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ANTHERAD | Unfaithful


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Konrad Reinhardt
Gouvernement | Autres

Revelio

MessageSujet: ANTHERAD | Unfaithful    Lun 19 Fév - 23:58


27 janvier 1927, 23h30 | hôtel particulier des Reinhardt, Nuremberg


La porte claqua dans le dos d’Hilda. Le front un instant collé contre le bois glacé du battant, il pouvait entendre ses pas disparaître dans le ventre de sa demeure – là où il l’avait rencontré pour la première fois, jusque dans le ventre de la ville elle-même, où se dissimulait les fidèles de Gellert.
Les pas furent bientôt étouffés, trop éloignés ; mais il entendait toujours leur rythme pressé, agacé. Comme son cœur qui battait, qui s’apaisait peu à peu alors que son amante partait. Elle partait toujours, et toujours Konrad attendait. Attendait quelques secondes. Toujours. Que la pression retombe et que l’étau dans sa poitrine se desserre. Puis, vite, il redressait la tête, passait ses doigts dans ses cheveux pour les rabattre machinalement en arrière. C’était sa manie, sa façon de retrouver une contenance, de rassembler ce qu’il abandonnait de lui-même quand il se retrouvait face à la demi-vélane.
Là, il resta un peu plus longtemps à apprécier la fraîcheur contre son front. Sa peau brûlait encore du contact avec celle, inhumaine, de son amante. « Mein Herr ? » Il ne sursauta pas, mais finit par se tourner, lentement, vers un des domestiques de la famille : « Je m’excuse, Madame votre mère m’a demandé de veiller à ce que toutes les lumières soient éteintes. » Il désigna de la pointe de sa baguette les différentes chandelles qui éclairaient le couloir. « Vous allez bien, Monsieur ? Vous avez l’air fiévreux. » Il avait toute les raisons d’être fiévreux. Il secoua toutefois la tête, élimina les derniers résidus de charme que la vélane avait laissé dans son esprit avant de répondre : « C’est une soirée… riche en nouvelles. » « Monsieur doit être soulagé. » Konrad se détacha complètement de la porte, pour lui passer devant : « Ne crions pas victoire trop vite. » Il éteingnit lui-même les lumières dans son dos d’un simple mouvement de baguette, presqu’invisible tant il était bref : « Et la nuit n’est pas encore terminée. » Le domestique lui emboîta le pas, continuant avec son ton légèrement trop paternaliste : « Vous devriez vous reposer, monsieur. » « Qui a le temps pour ces conneries, » marmonna Konrad, dans un murmure entre ces dents. « Votre épouse, de ce que j’ai compris, ne devrait pas tarder à aller se couch- »
Il s’arrêta au beau milieu de son mot, lorsque Konrad pila au beau milieu de couloir. Le pauvre homme dut faire une acrobatie rotuléenne pour éviter de percuter le maître des lieux. Il n’y avait que quelques chandelles magiques encore allumées, et la lumière qu’elles produisaient projetait des ombres inquiétantes sur le visage du Burggraf. Il avait bel et bien l’air fiévreux. Il avait aussi l’air d’un homme qui venait de louper une marche – les yeux encore vifs de cette sensation brève de chuter dans le vide. « Ma femme ? » « Madame votre épouse, Frau Drach- » « Je sais très bien qui est ma femme ! » Konrad ne faisait d’éclat que très rarement ; et mieux valait ne jamais le contredire. Il ne criait que s’il n’était pas certain de lui. Tout le monde, dans la maisonnée, le savait. « … pardon Monsieur. Eh bien, elle a quitté le salon avec le jeune Monsieur et… » Trop de Monsieur, trop peu d’informations, Konrad rembraya comme le ferait une voiture et s’avança vers l’escaliers qui menait aux étages supérieurs. Lorsque le domestique voulut le suivre, Konrad l’arrêta d’un geste : « Veillez à ce que les lumières soient bien éteintes, vous. » Il payait ses hommes pour qu’ils suivent sa femme, pas pour qu’ils le pistent lui.

