux rapportent sans faille les derniers événements et leurs retombées. Grindelwald capturé ! Que va devenir l'Einsicht ? Peut-on s'attendre à de nouveaux massacres ? Que deviennent les anciens subordonnés du Mage Noir ? On s'inquiète partout, on se réjouit aussi, on ne sait pas trop ce qu'il convient de faire. Faut-il craindre le futur ou apprécier le présent ?
Paul ne se pose pas ces questions-là. Paul est un homme pratique qui a laissé les grands débats philosophiques et les émotions futiles dans un passé lointain, à l'époque des culottes courtes et des rêves d'enfant, quand le monde paraissait encore innocent. De toute façon, s'inquiéter, il le fait tout le temps. C'est ça d'être Juif. On s'inquiète, on ronge sa culpabilité et sa souffrance, on se demande si on a le droit d'être heureux, on attend la prochaine épée de Damoclès. Maman expliquait ça par un traumatisme générationnel transmis depuis les premiers séjours de leur peuple en esclavage. La raison importe peu, au final.
Ce qui compte, c'est que le vieux beau se fout éperdumment de ce qu'il est censé ressentir ou non à l'annonce de la capture de Grindelwald. Il est trop pragmatique pour se laisser aller à de grands élans lyriques sur la liberté à venir ou la paix retrouvée dans le monde sorcier. Couper une tête de l'hydre ne la tue pas, il suffit de connaître sa mythologie pour le savoir.
C'est pour ça qu'il est chez Konrad, tranquillement installé dans son fauteuil préféré, savourant le doigt de whisky qu'on vient enfin de lui apporter avant de disparaître aussi furtivement que possible, sa cigarette au coin des lèvres plissées en une sorte de demi-sourire.

« Herr Reinhardt sera avec vous dans un instant, » l'informe la domestique d'une voix feutrée. Parfait. Il a eu le temps de se préparer, de réfléchir à son discours, qu'il aura oublié à l'instant où son filleul passera la porte. Si Paul est pragmatique, Paul est aussi un grand impulsif, et il n'a certes pas préparé cette visite au-delà de choisir une tenue appropriée. Ça, c'est important, ça mérite son attention. Élaborer le discours qu'il va sortir à son filleul pour lui expliquer sa présence et l'amener à parler ? Bah. Il pourra bien le faire au fil de la conversation.
C'est que la situation entre eux deux est quelque peu tendue depuis 1919. Depuis que Konrad a appris que Paul, durant la guerre qui l'a tant ravagé et laissé traumatisé, a profité du départ de tous les hommes au front pour s'accaparer l'attention d'Hilda... oh, il y a aussi eu cette histoire avec la mère du Burggraf, Paul a failli oublier. Il ira sans doute lui rendre une petite visite après cette entrevue. Ça fait bien longtemps qu'ils n'ont pas... conversé.
Bref. Restons concentré sur le problème présent, Paul, veux-tu ? Ce n'est pas le moment de penser à d'anciennes amourettes ni de pondérer sur les raisons pour lesquelles toi et ton filleul ne vous parlez plus tellement. Pour sûr qu'il va être surpris, Herr Reinhardt. Irrité, peut-être, tout dépendra de son humeur. Le connaissant, il n'osera pas mettre son parrain dehors sans autre forme de procès, il est trop sournois pour ça. Qu'on ne s'y trompe pas, Paul a énormément d'affection pour son filleul ; assez d'affection pour connaître ses défauts et l'aimer quand même.
Il entend enfin le pas du Burggraf arrivant vers le salon où il a pris place. Son sourire s'étend un peu et il laisse la cendre de sa cigarette tomber par terre – par accident, bien entendu. Les yeux d'un bleu glacier se rivent sur la porte, un sourcil haussé, les paupières légèrement baissées, les pattes d'oies au coin des prunelles beaucoup trop statiques par rapport au sourire qui se devine sur ses lèvres.
« Mon cher filleul, bonjour. J'espère ne pas arriver à un moment trop inconvenant, » susurre-t-il du ton de quelqu'un qui s'en fout absolument. « C'est qu'avec les événements récents, il m'a semblé bon de venir m'enquérir en personne de ton bien-être. Viens donc t'asseoir avec moi, buvons un whisky et dis-moi tout. »
Paul tapote le siège à côté du sien, comme s'il possédait les lieux et y était chez lui plutôt qu'un invité impromptu.

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Konrad Reinhardt

Konrad Reinhardt
Gouvernement | Autres

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MessageSujet: Re: Kobold | The Look.   Kobold | The Look. EmptyDim 25 Fév - 11:47

Paul - Konrad | The Look
Sa mère lui avait demandé, assez sèchement, quand est-ce qu’il comptait repartir à Berlin et reprendre sa place à l’Assemblée. Elle n’avait été reçu qu’avec un « Ce ne sera pas aujoud’hui. » qui l’avait énervé plus que de raison. Elja était sur les nerfs depuis la capture de Gellert. Depuis la nuit qui avait suivi la capture de Gellert, pour être plus précis : « Tu penses qu’ils vont t’attendre là-bas ? Tu ne leur es pas indispensable, Konrad ! » Le fils savait très bien ce que sa mère craignait : elle devait s’imaginer que les nobles à l’Assemblée étaient en train de s’entre-déchirer pour essayer de s’attribuer une part de mérite dans la prise du mage noire. C’était à ce genre de politique que les années de sa jeunesse l’avaient habituée. « Il est trop tard maintenant pour m’apprendre mon métier, » s’était-il contenté de répondre à Elja, avec un haussement d’épaule. Il savait que cette attitude, plus que tout le reste encore, agaçait l’autrichienne, mais si elle n’était pas d’humeur à ménager son rejeton, lui n’avait pas non plus grande envie de jouer des ronds de jambe pour accomoder tout le monde au sein de cette foutue baraque. « Si tu n’es pas satisfaite de la politique que je mène, exile toi à Vienne quelques jours pour prendre l’air. Visite la famille, visite Schönbrunn et va à l’opéra. Il paraît que leur Lohengrin est très bien. » Inutile de dire que Madame sa mère ne suivit pas ce conseil. Elle se contenta de lui lancer un regard noir, qui ne fit pourtant ni chaud ni froid à son enfant, alors qu’il quittait l’étage de l’hôtel où vivait ses parents.

Il détestait ça : devoir lutter, ne serait-ce qu’un peu, au sein même de sa maison. On l’avait infusé toute son enfance dans une décoction à base de famille, loyauté, soutien – préceptes qu’il avait toujours respecté de bonne grâce et qu’il attendait que les autres respectent à leur tour, maintenant que c’était censément lui le bénéficiaire principal. Surtout qu’il savait fort bien que ce n’était pas pour des raisons politiques que sa mère agissait ainsi, mais bien pour des raisons purement personnelles. Ce qui l’agaçait d’autant plus. Madame Elja n’avait en aucun cas le droit de se mêler de sa vie amoureuse, sexuelle, et tous les dérivés possible. Qu’elle vive sous le même toit que lui ou non. D’ailleurs Madame serait bien mal placée pour faire ce genre de remarque…
Il était sorti dans la ville, pour faire mine de s’occuper. Non il n’irait pas à Berlin aujourd’hui. Demain seulement. Demain, quand toutes les nouvelles sur la capture de Gellert auraient bien fait le tour de l’Allemagne, quand toutes les rumeurs auront commencé à se répandre et quand tout le monde pensera en savoir autant que les autres sur le sujet. Exactement le genre d’ambiance que Konrad attendait depuis le début pour pouvoir revenir sur la scène publique, quitte à prétexter de devoir stationner à Nuremberg plusieurs jours durant pour surveiller un ordre qui n’avait pas l’air pourtant de vouloir se déranger. Sa mère ne semblait pas le comprendre, ça non plus. Ou alors faisait-elle semblant, pour montrer sa désaprobation. Pour ce que ça lui faisait.
Ce n’était absolument pas important pour lui. Le mécontentement maternel ne lui faisait aucun effet. Absolument aucun.