Il ne se pressa pas, toutefois, montant les marches une à une. La guerre l’avait vacciné contre plusieurs choses, courir comme un dératé en était une, et non des moindres. Il finit par s’engouffrer dans le couloir qui desservait les pièces en enfilade. Le salon, dans un premier temps. Quand il ouvrit la porte, la pièce était vide. Le feu crépitait encore dans la cheminée, et il pouvait voir sur la table le livre qu’Anthéa lisait à Niklas avant qu’ils ne recoivent la nouvelle.
Une domestique passa près de lui : « Herr Reinhardt. Si vous cherchez votre femme, elle a couché votre fils avant d’aller elle-même se couch- » Il l’interrompit d’un geste. Il était dit que personne ne terminerait cette phrase. Une croyance d’enfant, qui ressurgissait parfois, lorsqu’il se rendait compte qu’il avait été trop idiot pour prévoir un immense problème : si on ne parlait pas du problème, il disparaîtrait. Il la planta là.

La chambre n’était pas si loin, mais par Berchta, il avait l’impression de devoir traverser la ville entière. Konrad n’était pas un idiot, de fait il détestait être pris en flagrant délit d’idiotie. Il détestait se comporter comme un imbécile. Il haïssait profondément chaque fibre de son être qui avait pensé que ce serait une bonne idée de quitter la chambre conjugale en la laissant dans l’état Hilda et lui l’avait mise.
Pendant un instant sa bouche se tordit en une grimace colérique, capricieuse, d’agacement envers lui-même qui disparut au moment précis où il arriva devant la porte de la chambre. Déjà, il reprenait son air calme quand il poussa le battant et entra dans la pièce qu’il avait quitté il y avait quelques minutes.
Il faisait encore chaud. Les draps étaient défaits, pour une partie tombés à terre. Sa veste qu’il n’avait pas pris la peine de remettre traînait encore près d’un des fauteuils. Il pouvait sentir l’électricité qu’Hilda amenait partout avec elle ruisseler encore sur les murs de la chambre.
Et évidemment, au milieu de ce tableau, son épouse. Anthéa. Le visage plus défait que les draps.
« Ah. La soirée est donc loin d’être terminée. »