Bon. Au moins il pouvait compter sur son père pour rester discret. Gert n’était pas du genre à trop la ramener quand ça discutait politique et ambition – n’ayant jamais été une flèche dans la première et ne possédant pas l’autre. Et il serait bien en peine de venir juger son fils sur ce qui s’était produit le soir de l’arrestation de Grindelwald. Au moins ça en faisait un qui ne lui lançait pas de regard noir par-dessus son journal.

Il a été voir Albrecht, pour avoir des nouvelles sur la situation – il n’allait évidemment pas demander à Anke de lui faire un petit rapport, il se doutait que son ancienne camarade de classe avait autre chose à faire, et surtout, après sa mère, il n’avait pas envie de se retrouver face à une nouvelle femme pleine de rage. Ce qui était l’émotion primaire d’Anke, et celle qu’elle devait ressentir à ce moment précis. Il se contenta d’Albrecht, et c’était déjà très bien. Il circula dans les catacombes, très rapidement. Puis à l’air libre, plus lentement, pour voir les habitants de la ville, en rassurer quelques uns. C’est que Konrad en connaissait beaucoup, ne serait-ce que de vue. Puis il alla près des ruines du Parlement. Ça le calmait, étrangement.
Avant de repartir vers sa demeure, prêt à éviter l’étage parental et se cloîtrer jusqu’au lendemain dans un bureau s’il le fallait. Demain, il irait à Berlin et là il faudra qu’il ne soit pas parasité par les remarques de sa mère ou bien encore des regards noi-

« Herr Reinhardt. Votre parrain vous attend dans le salon. » C’est ainsi que la petite Lisa l’accueillit sur le seuil de la porte. Les sourcils de Konrad se haussèrent de leur propre volonté : « Mon quoi attend qui où donc ? » « Votre parrain. Vous. Au salon. » Merlin, comme disent les britanniques, ce n’était pas du tout la personne qu’il désirait voir aujourd’hui.
Mais il ne pouvait pas mettre son p-parrain dehors. Il lâcha sa cape dans les bras de la petite domestique avant de se diriger vers le salon. Il était bien là. Assis dans un fauteuil – le fauteuil de Konrad, d’ailleurs. À fumer sa clope et à en foutre par terre. Avec son sourire classique et surtout son regard classique.
Le regard que pourrait avoir Gert, de temps à autres, mais qu’il n’arrivait jamais à totalement ancrer sur son visage. Paul l’avait. Indéniablement. Il lui faisait penser à sa mère, et ça, Konrad ne le supportait pas. « Mon cher filleul, bonjour. J'espère ne pas arriver à un moment trop inconvenant, » s’introduisit-il, calmement, tout en montrant parfaitement qu’il se moquait éperduement de si oui ou non Konrad pouvait le considérer comme un visiteur importun. Et voilà qu’il se met à causer de bien-être, c’était touchant de sa part. Il se souvenait d’une période où ça n’avait pas vraiment été sa préoccupation prem-
Konrad inspira, et força un léger sourire poli sur son visage : il saurait s’en contenter, il connaissait Paul : « Viens donc t'asseoir avec moi, buvons un whisky et dis-moi tout. » Et sur ce, voilà qu’il lui désigna le siège dans lequel il désirait visiblement voir s’asseoir son filleul. Konrad fit apparaître un verre dans sa main gauche, avec un fond de whisky avant de s’installer sur un autre siège que celui désigné par Paul, un peu plus loin. Il but une petite gorgée avant de poser le verre en équilibre sur l’accoudoir. Il resta encore un instant silencieux avant de finalement soupirer et lâcher : « Je pense qu’il aurait été difficile de trouver un moment qui ne soit pas inconvenant. Nous autres avons beaucoup à faire ces derniers jours, après ce qui s’est passé. » « Je te conseillerai néanmoins de t’annoncer la prochaine fois. » Il ferma un instant les yeux, passa ses doigts sur son arcade sourcillière comme pour soulager un mal de tête qui n’était pourtant pas encore arrivé. Puis tendit la main vers Paul : « Tu me donnes une cigarette ? » Il avait pris l’habitude de fumer durant la Guerre, et l’odeur de ce qu’avait fumé Paul faisait glisser des fourmillements dans ses doigts. Ses mains restaient immobile cependant, il savait assez bien les contrôler lorsqu’il le voulait. « Je t’en prie, tu n’es pas venu pour que je te raconte ce qu’on a mangé hier. Qu’est ce que tu veux ? » La relation avait eu des hauts et des bas, avec le parrain – surtout un gros gros bas, après son retour de la guerre. Konrad réservait son hypocrisie pour la politique, pas pour la famille : et même si ça lui arrachait une grimace maintenant de le penser, Paul était presque de la famille. Alors il n’avait pas vraiment l’envie de prendre des pincettes avec le vieux Lindemann. « Si tu veux des informations sur la capture de Grindelwald, je ne sais rien. Autant te le dire tout de suite. »