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Revelio

MessageSujet: Re: ANTHERAD | Unfaithful    Mar 20 Fév - 10:52


27 janvier 1927, 22h00 | hôtel particulier des Reinhardt, Nuremberg


« Maman ? Pourquoi père est en colère ? » Pour la seconde fois de la soirée, Anthéa arrête sa lecture, et tourne le visage de son fils vers elle, l’observe un vague instant avant de secouer la tête. « Il n’est pas en colère. Pas tout à fait. Mais il a du travail ce soir, ce qui n’était pas prévu. C’est le lot de tout Burggraf ou de Landgraf. » Froncement de sourcils sur le faciès de l’enfant. Il n’y a pas besoin de l’observer bien longtemps pour voir qu’il s’agit bien du fils de Konrad, ressemblance marquée, atténuée pourtant par quelques traits de la Drache. Sourcils froncés tandis que l’enfant semble réfléchir, avant de se redresser, l’air plus sérieux que jamais. « C’est à cause de Grind… Grindertalt ? » Par Berchta… Depuis quand Niklas ne se souciait-il plus des problèmes d’enfants ? C’était un point avec lequel il lui faudrait discuter avec Konrad… Les signes étaient plus ou moins subtils, mais Anthéa en avait repéré déjà bien trop pour passer à côté. « Grindelwald mein liebsich. Mais oui, tu as vu juste. Si demain ton père a du temps à t’accorder, pose lui tes questions, il est le plus à même d’y répondre. Maintenant, silence, je te lis ton histoire et au lit. Tu as bien assez tiré sur la corde pour ce soir. » Gronde t’elle gentiment, permettant à la chair de sa chair de se remettre en position tandis qu’elle reprends l’histoire, veille à taire les passages qui pourraient donner de bien mauvais rêves au petit héritier… qui ne porte bien que le nom. Konrad n’a t’il pas été des plus clairs à ce sujet ? Saskia hériterait du Bourg de Nuremberg, ce qui en soi, n’était certainement pas la pire idée qui soit. Anthéa connaissait sa belle-fille depuis suffisamment longtemps maintenant pour savoir qu’elle était sans aucun doute la meilleure option possible, et qu’elle soutenait elle-même en silence, puisque sa parole n’avait aucun poids dans la balance. Mais Niklas ? Il était bien trop jeune encore pour que l’on songe à faire de lui un futur politicien, elle espérait bien qu’il créerait son propre chemin, loin des intrigues du père. Du bout des phalanges, elle caresse une mèche de cheveux à la couleur incertaine – oscillant entre le brun et le blond – avant de dévier son regard sur le visage endormi de l’enfant. Un regard pour l’horloge, qui indique déjà une heure bien tardive, et là voilà qui se lève, pose le livre sur la table basse avant de couvrir son fils d’une petite couverture. L’époux n’a pas refait surface, ce qu’elle peut comprendre, par une soirée pareille… Sur la pointe des pieds, elle se dirige vers la fenêtre, observe Nuremberg dans la nuit. Ce n’est pas la première fois, sûrement pas la dernière. Contre toute attente, elle trouve la ville assez plaisante, mais le Palais Miroir lui manque. Depuis combien de temps maintenant n’y a t’elle plus mis les pieds cinq, six ans ? C’est un endroit qu’elle aurait pourtant aimé que son fils voit un jour. Vœu impossible certainement. Dehors tout semble calme, alors qu’à Munich, elle en est persuadée, les sorciers doivent être dehors, à faire la fête. L’espace d’une minute, elle aimerait défier l’ordre de son époux et aller dehors pour vérifier, traverser Nuremberg et tâter le pouls de celle-ci. En un autre temps, elle l’aurait sans aucun doute fait, mais le destin lui avait joué un bien vilain tour en la liant à un être aussi solennel que Konrad Reinhardt. Il lui arrivait parfois même de se demander s’il était né ainsi ou si la grande guerre avait définitivement annihilé tout sentiment de détente en lui. Avec le temps, elle avait finit par s’y habituer, allant même jusqu’à se jouer de lui par bien des actes de rébellion innocents, mais toujours destinés à le sortir de sa torpeur sérieuse. Et elle pouvait presque en ronronner de plaisir sitôt qu’il tombait dans son piège.

La pensée l’amusa un instant, avant qu’elle ne se détache de la fenêtre pour se diriger vers le mini-bar, se servant un verre de vodka. Elle n’était pas une grande férue d’alcool, mais pour cette nuit, elle devait au moins un verre à Grindelwald, parce qu’il avait bercé son enfance d’un sentiment d’inquiétude, son adolescence d’un revers d’interrogations sur les idées prônées, sa vie de jeune femme dans un suivi consciencieux de son avancée. Et si l’Einsicht suivait l’homme dans sa déchéance, elle ferait sans aucun doute sauter le bouchon de champagne. Mais pour l’heure, un simple verre suffirait, la première lampée brûlant sa gorge tandis qu’elle ferme les yeux et grimace. Courage liquide. Il n’y a pas que la chute du mage noir qu’elle fête, elle cherche la témérité nécessaire pour trouver son époux, ce soir, lui demander de l’honorer une fois encore d’un autre enfant. Niklas aurait pu suffire, mais elle a aimé le porter, le mettre au monde, c’est un sentiment qu’elle aimerait vivre de nouveau. Plus encore, elle aspire à sentir la présence de son époux contre elle, se repaitre de sa chair, de son souffle, susurrer son prénom à l’oreille dans les murmures les plus troublants. Anthéa veut être l’amante, mais plus encore l’épouse, celle qui se tient droite et fière aux côtés de son mari, celle sur laquelle il peut se reposer. Elle ne veut plus être l’otage qu’elle était au tout début. Ce soir… Ce soir elle changera la donne, ce soir, elle le lui fera comprendre. D’une traite, elle termine son verre, grimace de nouveau sous l’amer de cette dernière avant de tourner son visage sur les domestiques qui chuchotent entre eux. Elle ne parvient qu’à capter quelques mots, mais qui suffisent à lui donner des frissons dans le dos. Maitre… invité… chambre. Elle demeure silencieuse, mais pose le verre sur la table, plisse le nez. Non. Ils se trompent surement. La Drache se dirige vers son fils, qu’elle soulève délicatement pour ne pas le réveiller. « Madame a besoin d’aide ? » On l’alpague, elle décline d’un signe de tête. « Non Markus. Ca ira pour ce soir. Terminez rapidement vos dernières tâches et allez fêter la nouvelle comme il se doit. Mais soyez prudents. Je vais aller me coucher » Murmure t’elle pour ne pas éveiller l’enfant. Tandis qu’elle se dirige déjà vers la chambre de Niklas, le dépose dans son lit. Elle s’accorde un peu de temps pour graver son visage dans sa mémoire, innocence insouciante, puis pose un baiser sur son front avant de le recouvrir de nouveau d’une couverture. Une fois la porte fermée, une inspiration, elle n’a plus qu’à attendre son époux dans leur chambre…

… Qu’elle pénètre pour y trouver une scène de carnage domestique. Son cœur manque un battement, peut-être deux, tandis que son assurance semble se briser en mille morceaux. Les phalanges se posent sur ses lèvres prêtes à hurler, tandis que l’autre main cherche appuie sur la coiffeuse, l’aidant à ne pas tomber au sol devant l’odieuse trahison. Le souffle est coupé, le cœur en miettes, mais les prunelles demeurent sèches : une Drache ne pleure pas. D’un revers de main, elle balaye tout ce qui se trouve sur la coiffeuse, débris de vie qui s’éparpillent sur le sol, tandis que le battant de la porte indique l’arrive d’une nouvelle personne dans la chambre. Le traître, dont la voix l’oblige à se tourner et se diriger vers lui pour lui asséner la plus violente des gifles. Elle lui brûle la main, la démange, mais elle ne fait rien de plus pour montrer son désarroi. « De tous les affronts que vous pouviez me faire, vous avez choisi celui-là ! » La voix est hargneuse, chargée d’une rage qu’elle ne lui a jamais montrée, pas même durant les débuts de leur mascarade. Le vouvoiement est de retour, signe manifeste de la colère qu’elle éprouve à son encontre. La fougue de la jeunesse, tandis qu’elle voudrait asséner son corps de coups sans que pourtant elle ne se jette à corps perdu dans cette bataille perdue d’avance. Au contraire, elle s’éloigne de lui, tire sur les draps témoins d’une scène dont elle n’est pas l’actrice principale. Elle voudrait les brûler, les déchirer, mais ne trouve rien d’autre à faire que de les balancer dans un coin de la pièce. Elle chargera les domestiques de faire disparaître ça de sa vue. « Et dire que je pensais ne pas être capable de vous mépriser plus que le jour de notre mariage. » Et dire qu’elle est tombée amoureuse de lui.