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Il y a des gens sans orgueil qui se résignent à végéter sous notre domination. Ils préfèrent vivre avilis sous notre botte que mourir glorieusement pour la Liberté...
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MessageSujet: Re: Kobold | The Look.   Kobold | The Look. EmptyDim 25 Fév - 12:57

Konrad entre et c'est comme un blizzard. Paul, lui, ne perd ni son sourire, ni sa nonchalance – pourquoi les perdrait-il ? Il a l'habitude. C'est comme ça depuis 1919. Bien sûr qu'il a des regrets, qu'il aimerait encore avoir ce lien avec Konrad, le lien d'avant. Qu'il aimerait retrouver l'époque où ils étaient proches et où son filleul n'avait pas encore appris à le mépriser. Mais il ne sert de rien de s'appesantir sur le passé, encore moins quand on ne s'en souvient que très vaguement, et il est futile d'espérer changer la course d'un train déjà lancé à pleine vitesse en direction d'un mur de béton. Alors Paul ne s'y essaye pas. Paul se contente de sourire, de hausser le sourcil en voyant son filleul choisir un autre fauteuil que celui qui lui a été désigné, comme pour se redonner l'illusion d'un peu de contrôle sur ce qui l'entoure. Pas que ça change grand-chose. C'est juste un fauteuil.
Il n'est pas content, Konrad, mais Paul a l'habitude. Il n'a pas vu son neveu content depuis bien longtemps et ça ne le perturbe plus outre-mesure. L'attriste, oui, bien sûr, l'homme n'est pas fait de glace et d'acier et préférerait voir des sourires lumineux sur les visages de ceux qu'il aime, mais sans le choquer. S'il se trompe complètement quant aux raisons que Konrad a de lui en vouloir, il les estime cependant légitimes – non que ce soit sa place de décider de la chose, de toute façon. Non qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Pragmatisme, encore une fois, pragmatisme qui le pousse à ne pas chercher à faire bouger cette triste situation relationnelle puisqu'il ne s'en donne pas le droit, puisqu'il ne croit plus pouvoir y faire quoi que ce soit. Le pragmatisme a tué bien des civilisations – et aujourd'hui c'est Paul qu'il tue, à tous petits feux.
« Je vois que tu n'as pas perdu la vilaine habitude, » sourit Paul en tendant une cigarette à son filleul depuis l'écrin de l'étui en argent qu'il emmène partout. « T'as bien raison. On a trop de problèmes pour s'encombrer de celui d'arrêter de fumer, pas vrai ? » Il rit, c'est un peu forcé. Trop pragmatique pour combler le gouffre qui le sépare de Konrad, trop fier pour montrer la tristesse que ça lui cause. Enfin, les voilà tous les deux à parler, fumer, boire, comme au bon vieux temps ; on imaginerait presque que rien ne s'est passé, on oublierait presque tout le reste. C'est comme au théâtre, avec des acteurs qui reprennent un rôle déjà mille fois joué, sans plus pouvoir lui donner la passion et l'enthousiasme d'autrefois.
Il a envie de demander à Konrad comment va sa mère.
Il s'abstient.