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MessageSujet: Re: ANTHERAD | Unfaithful    Dim 25 Fév - 18:51


27 janvier 1927, 23h30 | hôtel particulier des Reinhardt, Nuremberg


Il la vit s’avancer vers lui – et sans doute sut-il avant que la main ne s’abatte sur sa joue ce qu’elle comptait faire. Il ne la retint pas, pourtant ; espérant peut-être qu’elle arrêterait son geste avant de le mener au bout. Mais la gifle claqua finalement et il sentit davantage la douleur dans sa nuque, quand sa tête fut emporté légèrement de côté, que sur sa pomette. Emmenant avec elle des souvenirs d’autres coups similaires.
Sa mère l’avait déjà giflé, à quelques rares occasions. Son père également. Une fois. Un professeur à l’école aussi. Une fois. Jamais après ses dix-sept ans. Encore moins après avoir quitté l’école. Il s’était pris des coups, pendant la guerre. Des vrais coups, faits pour l’arrêter, faits pour le mettre au sol, faits par nécessité. Parce qu’il faut secouer un mec qui se laisse sombrer dans la léthargie, parce qu’il fallait assomer quelqu’un qui voulait aller là où ça mitraillait comme au sein de l’Enfer. Pas simplement par colère, jalousie ou possessivité. Les gifles, pour lui, c’était un geste d’adulte. Un geste d’adulte à un enfant. Les claques, c’était sa mère, son père, son prof. Point. Des personnes qui avaient été plus grandes que lui, vers qui il avait dû lever les yeux, qui avaient fait venir leur geste d’en haut, qui avait mis d’une façon ou d’une autre un ultimatum dans le coup : ne refais plus jamais ça.
Rien d’autre.
Et, surtout, personne d’autres.
D’une certaine manière, ces trois personnes là avaient déjà été de trop.

Il aurait pu la retenir. Mais le choc lui fit à peine mal. Ou alors il ne le sentit pas pleinement. C’était juste quelque chose, dans les tripes, qui réagissait. Qui brûlait. Il resta un long moment immobile, la tête encore tournée de côté, les yeux à demi-ouverts et dirigé vers le sol. Et la voix d’Anthéa qui résonnait dans la pièce, pleine de furie et pleine d’une rhétorique parfaitement huilée. Konrad détestait ça. « De tous les affronts que vous pouviez me faire, vous avez choisi celui-là ! » Sa mâchoire se durçit, visiblement, alors qu’il serrait les dents et que la marque sur sa joue s’éclaircissait.
Pensait-elle vraiment, sa charmante épouse, qu’il avait réfléchi et mis en place cette scène pour la blesser, pour l’humilier ? Qu’il se laissait du temps dans sa journée pour réfléchir à ce genre de plan ? Qu’il avait véritablement choisi méticuleusement d’inviter Hilda dans cette chambre et de faire ensuite ce qui se produisait presque systématiquement lorsqu’il se retrouvait seule avec son amante ? Pauvre Anthéa. Des années qu’il retrouvait Hilda dans un appartement à Nuremberg, pour qu’elle n’ait pas à mettre un pied dans sa maison. Alors est-ce qu’elle y croyait, dans ses cris et dans sa rage, à cet affront soit-disant volontaire ?
Ou bien elle ne faisait que répéter des mots, des phrases toutes faites, trouvées dans des livres, associés machinalement aux gestes de ces mêmes livres. Konrad détestait ça. Il haïssait se retrouver ravaler à une caricature de mari trompeur tout autant qu’il abhorrait être pris en faute.
On l’aura compris : s’il avait pu vomir son dégoût, en cet instant, il l’aurait fait.

Il se contenta de redresser la tête lentement, vers son épouse, qui défit totalement le lit, bazarda les draps avec une violence qui s’épuisait dans le vide, inutile, vaine et triste. « Et dire que je pensais ne pas être capable de vous mépriser plus que le jour de notre mariage. » Les yeux de Konrad se plissèrent, alors qu’il fit un pas vers elle, traversa l’espace qui les séparait. Sa main, machinalement, retrouvait le manche de sa baguette qu’il dégaina rapidement avant d’en diriger la pointe vers les draps balancés dans un coin. Un sort informulé plus tard, ils disparaissaient. Puis il la rangea de nouveau à sa ceinture avant de dévisager Anthéa. « J’entends bien, et je ne vous demande pas de me porter un amour sans borne. » Si sa voix était calme, comme à son habitude, ses sourcils se fronçaient, assombrissant légèrement ses yeux trop pâles. « Mais soyez assuré que je n'ai pas agi pour vous blesser. » Il tendit la main pour lui prendre sa main droite, avec laquelle elle l’avait frappé : « Contrairement à vous. » La voix restait calme, mais perdait lentement le peu de chaleur qu’elle contenait au début de l’entretien. « Vous n’êtes plus une enfant, Madame, alors n’agissez pas comme tel. Quelque chose vous déplait, vous vous contrôlez plutôt que de briser un vase et de taper du pied par terre. » Toujours doucement, il lui retira les bagues qui ornaient ses phalanges pour les poser sur la table de nuit, à côté d’eux. « Je ne suis ni un vase, ni un enfant capricieux, ni un imbécile d’époux sorti tout droit d’un roman à l’eau de rose. Jamais plus vous ne leverez la main sur moi, j’espère que c’est clair ? » Puis il libéra sa main avant de répéter : « Est-ce clair ? » Les anneaux d’or brillaient à la lueur de la lune et des chandelles sur la petite table de bois vernies.

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MessageSujet: Re: ANTHERAD | Unfaithful    Dim 25 Fév - 20:52


27 janvier 1927, 23h30 | hôtel particulier des Reinhardt, Nuremberg


Elle s’était éloignée de lui, pleine de rage, indignée, humiliée, n’attendant d’aucune manière que ce soit une réponse à son geste qu’elle peinait à regretter. Jamais jusqu’alors, elle n’avait fait preuve de violence physique envers qui que ce soit… Des regards assassins, des mots acerbes, mimer l’invisibilité d’une personne à plusieurs reprises, cependant, elle-même s’était surprise face à son geste, qui lui brûlait maintenant la paume, lui donnait envie de frotter cette dernière pour en effacer les dernières traces de démangeaison. Ce n’était rien en comparaison à cette douleur au cœur, cette envie de vomir l’amour qu’elle peut lui porter pour Berchta seule sait quelle raison. Alors elle se tient loin de lui, arrache les tissus qui ont connu son infidélité, ce n’est même pas cela qu’elle lui reproche au fond, il peut bien courir tous les jupons qu’il souhaite, pour peu qu’aucune ne vienne jamais ici. Il peut bien chevaucher à Nuremberg, Berlin ou même Leipzig, tant que ce n’est pas dans cette demeure. Elle a beau être son otage, elle n’en est pas moins l’épouse légitime, celle qui veille sur le foyer, celle qui est censée apporter la quiétude. Un rôle qu’ils viennent – lui et sa maudite maitresse – de réduire à néant en laissant entrer la catin dans leur vie pourtant bien rangée. Elle est inquiète, plus qu’en colère, la crise n’est pas d’hystérie, ni même de jalousie. C’est la crise de panique, alors qu’Anthéa arrache les draps du lit, l’angoisse montante tandis qu’elle les jette à l’autre bout de la pièce, qu’elle lui crache les mots au visage. Elle le hait, le méprise, le craint, et plus encore, elle a peur. Peur des évènements qui vont accompagner ce qu’elle entrevoit déjà comme le début de la fin. Combien de temps lui reste t’il vraiment au bras de Konrad ? Combien de semaines ou de jours avant qu’il ne se débarrasse d’elle ? Elle le sait depuis toujours qu’elle ne vieillira pas aux côtés de celui qu’elle a épousé, il n’aspire qu’au land du vieux dragon, elle n’est qu’un moyen d’obtenir plus ou moins légitimement la place. Et quand il l’obtiendra ? Est-ce pour cette raison que les draps sont défaits ? Parce que la fin est proche et que l’amante prendra bientôt place ? La capture de Grindelwald n’est que le début des bonnes nouvelles ? Elle n’est pas prête, il y a encore trop de choses qu’elle doit entreprendre avant d’accepter le funeste destin. Il y a Niklas, avant tout. Elle ne peut pas laisser son fils ainsi.