C'est presque un soulagement que d'entendre son filleul lui parler durement, avec cette froideur qu'il réserve à ceux de sa famille. Paul est toujours son parrain, malgré tout ce qui les sépare. Le vieux sorcier exhale sa fumée en un soupir, un soupir qui laisse échapper des tensions dont il n'avait même pas conscience avant, et un nouveau sourire naît sur son visage. Plus sincère, celui-là, quoiqu'il ne monte pas encore jusqu'à ses yeux. Elja lui disait parfois qu'il aurait fait un bon politicien. Il en a la trempe, le charisme. Mais il sait bien, le vieux Paul, il sait bien qu'il se serait brisé les ailes et le cœur à s'acharner contre un monde qui ne veut pas être meilleur, à s'acharner contre ceux qui mettent un point d'honneur à garder leur pouvoir plutôt qu'à soulager les souffrances d'autrui. S'il fait aujourd'hui de la politique, ce n'est pas au sein du gouvernement, et ça ne le sera jamais. Elja avait tort. Pas la première, ni la dernière fois.
Et voilà qu'il parle de Grindelwald, d'informations qu'il n'a pas, de « nous autres ». Paul étouffe un rire narquois en quinte de toux, avale une gorgée de whisky. Nous autres. À se demander de qui exactement il parle, son filleul en eaux troubles. Ça pourrait être le gouvernement. Ça pourrait être autre chose. Pas que ça le concerne, non, bien sûr, il n'irait pas s'arrêter sur les détails des affiliations de tout un chacun, cette guerre-là, il ne la mènera pas plus que la précédente. Trop vieux pour ça. Les vieillards séniles, on ne les envoie pas au front, et ils ne se targuent certes pas de jouer aux espions.
« Je me serais bien annoncé, Kurt, mais vois-tu il semblerait que mes domestiques aient omis de prévenir les tiens. C'est que nous sommes aussi bien occupés, nous autres. Berlin est très chaotique ces jours-ci, c'est un plaisir de voir Nuremberg en si bon ordre. » Gorgée de whisky, bouffée de cigarette. « Tu fais du bon travail. »
Il n'y a pas d'ironie, pas d'hypocrisie dans cette dernière phrase. Bien sûr, elle ne vaut pas grand-chose, Paul n'est pas un politicien et n'a pas une vision suffisamment large ni précise de tout ce qui se passe à l'échelle de l'Allemagne pour pouvoir réellement en juger, mais il a envie de le dire. De dire à son filleul que malgré tout ce qui a pu se passer entre eux, il est toujours fier de le voir maintenir son cap et jouer ses cartes comme il l'entend.
Reste juste à savoir de quelles cartes il s'agit exactement.
« Qu'est-ce que je pourrais bien en avoir à foutre de la capture de Grindelwald ? Il est capturé, voilà tout. On sait tous les deux très bien que ça ne veut pas dire grand-chose. Tu te souviens sans doute de l'histoire de l'hydre que je t'ai racontée autrefois. » Il y a bien longtemps, quand Konrad était encore le petit Kurt et que son parrain pouvait lui raconter des histoires glanées dans des livres de mythologie moldue ou de contes sorciers pour le distraire. Il a poursuivi cette habitude pendant longtemps, allant jusqu'à agrémenter les lettres qu'il envoyait à son filleul alors coincé à Durmstrang de petites historiettes plus ou moins charmantes pour lui changer un peu les idées. Si tout cela était bien futile et sans aucune arrière-pensée, Paul se réjouit cependant aujourd'hui d'avoir raconté celle-ci en particulier. « Mais enfin, tu me connais, je ne suis pas très politique. J'ai passé l'âge de ces jeux-là. Toi, cependant, tu es encore dedans jusqu'au nez. Et malgré toutes nos... difficultés, je suis encore ton parrain. N'ai-je pas le droit de me préoccuper de toi ? » Sans arrière-pensée, sans agenda.
Et s'il voulait d'aventure en apprendre plus, il aurait bien d'autres personnes à qui demander.

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