Les pas qui se dirigent vers elle l’obligent à tourner son faciès pâle vers son époux, s’apprête à se tenir bien droite face à la punition qu’il lui infligera, pourtant, lorsqu’il sort sa baguette, elle ne peut qu’avoir le geste de recul, qui la fait basculer sur le matelas répugnant. C’est une chose de savoir qu’un jour on va mourir, une autre de voir l’ombre de la faucheuse apparaître. Mais il ne tourne pas l’instrument magique vers elle, se contente de faire disparaître son méfait silencieusement. Il n’y a pourtant pas une once de soulagement dans les traits de la Drache, dont le regard suit méticuleusement l’avancée de son époux. Comme toujours, sa voix est calme, placide, et c’est ce qui effraie sans aucun doute le plus Anthéa. Elle a bien assez vécue les gronderies de Konrad pour savoir qu’il n’hausse jamais le ton, et que c’est lorsqu’il baisse d’une octave qu’il est le plus enragé. Elle lui en a fait voir de toutes les couleurs, pour lui montrer son mécontentement et ses bouderies. Mais jamais jusqu’alors il n’avait fait face à sa colère, sa peine et sa peur. C’était nouveau. Au bout de six ans de mariage, il fallait bien qu’ils continuent de se découvrir. Il ne voulait pas la blesser ? Elle retrouve le courage qu’elle a momentanément perdu, quitte à mourir ce soir, autant qu’elle défende son point de vue, elle aussi. « Vraiment ? » Le ton est acide, la dragonne sort le museau de son antre, mais se méfie encore bien trop du serpent. Elle n’esquisse aucun geste de recul lorsqu’il prend sa main, toujours brûlante, toujours fautive. « C’est une blessure bien moindre en comparaison à celle que vous venez de me porter, Konrad. » Un geste qu’elle ne peut pas pardonner, pas cette fois, quand bien même elle le voudrait. Sa peau contre la sienne, il n’y que de la douceur froide, tout autant que son regard. L’a t’il jamais vu autrement que comme une otage ?

« Non. » Lui glisse t’elle retour, tandis qu’il libère une à une ses phalanges des rares bijoux qu’elle s’accorde, électrise chaque fibre de son corps. Elle dévie ses prunelles céruléennes du geste pour porter son regard dans le sien, le défie sans aucun doute, comme elle sait si bien le faire. « Ne me demandez pas de me contrôler quand vous savez pertinemment que je ne le ferai pas. Je ne vous ai jamais fait de tort, je me suis toujours comportée comme la plus dévouée des épouses en société ou à l’intérieur même de cette demeure. Je vous ai donné un fils, que je protègerai jusqu’à mon dernier souffle tout comme je veillerai sur votre fille afin qu’il n’arrive plus malheur à cette famille. La moindre des choses, Herr Reinhardt, c’est de me respecter et de ne pas baiser votre maitresse dans cette maison, surtout, lorsque je me trouve avec votre fils à quelques mètres de vous. » Ce qu’il n’avait pas eu le cran de faire, elle le souligne de sa voix sèche et pleine de rage. Alors concernant la fin de sa litanie ? Elle récupère sa main, mais demeure silencieuse, le défie une fois encore, s’éloigne de lui pour ramasser les quelques objets qu’elle a fait tomber dans sa crise. Son cœur bat à vouloir traverser sa poitrine, néanmoins, elle demeure tête haute, dépose ses biens sur la coiffeuse qu’elle exècre comme au premier jour où elle est arrivée dans cette demeure, dans cette chambre. Recommencement de leur histoire, à la différence prêt qu’elle mélange la haine à l’amour, qu’elle le désire autant qu’elle l’exècre.  

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